L'alignement des planètes

Hier, on s’accordait sur la nécessité de la transition écologique. Sans mettre en œuvre les changements nécessaires dans nos vies et nos choix. On peut recommencer à vivre à cent à l’heure, de nouveau accepter que l’air de nos villes soit mortifère, parler dividendes... Et si, de ce que l’on aura vécu, l’on tirait des leçons et que la transition espérée se traduise dans les actes ?

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« Et alors ? »

Des situations inimaginables sont nées de la nécessité sanitaire. Les citadins se serraient dans des transports en commun bondés. Se rapprocher à moins d’un mètre est formellement déconseillé. Les parents voyaient leurs enfants entre deux portes. Ils doivent cohabiter toute la journée avec eux dans l’espaces clos du logement. On n’avait le temps à rien, on courait partout. Le temps s’écoule sans autre contrainte que le rythme familial, les vidéoconférences et quelques obligations. Le moteur de la vie collective était l’économie et les finances. De nouveaux personnages apparaissent : les soignants, les éboueurs, le boulanger, le livreur…

Hier, tout le monde s’accordait sur la nécessité de la transition écologique. Sans mettre en œuvre les changements nécessaires dans nos vies et nos choix. Des bouchons interminables s’étiraient à l’approche des cités, l’on est à l’arrêt chez soi. Les villes étaient bruyantes, polluées, elles sont silencieuses, l’air y est presque pur. Diminuer la consommation semblait impossible, prospérité et emploi obligent. Les magasins sont fermés, sauf les « essentiels » : se nourrir, se soigner.

« Et alors ? ».

Alors on peut recommencer à vivre à cent à l’heure (d’accord, il va falloir du temps…), à considérer l’achat comme notre but ultime. On peut de nouveau accepter que l’air de nos villes soit irrespirable et mortifère, mesurer l’intérêt sociétal à l’aune des dividendes produits. Et si, au contraire, de ce changement imposé, de ce que l’on aura vécu, l’on tirait des leçons ? Et si la transition espérée, visée au moins dans les mots, pouvait tout à coup se traduire dans les actes, globalement et localement ? Concernant le climat, la planète, le temps est, semble-t-il, compté. Or on aura appris à vivre et à penser autrement. N’est-ce pas l’occasion de construire un autre mode de relations sociales, de relation au monde? De faire émerger des choix donnant une réalité à ce qui est pour l’heure en partie un slogan ?

L’alignement des planètes

On peut avoir peur de l’échelle globale, avoir l’impression de ne pas y pouvoir grand-chose.

Or en France, les élections municipales finiront par trouver une issue. De nouveaux élus vont engager un mandat, dans des conditions inédites. L’occasion est là d’ouvrir des perspectives nouvelles, de réinterroger le but de nos sociétés locales, les priorités qu’elles se donnent, les actions qu’elles privilégient. De travailler à mettre l’énergie, les moyens humains et financiers au bon endroit. De rénover la manière dont elles font vivre la démocratie.

Les leçons du coronavirus, les obligations écologiques, la situation politique locale nouvelle. Et si, tout à coup, les planètes se trouvaient alignées pour qu’un changement positif advienne ?

Comment ont-ils fait après les guerres mondiales ? Il a bien fallu recommencer à vivre, renouer des relations sociales, redémarrer le pays quand beaucoup de jeunes étaient morts. On est loin d’une telle situation. Rien ne serait possible, nous n’aurions de pouvoir sur rien ? Mais dans le territoire dans lequel on vit il existe des envies, des compétences, des acteurs qui souhaitent que la situation évolue. L’alignement des planètes crée, certes dans la douleur, des conditions locales exceptionnelles. Auparavant, on en espérait certaines comme une mobilité plus raisonnable pour un air plus pur, du temps de transport plus court, des budgets routiers plus faibles, une consommation d’énergie fossile moindre. Mais elles ne parvenaient pas à se mettre en place. Elles sont là. Plutôt que de ne voir que la part sombre, il y a une opportunité, ne la ratons pas.

Et cette opportunité passe, au niveau local, par les collectivités. Elles peuvent vraiment être les vecteurs de la transition. En effet le message écologique est largement intégré, plutôt consensuel politiquement. Reste deux conditions à remplir : revoir leur stratégie et renforcer leur ingénierie.

 « -Ca ne viendra pas tout seul… »

Les villes, le pas de côté.

Les sociétés, le monde semblent décalés du fait de la pandémie. Notre mode de vie est remis en cause : un confinement généralisé il y a peu, la mondialisation en panne.

