Un État Big Brother pour Marine Le Pen ?

L'ex-banquier Emmanuel Macron, candidat néo-libéral du CAC 40 et Marine Le Pen, la châtelaine de Montretout et candidate d’extrême-droite s'affronteront le 7 mai prochain pour le deuxième tour de l'élection présidentielle. Et si on parlait d'état d'urgence, de fichage de la population et de surveillance de masse ?

L'ex-banquier Emmanuel Macron, candidat néo-libéral du CAC 40 et Marine Le Pen, la châtelaine de Montretout et candidate d’extrême-droite s'affronteront le 7 mai prochain pour le deuxième tour de l'élection présidentielle.

Je ne vous parlerai pas d'Emmanuel Macron, le candidat de l’oligarchie.

Je ne vous parlerai pas d'Emmanuel Macron, star au Medef.

Je ne vous parlerai pas des origines de la loi Macron : un projet néolibéral concocté pour Sarkozy.

Je ne vous parlerai pas d'Emmanuel Macron, le candidat des médias mainstream.

Je ne vous parlerai pas des pompiers pyromanes qui ont voté Emmanuel Macron et qui appellent maintenant à faire barrage au Front National.

Je ne vous parlerai pas des programmes d'Emmanuel Macron et de Marine Le Pen analysés par l'ONG Amnesty.

Je ne vous parlerai pas des journalistes politiques qui ont consacré un maire FN « élu local de l’année » !

Je ne vous parlerai pas de « L’Émission politique » sur France 2 qui a servi la soupe à Marine Le Pen.

Je ne vous parlerai pas de l'agression de deux journalistes de Mediapart par des responsables du micro-parti de Marine Le Pen.

Je ne vous parlerai pas de « l'Ordre des journalistes » que souhaite créer le Front National.

Je ne vous parlerai pas des pratiques du Front National qui veut tenir à l'écart certains médias de toute information et de toute possibilité de suivi sur le terrain.

Je ne vous parlerai pas de l'argent russe du Front national.

Je ne vous parlerai pas de l'affaire des assistants parlementaires du Front National.

Je ne vous parlerai pas « d’immunité ouvrière » et du refus de Marine Le Pen de se rendre aux convocations des policiers de l’OCLCIFF, l’office anticorruption.

Je ne vous parlerai pas de l'affaire du « Faux tract » à Hénin-Beaumont dans laquelle Marine Le Pen a perdu son procès.

Je ne vous parlerai pas de Marine Le Pen qui menace les juges et les fonctionnaires.

Je ne vous parlerai pas de Steeve Briois, le nouveau président par intérim du FN qui a souvent eu affaire à la justice.

Je ne vous parlerai pas du film « Chez nous » de Lucas Belvaux qui démonte lumineusement le mode opératoire du FN. Et qui énerve le FN. Et qu'un maire FN a fait déprogrammer dans sa ville. 

Je ne vous parlerai pas de l'appel des syndicats CGT, FO, FSU, Solidaires à défiler ce 1er mai sous le mot d’ordre : « Pour nos exigences sociales, contre l’extrême droite ». Lire l'article de Mediapart : Un 1er Mai de mobilisation et d'interrogations.

Je ne vous parlerai pas du monde de la culture qui appelle à un rassemblement contre le FN le 2 mai. Lire « le monde de la culture se mobilise contre le FN à Paris ». Et un rappel pour  « Cartocrise - Culture française tu te meurs ».

Je ne vous parlerai pas de la chaîne Youtube de Jean-Luc Mélenchon qui a explosé l'extrême-droite.

Je ne vous parlerai pas des propos de Marine Le Pen sur la rafle du Vel' d'Hiv.

Je ne vous parlerai pas de la présence de Marine Le Pen à Milan au bal des extrémistes européens en 2016.

Je ne vous parlerai pas de l’éphémère président du FN par intérim Jean-François Jalkh rattrapé par ses déclarations négationnistes.

Je ne vous parlerai pas de l’entreprise de propagande idéologique assignée à l’enseignement de l’histoire voulue par le Front National.

Je ne vous parlerai pas de Maurice Kriegel-Valrimont, dirigeant de la Résistance, libérateur de Paris en août 1944.

Je ne vous parlerai pas du symbole du triangle rouge, l’insigne des déportés politiques.

Je ne vous parlerai pas de « la préférence nationale », pierre angulaire de l'économie frontiste.

