1er mai: «cette journée a été un bain de sang»

Voilà le témoignage d’une membre de l’équipe médicale Street Medic (qui intervient sur les manifestations et la ‪Nuit debout‬) à propos des violences policières et de la solidarité des manifestants lors de la manifestation du 1er mai à Paris.

 

Comme la précédente, il y a deux semaines, cette nouvelle affiche d’Info"com CGT, qui dénonce la  répression  menée contre le mouvement d’opposition à la loi Travail, fait scandale parmi les syndicats de policiers. Comme la précédente, il y a deux semaines, cette nouvelle affiche d’Info"com CGT, qui dénonce la  répression  menée contre le mouvement d’opposition à la loi Travail, fait scandale parmi les syndicats de policiers.

 

Un communiqué collectif sera publié très bientôt. En attendant, je tenais à écrire ce témoignage pour que ce que l'on a vécu durant la journée de mobilisation du 1er mai contre la loi travail soit rendu public rapidement.

Cette manifestation a été, de mon point de vue, une des plus violemment réprimée depuis le début du mouvement. Néanmoins, c'est aussi lors de cette journée que j'ai pu assister à des pratiques collectives de solidarité, d'une ampleur et d'une force que je n'avais jamais connu auparavant.

En tant que StreetMedic, nous avons eu à soigner, rassurer, prendre en charge d'innombrables blesséEs. Et quelque soient nos efforts de comptabilité, nous ne pouvons avoir accès qu'à un nombre restreint des victimes de la police, tant les affrontements sont massifs et étendus. Nous avons vu et soigné des blesséEs graves, des tirs tendus au flashball, aux grenades lacrymogènes, aux grenades de désencerclement. Des tirs au visage, dans les yeux, les mains, sur les membres, sur tout le corps. Nous avons vu des doigts à demi sectionnés, de la peau brulée, des personnes sous le choc, terrorisées.

De manière générale, les blesséEs nous arrivent par salves. La première fois, c'était dans une grande nasse avant d'arriver à Nation: 4 blesséEs graves, beaucoup d'autres plus légerEs. Nous avons dû improviser un triage, dans un poste de soin avancé malgré les affrontements tout proches.

Là, j'ai vu les manifestantEs nous protéger, faire barrage de leur corps lorsque les charges de CRS sont arrivées sur nous. Beaucoup de personnes sont restées là, à se mettre en danger, à prendre le risque de se faire arrêter, matraquer, tirer dessus. Par solidarité.

Et c'est cette attitude, qui a continué de me marquer tout au long de la journée.

Plus tard, à Nation, nous avons pris en charge une personne dont une artère avait été sectionnée au niveau de la cheville,par un tir tendu de la police. Elle avait donc une hémorragie pulsatile, ce qui la rendait indéplaçable, pour pouvoir maintenir un point de compression. Nous sommes donc resté avec elle, à la soigner au centre de la place, pendant que les grenades lacrymogènes pleuvaient partout et que les tirs tendus sifflaient. Rapidement, d'autres blesséEs nous ont été amenés.

Un périmètre de sécurité formé par une trentaine de personnes s'est établi autour de nous. Nous agitions un grand drapeau StreetMedic dans l'espoir que la police ne charge pas et laisse parvenir jusqu'à nous les secours que l'on avait appelé pour évacuer les blesséEs les plus lourdEs.

Mais une pluie ininterrompue de grenades lacrymogènes s'est mise à pleuvoir sur notre petit périmètre. Nous étions quasiment les dernierEs sur la place.

J'étais aveuglée et asphyxiée. Une main comprimant l'artère d'unE des blesséEs, l'autre protégeant sa tête des tirs. Mais même les deux mains immobilisées, sans rien voir et sans pouvoir respirer, je savais que l'on me protégeait.

Toutes ces personnes, StreetMedics, manifestantEs, inconnuEs sont restéEs autour de nous et ont gardé la ligne. Certaines ont placé leurs corps au dessus de nous pour faire barrage aux palets de lacrymogène brulants qui tombaient en pluie sur nous. L'une d'entre elles a d'ailleurs vu son sac commencer à flamber. Mais elles sont toutes restées jusqu'à la fin.

