N’ayant pas eu de Molière, Nathalie Béasse occupe la Bastille !

Ce titre est, bien sûr, une blague. Nathalie Béasse n’était heureusement pas nominée aux Molières. Elle ne le sera jamais, et c’est tant mieux. A l’heure où se déroulait cette mascarade, elle commençait à occuper le Théâtre de la Bastille. Rejoignez-la !

Scène de "Happy child" © Wilfried Thierry Scène de "Happy child" © Wilfried Thierry
Chaque année, je ne regarde ni ne commente la cérémonie des Molières, cette mascarade organisée par le théâtre privé (présentement Jean-Marc Dumontet, grand ami de Macron) qui se redore le nombril sur le dos du théâtre public. Mais cette année, ai-je appris aux infos du lendemain matin, il y eut un moment fort : des intermittents du spectacle vêtus de gilets jaunes ont fait irruption sur la scène et foutu un joyeux bordel. Diffusant la cérémonie en différé, une chaîne de télévision publique, France 2, a cru bon de couper cette séquence au montage sous un prétexte fallacieux.

Chaque année, le théâtre privé écrase le théâtre public aux termes d’un vote non truqué mais aux votants choisis (il y aurait beaucoup à dire sur leur provenance, etc.) et chaque année, le théâtre public, maso en diable ou sensible aux breloques, en redemande. A quand un boycott franc et définitif ?

Au moment où se déroulait la cérémonie, Nathalie Béasse commençait à occuper la Bastille et là c’est une très belle histoire qui commence, digne, elle, du jeune Molière.

Après Tiago Rodrigues il y a deux ans et la compagnie l’Avantage du doute l’an dernier, c’est au tour de Nathalie Béasse et de sa fidèle équipe d’acteurs et collaborateurs, d’occuper le Théâtre de la Bastille. Et, pour le public, une occasion unique de voir, coup sur coup, ses quatre derniers spectacles, du plus ancien au plus récent : Happy child (du 14 au 18 mai), Tout semblait immobile (les 17,18, 23 et 24 mai), Roses (du 21 au 25 mai), Le Bruit des arbres qui tombent (du 3 au 7 juin). Il faut tous les voir. Allant de jubilation en jubilation, on entre au plus près dans le geste artistique sans pareil de Nathalie Béasse.

J’ai eu la chance de voir ces quatre spectacles d’affilée à la Biennale de Venise l’été dernier. Au retour, j’avais publié ici-même un « Eloge de Nathalie Béasse » où j’évoquais, entre autres choses, ces quatre spectacles. Je vous y renvoie : Eloge de Nathalie Béasse.

Occuper la Bastille, cela veut dire occuper les deux salles, les couloirs, les bureaux, le hall, la rue. Tout cela va se décliner au fil de manifestations impromptues, ainsi une bonne vingtaine d’histoires courtes voire très courtes, une ou plusieurs par soir à 19h30 avant les spectacles. Mais aussi une master class, des workshops, des ateliers et le work in progress du prochain spectacle Aux éclats... (du 19 au 27 juin à 20h). Mais encore : des retrouvailles avec des amateurs ou des pros ayant fait des ateliers avec Béasse à la Bastille, à Venise et ailleurs. Mais enfin, promis : des surprises. Il ne faut pas en attendre moins de la surprenante Nathalie Béasse, qui fait du théâtre comme personne d’autre et qui ne ressemble à personne. Soirée de clôture le 29 juin à 19h30.

Théâtre de la Bastille, du 13 mai au 29 juin.

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