Je ne vous parlerai pas de lutte contre l'évasion fiscale, ni de Jêrome Cahuzac, ni des responsables du FN qui se sont retrouvés dans les Panama Papers.

Je ne vous parlerai pas de la condamnation pour provocation à la haine et à la discrimination de Jean-Marie Le Pen suite à ces propos sur les Roms.

Je ne vous parlerai pas de l’association La Voix des Roms qui a saisi la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) d’une requête concernant les propos tenus par Manuel Valls sur les Roms au printemps et à l’automne 2013. 

Je ne vous parlerai pas des propos polémiques sur les migrants de Marine Le Pen en 2012. 

Je ne vous parlerai pas de Jean-Luc Mélenchon et de son vibrant hommage en mémoire des migrants disparus en Méditerranée.

Je ne vous parlerai pas des propos de Marine Le Pen à Calais qui veut « Renvoyer les migrants, même dans des pays en guerre ».

Je ne vous parlerai pas du programme du Front National qui cible les sans-papiers et les demandeurs d’asile.

Je ne vous parlerai pas du souhait de Marine Le Pen de supprimer l’aide médicale d’Etat - dont bénéficient les étrangers sans papiers - et de son probable impact sanitaire.

Je ne vous parlerai pas d'un médecin qui s'insurge contre Marine Le Pen.

Je ne vous parlerai pas du Front National qui n'est jamais du côté des salariés et des pauvres.

Je ne vous parlerai pas du vote des jeunes âgés de 18 à 24 ans.

Je ne vous parlerai pas du programme du Front National sur l'écologie et l'agriculture qui ne dit rien sur le climat, le diesel, les énergies fossiles, les pesticides, la pollution et l’EPR.

Je ne vous parlerai pas de la position de Marine Le Pen sur l'IVG en 2012.

Je ne vous parlerai pas de ce que Marine Le Pen pense des syndicats.

Je ne vous parlerai pas de « l'appel pour l'unité syndicale face à l'extrême droite ». Lire aussi : « Nous, militants de la CGT. Nous utiliserons le bulletin Macron pour barrer la route à l’extrême droite ».

Je ne vous parlerai pas de Marine Le Pen qui rêve de s'en prendre au droit de grève.

Je ne vous parlerai pas des électeurs qui auraient voté FN et qui ont voté pour le progrès humain et écologique au 1er tour.

Je ne vous parlerai pas du programme du Front National qui souhaite l’extension « du champ d’application de l’article 11 de la Constitution » qui autorise le président à recourir directement au référendum et permettrait à une présidente FN de court-circuiter la démocratie représentative (le Parlement en premier lieu). 

Je ne vous parlerai pas de la position de Marine Le Pen sur la peine de mort ni qu'elle dit y être favorable à titre personnel.

Je ne vous parlerai pas de l'ancien Président de la République Nicolas Sarkozy qui a dit en 2012 que Marine Le Pen était « compatible avec la République ».

Je ne vous parlerai pas des 107 promesses brisées, non atteintes ou reportées du candidat du Parti socialiste François Hollande.

Et bien sûr, je ne vous parlerai pas du Président de la République François Hollande qui a osé reprendre une mesure d'extrême-droite comme la déchéance de nationalité pour les binationaux dans son projet de révision constitutionnelle.

Et je ne vous dirai pas non plus qu'il n’y a « aucun exemple historique où l’extrême droite est arrivée au pouvoir par les urnes et en est sortie dans une alternance tranquille quelques années après ».

Par contre, je vais vous parler de l'état d'urgence, de fichage de la population et de surveillance de masse.

D'abord, un petit rappel : l'état d'urgence a été prorogé jusqu'au 15 juillet 2017 et il semblerait que nos politiques nous entraînent vers un état d'exception permanent. Et comme le dit Vanessa Codaccioni, maîtresse de conférences en science politique à l’université Paris-VIII, l'état d'urgence « autorise de nombreuses mesures liberticides, répressives et dérogatoires aux normes et aux règles qui régissent un État de droit ». Et « le conseil d’État n’a rien trouvé à redire aux mesures exceptionnelles qui n’avaient pas de lien direct avec l’état d’urgence, par exemple des assignations à résidence de militants qui comptaient manifester à l’occasion de la COP21 ». Adieu l'État de droit et nos libertés ? 