« -Toi, l’urbaniste, tu en penses quoi ? »

L’heure n’est pas à parler prospective, analyses, objectifs, méthodes. « Avant », il y avait bien des projets, discutés en partie durant la campagne des municipales.  Mais le coronavirus a fait bouger les lignes. Chaque territoire, vu comme une géographie et une société locale avec ses enjeux, ses capacités, ses désirs, se révèle (se réveille) autre que ce qu’il était « avant ». Sont passées par là les mesures de distanciation, la perte d’emplois, l’augmentation probable de la pauvreté, les activités à l’arrêt…Des effets douloureux qu’il va falloir affronter. Dans d’autres domaines au contraire, la possibilité qu’ils soient positifs : la pollution, l’alimentation, l’approvisionnement, l’habitat… Dans la même ville, le coronavirus a eu pour conséquence que sa réalité, son contexte sont devenus autres, différents. Rendant la stratégie d’« avant » obsolète car c’est d’une autre situation qu’étaient nés les projets.

Des problèmes graves et inédits à résoudre, des questions nouvelles qui apparaissent et reflètent une évolution des consciences.

« -Comment j’ai envie de vivre dans ma ville, dans mon quartier, chez moi ? ».

La personnalité de la cité, son fonctionnement, ses difficultés, ses projets étaient connus, analysés, discutés, labourés parfois. Des savoir-faire s’étaient constitués dans certains domaines : la collecte des déchets, la voirie, la circulation, la culture, et même l’urbain dans les collectivités importantes …Tout ou partie est remis en cause. Or c’est bien à partir du contexte qu’une stratégie, une politique peuvent être conçus. Il a changé. Il s’agirait de mesurer en quoi, de comprendre les enjeux nouveaux, puis de redéfinir objectifs, priorités, méthodes, moyens et projets. C’est un peu abstrait ? Illustrons avec l’exemple de la marche ou du vélo. Qui aurait imaginé la place qu’ils prendraient en si peu de temps dans les discours et les actes partout dans le monde. Transformant la rue et instillant le doute chez les professionnels de l’aménagement.

« - Si tu pouvais préciser ? »

Une des réponses concrètes aux changements : les espaces publics de l’après confinement

Les petits oiseaux chantaient peut-être mais on ne les entendait pas. Marcher au milieu de la rue était agréable mais chaque fois la voiture derrière klaxonnait. La pandémie a tout chamboulé. On entend les oiseaux, on a la rue pour soi. Au dé-confinement, va-t-il falloir oublier ce que nous avons regagné, le silence par exemple ? Oublier que les individus ont des corps, qui ont une existence physique qui nécessite de l’espace ? Qu’ils vivent en société et sont entre eux contagieux quand il y a épidémie ? On se prête à espérer que les leçons seront tirées. En tout cas, dès les premiers jours et pour un temps indéterminé, les collectivités ont du réfléchir à rendre possible la distanciation. Les espaces publics sont devenus des lieux de conscience de la présence de l’autre. Or ils ne sont pas conçus pour cela. Des trottoirs souvent trop étroits, même pour que deux poussettes se croisent, obligeant l’une des deux à rouler sur la chaussée. Sans parler des personnes handicapées.

Adapter les rues et les trottoirs était nécessaire mais pas dans cinq ans ou dans dix ans : maintenant.

« - Alors allons-y et beaucoup de villes y sont allées ! ».

Comment ? Il y a de l’espace dans les rues, utilisé en priorité pour la circulation et le stationnement. Déjà, on a retiré une file de circulation ou de stationnement et fait passer à la place, dans les sites accueillant beaucoup de monde, les piétons ou les vélos (ou les deux). Ils peuvent à présent marcher (ou rouler) sur une largeur convenable, s’assurer d’une bonne distance entre eux. Un tel choix aurait été précieux « avant » pour permettre aux corps de se mouvoir normalement. Alors impensable, il est à présent une obligation sanitaire. Il y avait bien quelques rues piétonnes mais pour les autres, elles étaient souvent dans le même état que dans les années 70, au temps de l’explosion des voitures en ville. Pourquoi ne l’a-t-on pas fait « avant » ? Peut-être parce qu’arbitrer entre les usages automobiles et le confort des piétons donnait lieu à des discussions sans fin. Que la voiture était prioritaire et que techniciens et élus souvent s’auto(sic) censuraient. De plus, un tel changement aurait entraîné des analyses de circulation sans fin (un an, deux ans ?). Il a été décidé en quelques jours.

