#LaFêteÀMacron 1er Mai, oui mais... Le 5 mai ? Évidemment ! Mais avec qui ?

J'irai manifester ce mardi 1er mai. Mais sans aucun enthousiasme. Et j'irai manifester avec joie comme citoyen sans étiquette ce samedi 5 mai pour faire sa fête à Macron ! Mais avec qui ?

J'irai manifester ce mardi 1er mai. 

Je n'ai jamais été syndiqué. J'ai travaillé pendant de nombreuses années comme enquêteur vacataire pour plusieurs instituts de sondages. A l'époque, cela me convenait comme statut et je n'ai jamais été à l'époque en contact avec le monde syndical. 

Ensuite, l'univers dans lequel j'ai travaillé pendant une douzaine d'années à partir de 1991, celui des petites et moyennes SSII (société de services en ingénierie informatique) n'était pas vraiment le lieu d'une grande représentation syndicale, c'est le moins que l'on puisse dire. C'était déjà bien quand il y avait un délégué du personnel ! Lire d'ailleurs ce livre de Nicolas Séné "Derrière l’écran de la révolution sociale" : quand le monde de l’informatique et des SSII sert de laboratoire social et induit une précarisation par le haut. J'étais d'ailleurs le seul à témoigner dans ce livre sous mon nom car à l'époque, je ne voulais et ne travaillais plus pour ces SSII alors que les autres témoignages de salarié-e-s étaient anonymes pour des raisons évidentes. Lire aussi cet article du Monde Diplomatique de mai 2001 "Informaticiens en batterie".

J'irai donc manifester ce mardi 1er mai (comme je le fais depuis 1985), tout comme j'ai participé à toutes les manifestations depuis la rentrée 2017 : le 21 septembre, (journée d’action syndicale), le 23 septembre pour la "marche contre le coup d’état social" à Paris et le 28 septembre en soutien aux retraités. Pareil pour le 10 octobre (grève des syndicats de fonctionnaires), le 15 mars (encore pour soutenir les retraités), le 22 mars (pour défendre la SNCF et la fonction publique) ou encore tout récemment le 19 avril dernier.

Oui, j'irai manifester ce mardi 1er mai, journée internationale des travailleurspour ne pas oublier le massacre de Haymarket Square de Chicago du 4 mai 1886. Mais c'est évident que lors de cette manif du 1er mai, je verrai encore et toujours les mêmes visages, les mêmes drapeaux et banderoles. Un "entre-soi" évident. Et vous comprendrez où je veux en venir si vous lisez cet article jusqu'au bout : ne lâchez rien ! wink

Oui, j'irai manifester ce 1er mai car comme le dit la CGT suite à la manif du 19 avril dernier, "le Président Macron et son gouvernement doivent entendre l’exigence sociale et prendre la mesure des oppositions grandissantes à sa politique qui flatte les plus riches et punit le plus grand nombre quand les moyens existent pour faire autrement."  

Alors oui, j'irai manifester ce mardi 1er mai aussi contre la Macronie et son monde. Mais sans aucun enthousiasme. Car si la CGT dit dans ce même communiqué "Nous ne lâcherons rien !", rien n'est moins sûr ! Car il faut quand même être lucide : comme le rappelle Frédéric Lordon, économiste et chercheur en philosophie dans un de ses billets de blog de mars dernier, voici le résultat des mobilisations de ces dernières années : "Retraites 2010 : échec. Loi El Khomri 2016 : échec. Ordonnances « code du travail » 2017 : échec". Constat accablant. Et tout en reconnaissant que "direction comprise, la CGT reste une puissance de mise en mouvement à nulle autre pareille", il constate que "le problème, c’est que la CGT nous met dans la rue, et puis nous fait rentrer aussi sec." Pas mieux ! Je pense que je ne suis pas le seul à avoir ce sentiment d'avoir manifesté toutes ces dernières années depuis 2010 parce qu'il fallait lutter et être solidaire mais sans aucune victoire à la clé.

De Nuit Debout à Faire la fête à Macron

Le journal Fakir - dont le fondateur est François Ruffin, journaliste, réalisateur et député du groupe La France Insoumise - dans un article "leur faire peur" de février 2016, constatant les différentes luttes en cours (Notre-Dame-des-Landes, Goodyear, l’état d’urgence...) "mais de façon séparée, isolée" avait appelé à un RDV à la Bourse du travail à Paris. Et c'est lors de cette soirée où Frédéric Lordon était présent qu'est sortie cette idée : après la manif du 31 mars, on ne rentre pas chez nous : nuit debout !

