Michel Houellebecq mourra en 2032, et après ?

Après les « Que sais-je ? » ou les collections de crayons, Alice Lescanne et Sonia Derzypolski se penchent sur la future maison-musée Michel Houellebecq, écrivain dont elles dévoilent la date de la disparition. Oui, mais pour quelle postérité ? C’est là tout le sel de leur installation.

extrait de Mmmh (Maison musée Michel Houellebecq © dr extrait de Mmmh (Maison musée Michel Houellebecq © dr

A quoi bon attendre la mort d’un écrivain pour s’atteler à sa postérité ? Oui, pourquoi attendre, ont cogité, avec sagacité et sagesse, les éminentes chercheuses en tout et expertes en poil à gratter que sont Alice Lescanne et Sonia Derzypolski, plus connues sous le nom – repérable de loin sur une affiche ou un programme – d’aalliicceellleessccaannnnee&ssoonniiaaddeezzyyppoollsskkii. Sans donc attendre la mort de Michel Houellebecq le 16 mai 2032 (suicide ? Assassinat ? Dévoré par son chien? Rupture d’anévrisme ? Coma éthylique sans retour ?), Alice & Sonia viennent d’ouvrir au sous-sol du centre Pompidou la Mmmh autrement dit la Maison-muséee Michel Houellebecq. Ou plus précisément en langage houllebecquien, la possibilité de ce musée et plus encore ses possibilités. C’est là l’une des cinq expositions qui accompagnent la troisième édition du festival Extra !, le court (du 11 au 15 septembre) festival littéraire du Centre Pompidou fait aussi d’ateliers, de projections, de rencontres et de performances (il n’y a plus de festival sans performances) et de lectures. Une exposition qui, en bonne logique, devrait voyager dans tous les pays où l’auteur a été traduit.

Après la postérité, l’oubli ?

Donc, vous entrez dans le musée en préfiguration comme l’on dit. Soit une salle avec des panneaux accrochés au mur comme dans les expositions pédagogiques, une maquette en papier au milieu et une table d’orientation comme on en voit sur les routes à l’heure de « beau panorama ». Une jeune fille vous donne un casque pour vos oreilles et un boîtier sur lequel il vous faudra tapoter régulièrement des chiffres et des couleurs. D’entrée de jeu (car c’en est un), tout dépend de votre rapport (passionnel, conflictuel, énervé, etc.) à l’écrivain et à son œuvre et de la façon dont vous envisagez leur devenir dans les siècles futurs. Que vous promettiez un oubli rapide de l’œuvre et plus encore de l’homme ou une postérité durable aux livres de MH ou ses marottes, vous êtes en position dominante puisque, à peine casqué, une voix vous informe que vous êtes nommé conservateur de la Mmmh pour les siècles des siècles. Ça commence bien.

Dès lors, votre parcours va dépendre de vos réponses. Etes-vous heureux que l’on envisage un tel musée ou bien révolté ou bien encore hésitant, dubitatif, indifférent ? Selon votre réponse, s’ouvrent de nouveaux horizons qui vous conduiront à d’autres parcours. A vous de décider de l’avenir ou du non avenir d’un tel musée et, partant, de la postérité de l’homme et de son œuvre.

Tout cela vous conduira jusqu’au XXIIe siècle et au-delà puisque, veinard (ou pauvre de vous), vous êtes immortel. Lira-t-on encore La Carte et le Territoire dans cent, deux cents ans ? Etudiera-t-on en classe, entre Les Illuminations de Rimbaud et La Fabrique du pré de Francis Ponge, la poésie de Houellebecq tel ce premier quatrain de ce poème sans titre : « Est-il vrai qu’en un lieu au-delà de la mort / Quelqu’un nous aime et nous attend tels que nous sommes ? / Des vagues d’air glacé se succèdent sur mon corps ; / J’ai besoin d’une clé pour retrouver les hommes. »

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Tout est envisagé. L’arme ayant servi à son assassin ou à lui-même en cas d’option suicide : revolver, corde, chandelier, canon, presse-purée, etc. Le menu unique du musée avec, entre autre mets, le déjà fameux os à moelle et ses haricots antidépresseurs. N’oublions pas la boutique avec différents objets allant du tonnelet d’alcool portatif au sourire de MH en kit. Et bien sûr la salle des œuvres dont la célèbre sculpture du pied de l’écrivain ou encore son portrait fait de coquillages (moules, tellines, palourdes, couteau et colle) réalisé par un anonyme.

Après s’être penchées sur les livres de la collection « Que sais-je ? » dans Le titre du spectacle est aléatoire (lire ici), leur premier spectacle-performance-installation, elles ont exploré avec piquant d’autres champs artistico-sociaux tels les images (Qui veut voyager choisit sa monture, lire ici) ou les collections de crayons ou gommes (Le jour où Le Penseur de Rodin s’est transformé en gomme) tout en entretenant une correspondance marchande avec le Centre Pompidou. Il était logique que, dans leurs mythologies françaises par la bande et l’absurde, elles en viennent à aborder de côté la figure du grand écrivain. Et quel meilleur client pour elles que mmiicchheellhhoouueelleebbeeccqq.

Mmmh au festival Extra au Centre Pompidou jusqu’au 15 septembre (11h-21h) puis au Centquatre du 15 janvier au 26 janvier 2020.

Le jour où Le Penseur de Rodin s’est transformé en gomme au Théâtre de Châtillon le 3 mars, et à La Fileuse de Loos les 26 et 27 mars 2020.

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