« - Alors profitons du contexte de la contrainte sanitaire pour adapter les rues à nos vies ! ».

Très bonne idée. Si l’on s’y prend bien, se préoccuper de la santé physique dans les espaces publics peut permettre de faire très vite ce que nous ne parvenions pas à réaliser : redonner aux individus, seuls ou en groupes, leur place dans des espaces publics confortables. Où vont aller les voitures en stationnement ? Dans les innombrables lieux prévus pour cela, parkings enterrés ou non, et qui sont rarement pleins à toute heure.

« - Ils ne sont pas devant chez moi ! 

- Pour vous y rendre, prenez les trottoirs élargis, marchez en sécurité et profitez de l’ambiance apaisée de la rue.

- C’est pas gratuit ! C’est le prix à payer pour répondre à l’enjeu de santé publique ».

A pied, on voyage dans la ville, on se rend d’un quartier à un autre…

Pas de problème ! Il suffit de créer un véritable réseau de vastes parcours piétons. On peut le faire maintenant : il suffit de le décider et de l’organiser. C’était impossible à faire depuis 30 ans ? Mais c’était « avant ». Une révolution douce est tout à coup à notre portée. Trop cher ? Ces changements d’usages ne sont pas coûteux (1*2*). Du fait d’enjeux sanitaires immédiats, Milan, Bogota, Grenoble et bien d’autres s’y sont mises en utilisant des mobiliers simples. Le but n’était pas d’aménager mais de protéger les espaces au bénéfice des corps. Du coup elles anticipent (3*) et expérimentent des évolutions qui se pérenniseront peut-être plus tard, transformant la vie urbaine.

Mais on ne fait pas que marcher dans une ville. On va faire ses courses aussi.

Pas de problème ! Il suffit de faire la même chose et d’enlever les voitures devant les magasins, en adaptant la réponse au terrain bien sûr.

 « -Et la sécurité des écoles, vous y pensez ? »

A l’extérieur au moins, il est possible de libérer de grands parvis devant les entrées, voire de fermer la rue. Elle ne sera plus alors utilisée qu’à pied, pour les parents, les enfants, les riverains, les passants. Même scénario devant la Mairie, la Poste, le Centre social, chez le médecin…Une sorte de géographie vivante d’un territoire se dessine et se met ainsi en place. Non pas une figure abstraite et fonctionnelle mais l’illustration des usages, des services, des parcours. « Avant » primaient les dimensions fonctionnelles, cette représentation donne à voir la manière dont un quartier est vécu, individuellement et en société.

Se déplacer après le confinement : pédaler, marcher.

« - Comment je fais pour prendre mon bus, mon tram, mon métro ? ». 

Pas de problème ! Les files d’attente s’allongent du fait de la distanciation. Le principe est de libérer l’espace devant les arrêts pour les accueillir. Les transports en commun sont en effet perturbés. Se déplacer est devenu un des sujets les plus sensibles transformé par la crise. Que font les villes ? Elles adaptent là-encore les espaces publics, cette fois pour les vélos devenus prioritaires. Pédaler et marcher : une véritable révolution urbaine (sauf pour les pays du Nord) est en cours. Et chacune y va de son plan vélo pour maintenant. Les usagers en première ligne font bouger en quelques mois ce qui aurait mis dix ans à évoluer. Car on aurait calculé les carrefours, changé les feux, fait un nouveau plan de circulation, négocié avec les utilisateurs de voitures, dessiné des lignes de bordures…Et mis cinq ans pour faire très bien une petite partie de ce qui a été fait en quelques semaines. Comment ? Avec de la peinture, des bornes amovibles, des bordures en béton temporaires…Tout cela posé directement sur la chaussée, avec un sens certain des pratiques et en assumant l’imperfection. Scientifique ? Non, pragmatique. Le résultat ? Non pas une explosion de l’usage de la voiture mais une forte augmentation du nombre de cyclistes. Bien sûr tout cela est temporaire, des évolutions vont continuer. Il faudra donc ajuster, adapter…

Où l’on voit que l’on passe d’un urbanisme planifié, normé, encadré, à l’obligation de répondre à des situations nouvelles, concrètes, auxquelles on ne peut échapper. Comme si l’enjeu sanitaire, ouvrait la conscience de certaines nécessités. Intégrer le corps humain dans l’espace public. Prendre le réel tel qu’il est et le transformer pour l’améliorer un peu, avec les moyens dont on dispose. Non pas des hypothèses renvoyées à des temps futurs grâce à nous forcément meilleurs. Mais tout de suite des réponses concrètes faisant appel à l’intelligence des situations immédiates. Une attitude professionnelle qui intègre certaines attentes tenues pour prioritaires, admet de ne pas répondre à tout, expérimente et revoie sa copie si nécessaire.