Le 4 avril dernier, toujours à la Bourse du travail à Paris, les compères Lordon et Ruffin, avec plusieurs centaines de personnes ont appelé à un "débordement général" le 5 mai pour faire sa fête à Macron : "La plus grosse question, c'est : qu'est-ce qu'on fait le 5 mai au soir ? Il faut une inversion du rapport de force, que la peur change de camp, que le 5 mai au soir soit le point de départ." Comme en 2016, Ruffin a évoqué la convergence des luttes et Lordon précisé "qu'on n'est pas là pour refaire Nuit Debout." 

Mais la journaliste de Mediapart remarque "l’absence criante de figures des quartiers populaires dans les prises de parole, comme du temps de Nuit debout". Le site Reporterre note également dans son reportage "un auditoire très blanc." En avril 2016, Ruffin parlait de "la petite bourgeoisie intellectuelle, à précarité variable" présente à Nuit Debout dans cet entretien pour Télérama et qu'il ne fallait "surtout pas en rester là."

Plusieurs Nuit Debout se sont pourtant déroulées  en 2016 dans les banlieues comme à Saint-Denis ou Montreuil en Seine-Saint-Denis : "une poignée de militants des quartiers populaires, régulièrement présents place de la République et conscients qu’une mobilisation conjointe est nécessaire, s’active pour impliquer les habitants de leurs quartiers." Mohammed Mechmache du Collectif Pas sans Nous, fondateur d’AC le Feu et élu EELV au conseil régional d’Île-de-France avait interpellé les nuit-deboutistes lorsqu'il est était venu place de la République à Paris : "Où étiez-vous en 2005 ?". Il parlait des émeutes urbaines après la mort de Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, électrocutés dans l’enceinte d’un poste électrique après une course poursuite avec la police le 25 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois. Et Mohammed Mechmache expliquait aussi que "les quartiers vivent depuis trente ans dans un état d’exception. Quand en 2005, l’état d’urgence ne concernait qu’eux, les autres membres de la population se contentaient de regarder ça depuis leur fenêtre. Aujourd’hui tout le monde est concerné par cet état d’urgence. Notre but est donc de mettre en œuvre des convergences des luttes et de classes".

Et il y a bien eu le 4 juin 2016 (96 mars) une forme de convergence des luttes, une "marche pour les quartiers populaires" qui est partie de la Place de la République où se tenait chaque jour l'Assemblée Générale de Nuit Debout pour aller dans le 20ème arrondissement de Paris aux amandiers et soutenir la lutte des résidents des Foyers de travailleurs migrants ou encore le Comité vérité et justice pour Lamine Dieng. Mais c'est à ma connaissance la seule tentative réussie de l'AG parisienne de Nuit Debout de sortir du Centre et d'aller vers la banlieue. Lire aussi : "Le mouvement "Nuit debout" peut-il "sortir de l’entre-soi" ?".

En tous cas, il est dommage que les organisateurs de la réunion du 4 avril à la bourse du travail pour le lancement de la Fête à Macron n'aient pas pensé à délocaliser cette réunion justement en banlieue et qu'ils ne se soient pas assurés de la présence de militant-e-s des quartiers populaires qui venaient en 2016 Place de la République à Paris pour Nuit Debout afin de leur donner la parole. 

Lors d'une réunion publique le 21 septembre 2017 au Havre, François Ruffin est interpellé à propos de la mort d’Adama Traoré en juillet 2016 à la gendarmerie de Persan, suite à son interpellation à Beaumont-sur-Oise. Il explique alors qu'il ne veut pas se "positionner avant d’être intimement convaincu. En toute matière, je mène l’enquête d’abord. Pour que je porte avec force des dossiers, il faut que je sois animé d’une conviction puissante et intime. Ce à quoi je peux m’engager, c’est de vous [la famille Traoré, NDLR] recevoir pour que vous me filiez les preuves et que je mène l’enquête pour que j’en sois intimement convaincu."