Je ne veux pas faire ici une apologie de martyr, et je pense que nous aurons beaucoup à nous questionner sur la façon que nous avons eu de nous mettre en danger, physiquement, nous, manifestants, et particulièrement les StreetMedics.

Mais à l'issue de cette journée, je tenais à dire à quel point j'ai été touchée par la solidarité collective, massive dont j'ai été témoin, et ce, tout au long de cette journée. J'ai vu des manifestantEs de tendances très différentes prendre soin les uns des autres. Individuellement, en groupes ou en tant que cortèges. Et ce, malgré un degré de répression intense et soutenu.

De mon point de vue de StreetMedic, cette journée a été un bain de sang. Nos interventions tiennent de plus en plus de la médecine de guerre. Mais paradoxalement, le sentiment le plus fort, le plus présent chez moi à l'issue de cette journée, c'est la gratitude, un sentiment fort de cohésion, de solidarité, de force, de convergence et dedétermination. La preuve en acte que nous, étudiantEs, travailleurs, chômeurs, précaires nous pouvons être plus fortEs face aux patrons, à l'État, à sa police.

La solidarité est une arme inestimable.

 

 

• Source :http://cie-joliemome.org/?p=1772

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PÉTITION CONTRE LES VIOLENCES POLICIÈRES

 

LES TONFAS ET LE GAZ LACRYMO,
C'EST POUR LE BIEN-ÊTRE DES MANIFESTANTS ?

Bernard Cazeneuve, ministre de la Répubique fait mine de ne pas comprendre l’affiche que nous avons publiée hier.  Pourtant le message est simple : nous ne supportons pas de voir des lycéens, des étudiants et des syndicalistes manifester pacifiquement  se faire molester violemment par les forces de l’ordre. Alerté par des syndicats bien-veillants avec la CGT – CDFT, UNSA, Synergie –, sa réaction est disproportionnée par rapport à la répression du mouvement social qui s’exerce à l’heure actuelle contre les #LoiTravailNonMerci et les #NuitDebout.

Ce ministre a la mémoire courte : pour lui, pas de lycéen ou d’étudiant frappé, pas de manifestants gazés et matraqués, pas d’établissements d’enseignements fermés, pas d’assemblées générales d’étudiants évacuées par la force (alors qu’un consensus social voulait que les CRS ne rentrent jamais dans les universités depuis Mai 68)…

Depuis les 45 manifestants blessés de Rennes lors de la manifestation du 10 avril, dont six graves, des consignes ont été données pour qu’aucune information ne soit annoncée par les préfectures sur le nombre de jeunes et manifestants blessés, le nombre réel d’arrestations qui ont amené à des condamnations… Seuls les manifestants tentent de capter et diffuser des vidéos afin de prouver la répression intolérable qui s’exerce pour faire passer une loi dont le peuple ne veut pas.

Alors, de quoi parle-t-on, M. Cazeneuve ? De la répression des CRS à qui l’Etat donne les ordres ? De la BAC, habillée comme des casseurs et sans brassard, qui s’infiltre dans les cortèges incitant à la violence ? De l’absence de réaction des forces de l’ordre lorsqu’un groupe d’extrême-droite entre sur la place République à Paris pendant #NuitDebout pour tout casser ?

M. Cazeneuve, arrêtez d’envoyer des CRS à bout de nerfs avec l’état d’urgence et la BAC contre les #LoiTravailNonMerci et les #NuitDebout. Nous ne sommes ni des terroristes, ni des criminels. Nous n’acceptons pas votre volonté de mettre sous état de siège le peuple de France, les travailleurs se battant contre la loi Travail. Nous manifestons pour le progrès social de manière pacifique et défendons les droits sociaux face à la politique inique menée par votre gouvernement. 

Alors oui, nous appelons à réagir et à dénoncer les excès des forces de l’ordre ! Oui, nous appelons à manifester nombreux contre la répression sociale et la loi Travail !

POUR SIGNER : ICI

 

 

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