 Adapter les politiques des villes aux nouveaux contextes

 « - C’est bien beau mais je fais quoi dans ma ville ? »

Le contexte urbain est autre. Dans les espoirs des citadins ou des citoyens, l’écologie est devenue centrale. Même avant le confinement, les professions de foi des candidats aux mairies s’y référaient. Bousculée, la situation doit être reconsidérée, redéfinie. L’on doit analyser ce qui aura perduré et ce qui aura changé, prendre acte des pratiques, des modes de relation nouveaux, de l’évolution des envies, rebattre les cartes des priorités. Pour l’instant on est dans l’urgence. Mais déjà des thèmes apparaissent qui devront être revus, interrogés, travaillés. L’habitat par exemple pourrait dépasser sa dimension spéculative et retrouver son rôle originel d’abri familier. La compréhension de ce qui va changer viendra peu à peu, ouvrant la voie à des réponses adaptées.

« -Parler d’urbanité quand on n’a même pas de masques ! »

Pour l’heure, c’est « ici et maintenant » et, si on y arrive, la tentative d’anticiper une évolution vertueuse. Mais le temps va passer. La remise en question est dramatique sur le plan social. Sur le plan économique, elle est peut-être obligée mais ses conséquences seront lourdes. C’est une autre histoire qui doit s’inventer. Dans certains domaines de l’urbain, il faudra prendre le temps de défricher, d’analyser, y mettre de l’intelligence. Il faudra séparer collectivement ce qui est important de ce qui ne l’est pas, ouvrir des portes, préciser les enjeux nouveaux, revoir les buts à atteindre. Il faudra admettre d’expérimenter, de comparer, d’évaluer et agir, même si le résultat n’est pas « parfait » au départ.

Mais l’urbain ne sera qu’un des sujets sur lesquels intervenir. Se préoccuper de l’explosion possible du chômage. Tirer les leçons de la manière dont on a été confiné…Je suis urbaniste. Il ne s’agit pas de défendre une chapelle. Encore plus qu’« avant » l’urbain doit être au service de la société locale dans son entier. Et le projet de la cité doit embrasser tous les enjeux revisités. Et si l’urbain n’est plus primordial ? Certains thèmes le resteront, d’autres devront être mis en retrait. Ce dont on a besoin c’est d’un projet politique, pas d’un projet urbain. Celui-ci viendra peut-être après, configuré et dimensionné en fonction du contexte, des moyens, des priorités.

Le public lui-même ne comprendrait pas que l’on continue comme si rien ne s’était passé. Il y aurait risque de passer trop de temps à réfléchir et d’oublier les réponses immédiates. Il existe bien des manières d’agir à plusieurs échelles de temps. Ici et maintenant face à des questions cruciales, tout en préparant pour demain des solutions adaptées (4*).

« C’est bien joli mais qui s’en occupe de tout ça ? »

Les collectivités locales : un des leviers principaux du changement

Au niveau local, elles peuvent être les vecteurs de la transition. Deux conditions à cela : revoir leur projet politique et adapter leur stratégie d’une part, renforcer leur ingénierie d’autre part.

« -Il faut une sixième république ! ».

Face à la crise, on pourrait organiser la démocratie comme ceci, régionaliser cela. Mais si tant est que ces réflexions soient pertinentes, les changements qu’elles impliquent et encore moins leurs effets ne sont pour demain. Or certains sujets doivent être traités tout de suite. De plus les mouvements d’« avant » risquent de repartir au galop. Ne laissons pas passer l’occasion de la transition écologique et d’autres évolutions vertueuses. Or l’échelle locale et certains de ses leviers, les collectivités, sont à notre portée. Avec elles, on peut agit maintenant et dans les cinq ans à venir. Les maires sont déjà sur le « front » et les élections municipales vont finir par atterrir. Assez tôt en tout cas pour que les collectivités reconsidèrent leur copie, l’énoncé du problème n’étant plus le même, qu’elles réorientent leurs politiques.