A l'époque, Politis suggérait à Ruffin de "taper le nom d’Adama Traoré dans un moteur de recherche sur Internet" et pour voir "notamment que, dans cette affaire, un procureur de la République a menti, une policière a rédigé un procès-verbal en y inscrivant de fausses affirmations, un pompier appelé pour secourir le jeune homme contredit plusieurs déclarations des gendarmes auteurs de l’arrestation funeste." Il y a effectivement de nombreuses questions autour de cette affaire : "Une contre-expertise relance l'affaire Adama Traoré".

Lors de cette rencontre, Ruffin a aussi dit cette phrase qui m'a étonné : "Je n’ai pas pris position pour Rémi Fraisse". Pourtant, là encore, toutes celles et ceux qui ont suivi l'affaire savent, comme l'a expliqué encore récemment Mediapart, qu'elle "a été maltraité par les services de l’État", qu'aucune "mise en examen n’a été prononcée en plus de trois ans d’instruction", et que "la justice a mis un point d’honneur à ne pas pousser trop loin les investigations dans cette affaire" : "Les juges délivrent un non-lieu: l’affaire Rémi Fraisse est enterrée". Lire aussi "Mort de Rémi Fraisse : les juges confirment le non-lieu, les questions demeurent". Je sais bien que Ruffin est très occupé avec son activité de parlementaire et qu'on ne peut pas suivre tous les dossiers mais il devrait juste dire : "je ne sais pas" ou "je n'ai pas vraiment eu le temps d'approfondir ce sujet".

Ruffin a parlé de cette rencontre au Havre reconnaissant d'ailleurs des maladresses : "Ce jeudi soir, au Havre, je rencontrai Assa Traoré, la soeur d’Adama. A la demande de Youcef, un membre de son collectif, je leur disais mon accord pour intervenir à l’Assemblée nationale, mais après avoir étudié le dossier, consciencieux comme reporter, soucieux de ma fonction de parlementaire, pour m’exprimer en mon âme et conscience et n’être le perroquet de personne. Je l’ai proposé avec tant de maladresses (j’en suis coutumier...) que certains ont entendu, d’autres on voulu entendre, l’inverse : un refus de soutenir."

Mais Assa Traoré n'a pas été convaincu par cette mise au point car dans un post sur Facebook quelques jours plus tard, elle lui répond : "soyez tranquille, jamais nous n’avons exigé, demandé ou sollicité, ces messages de solidarité. Vous ne nous devez rien, François Ruffin. Autant que nous ne vous devons, ni ne vous devrons jamais rien. Nous ne sommes pas dupes, nous n’attendons rien de vous." C'est vrai que les familles des victimes de violences policières sont souvent seules et doivent s'organiser elle-mêmes.

A savoir que le journaliste François Ruffin enquête et suit aussi des dossiers dont peu de médias parlent comme celui d'Hector Loubota, mort à 19 ans, le 22 février 2002, écrasé sous six cents kilos de pierres, à la Citadelle d’Amiens, alors qu’il restaurait le monument en contrat d’insertion. Et bien sûr, le cas de la famille Klur, popularisé grâce au documentaire Merci Patron !

Tous Ensemble le 5 mai pour faire sa fête à Macron !

Donc, après la manif du 1er mai, j'irai donc manifester avec joie comme citoyen sans étiquette ce 5 mai pour faire sa fête à Macron, le président des riches, le chouchou du CAC 40 ! Car il est évident pour moi qu'il faut trouver d'autres formes de mobilisations permettant au plus grand nombre de personnes non encartées et non syndiquées de participer. A noter que si un rendez-vous parisien est prévu, les comités locaux organisent des actions partout en France.

Le 27 avril dernier, un appel de Regards de plus de cinquante artistes et intellectuel-les (comme Robert Guédiguian, Rokhaya Diallo, Roger Martelli, ou Thomas Piketty) ont annoncé leur participation à la manifestation nationale du samedi 5 mai  en souhaitant que "cette marche ne doit pas être celle d’une personnalité, d’un mouvement politique ou d’un syndicat. Elle sera, tout simplement, l’occasion pour toutes et tous d’exprimer le refus de la politique libérale et autoritaire d’Emmanuel Macron. Son mot d’ordre ? Tous ensemble !"

Oui, Tous ensemble. Sans étiquettes. A Paris, en banlieues, bref, partout en France !  

 

Fête à Macron © Capture d'écran du site "le5mai.fr" Fête à Macron © Capture d'écran du site "le5mai.fr"

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