Ficher

En mars dernier, le gouvernement a mis en place le « Fichier Monstre » alias le fichier TES (Titres Électroniques Sécurisés), un fichier biométrique qui contient les données des passeports et cartes nationales d’identité de près de 60 millions de Français. Il est censé « améliorer la délivrance et le renouvellement des titres et veut également lutter contre la fraude documentaire ».

Les défenseurs des libertés numériques et publiques se sont alarmés de la création de ce fichier en parlant de surveillance de masse. Et comme le rappelle Libé, les opposants au « Fichier Monstre » n’ont cessé de dire que « rien ne garantit que ses finalités ne seront pas étendues – comme cela s’est produit pour les fichiers européens des demandeurs d’asile ou de visa – suite à des événements dramatiques ». Car l’Observatoire des libertés et du numérique résume bien à quoi peuvent servir les fichiers : « les fichiers centralisés ne font pas les régimes autoritaires, mais tout régime autoritaire s’appuie sur un fichage de sa population ». Mon article sur le sujet : Ne souriez pas, vous êtes fichés !

Surveiller

Mediapart explique qu'en matière de libertés numériques, les gouvernements de Jean-Marc Ayrault et de Manuel Valls ont « multiplié les textes sécuritaires visant directement ou indirectement internet tels que la loi antiterroriste 2012, la loi de programmation militaire de 2013 ou encore la loi renseignement de 2015 ».

En 2015, l'Assemblée nationale a voté la « Loi renseignement » qui a légalisé des pratiques illégales et très intrusives. Et d'ailleurs, Mediapart souligne « qu'Emmanuel Macron, ministre de tutelle du numérique, est resté bien silencieux » à l'époque. De nombreux acteurs du numérique mais également des ONGs et syndicats s'étaient opposés à cette loi car la « surveillance massive de l'ensemble de la population est inadmissible : c'est une pratique dangereuse pour la démocratie et les libertés d'expression, de réunion, de pensée, d'action ».

Certaines personnes ont expliqué pourquoi la « surveillance de masse induite par la loi sur le renseignement n’empêchera aucun attentat ». Le débat reste ouvert.

Et « bien avant les révélations du lanceur d'alerte américain Edward Snowden, la France avait mis en place un dispositif de surveillance automatisé de son réseau internet ».

Le site Next INpact qui suit l'évolution de la « Loi renseignement » évoque l’extension de la surveillance en temps réel qui vise désormais l’entourage et donc « peut également viser des personnes dont il n’est même pas établi qu’elles seraient susceptibles d’être elles-mêmes en lien avec une menace ».

Pause « Affaire Tarnac » avec cet article de Mediapart : Tarnac: la fin du mythe terroriste

Dissoudre

Soyons sûrs qu'une personne mal-intentionnée se servira sans état d'âme de ces moyens de fichage de la population et de suveillance de masse mis en place sous le quinquennat de François Hollande. Alors, ficher et surveiller mais pour faire quoi ? Juste deux exemples :

Grâce à Amesys/Bull qui a vendu à Kadhafi un système d’écoute globale de la population, le dictateur a pu arrêter et torturer ses opposants. Car Amesys, cette société française a effectivement aidé Kadhafi à surveiller les Libyens. 

Et Qosmos, société française spécialisée dans la technologie de surveillance de masse et fournisseur de la Syrie d'al-Assad vous connaissez ?

Revenons à l'élection présidentielle.

Vous saviez que si Marine Le Pen la  « fasciste » est élue présidente de la République, elle dissoudrait les « antifas », les groupes radicaux antifascistes ? N'oublions pas Clément Méric. Et Brahim Bouarram.

Marine Le Pen a aussi demandé récemment la dissolution de l'UOIF, l'Union des organisations islamiques de France.

En 2016, Marine Le Pen demandait la dissolution des milices d'extrême-gauche, qu'elle tenait pour responsables des casses en marge des manifestations et des réunions Nuit Debout.

Et en 2013, Marine Le Pen demandait la dissolution du syndicat de la Magistrature.

Alors oui,  « Pas une voix pour le FN ». Mais cela suffira-t'il pour nous éviter « Ficher, Surveiller, Dissoudre » comme nouvelle devise républicaine ?

Alors, un État Big Brother pour Marine Le Pen ?

FN Islam FN Islam
 

 

 

 

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