Pour l’heure, l’Etat et ses représentants sont partout. Critiqués mais réhabilités car bien des questions posées en dépendent. Les autres échelles seraient-elles à l’avenir sans véritable rôle ? Attention danger. Les collectivités sont là et bien là, en les moments difficiles que nous vivons. Qui assure la propreté et l’enlèvement des déchets ? Qui met en place les conditions de la réouverture dans les écoles ? Qui trouve des réponses à la distanciation sociale quand les personnels sont en télétravail, les entreprises n’ont pas repris et le matériel manque. Qui vérifiera qu’il n’y a pas de populations laissées sur le carreau ? Qui connaît les ressources, les acteurs locaux, coordonne, prend des décisions concernant un marché ? Déjà, en « temps de paix », leur rôle est important. Il devient essentiel en période de crise. Un nouveau projet va devoir émerger, piloté par les nouveaux élus (ceux qui décident). Un futur désiré tenant compte des aspirations des administrés (ceux qui attendent) et de la nouveauté de la situation. L’enjeu est de parvenir à le concrétiser.

« - Tu rêves ! »

Les collectivités en ont la responsabilité, seront-elles à la hauteur ? Le danger existe qu’elles repartent bille en tête, comme « avant », sur ce qu’elles savent faire. Elles ont à affronter des problèmes complexes, à élaborer des stratégies compliquées, elles doivent passer à l’acte ensuite. Or elles manquent de moyens humains pour y répondre. On sait assurer le nettoiement, entretenir la voirie, mettre des fleurs dans des bacs à la Toussaint…Il va falloir répondre aux difficultés sociales, peut-être accompagner. Qui, comment ? Analyser des situations compliquées, proposer des réponses opérantes, conseiller les élus. Qui, maintenant ? 

« Toi, qu’est-ce que tu proposes? »

L’Etat ne peut intervenir de manière adaptée, ses services faisant parfois même partie du problème. Les plans de relance devraient être un levier. Mais les initiatives comme celles des Régions sont à une autre échelle, même si elles doivent s’adapter au terrain. Les collectivités ont ce rôle à jouer. Retrouver les fondamentaux, animer des réflexions, imaginer des stratégies, mobiliser des énergies, des compétences, des acteurs, faciliter des innovations, conduire des projets. Elles sont une bonne échelle pour accompagner le changement, un des leviers pour réussir.

« - A quelle condition ? » 

Qu’elles se dotent des compétences qui leur manquent et leur sont nécessaires ! Il y a besoin de matière grise pour les tâches qui sont à accomplir. Analyser, passer des commandes, conduire des projets, animer l’implication des publics, faciliter la prise de décision, gérer des budgets... Les petites et les moyennes collectivités sont souvent démunies. Elles doivent se constituer ce savoir. Comment ? En renforçant dès maintenant leurs compétences internes par l’embauche de jeunes professionnels formés. Ils ne coûtent pas plus cher qu’un petit rondpoint. En complétant par l’appel à des expertises extérieures, car les problèmes sont compliqués. En misant à court et moyen terme, sur l’intelligence, la réflexion et en y mettant les budgets en priorité, au moins dans un premier temps. Evitant la facilité qui consiste à commander tout de suite l’entretien des voiries par une entreprise du BTP.

Une chance ? Depuis quelques années l’urbain et le développement local se sont professionnalisés. D’excellentes formations, les pratiques des grandes collectivités, la généralisation des politiques urbaines à l’échelle mondiale n’y sont pas pour rien. Les savoirs existent pour mener les transformations nécessaires. Un milieu mélangeant jeunes professionnels et acteurs confirmés capables, du côté de la collectivité, de passer des commandes, de conduire des projets. Des experts travaillant en réseau, s’adaptant à la diversité des contextes, déjà impliqués et en mesure de moduler leur apport en fonction du contexte. Les petites cités et les villes moyennes doivent les mobiliser, les soutenir. Cette pratique n’est pas en cours. Sa généralisation est plus que d’actualité, condition de la réussite d’un développement local réactualisé.

 

Texte à paraître dans le numéro 30/31 de la revue Tous Urbains

 

(1*) Revue Tous Urbains N°1 (mars 2013) « Faire beaucoup avec peu, vite et bien ». 

https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-charbonneau/blog/160813/faire-beaucoup-avec-peu-vite-et-bien

(2*)« C’est moins cher et c’est pas triste » dans Tous Urbains N°9 (mars 2015).

https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-charbonneau/blog/171114/cest-moins-cher-et-cest-pas-triste

(3*)« Les aménagements d’anticipation » (juin 2007)

https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-charbonneau/blog/290420/des-le-debut-des-annees-2000-les-amenagements-danticipation?

(4*) Revue Tous Urbains N°7, « Obtenir réparation », Août 2014.

 

 

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