Manfred Karge & Matthias Langhoff : rare reconstitution d’une association dissoute

Tandis que le Festival d’Avignon s’achève, se déroule au Piccolo, petit théâtre de la ville de Chalon-sur-Saône, un bel événement : la reconstitution d’un couple fameux dans l’histoire du théâtre européen, celui que formèrent Matthias Langhoff et Manfred Karge. L’un met en scène « Corps étranger », une pièce écrite par l’autre. Qui verra ce spectacle ?

Scène de "Corps étranger" © dr Scène de "Corps étranger" © dr

L’un, Manfred Karge, est né à Brandebourg en 1938 et y a grandi, « un vrai Prussien », dit aujourd’hui l’autre, Matthias Langhoff, né en exil trois ans plus tard, à Zurich où son père (directeur d’un grand théâtre berlinois) s’était réfugié avec sa famille, fuyant le nazisme. Les jeunes Manfred et Matthias allaient se rencontrer au Berliner Ensemble, où ils entrent la même année, 1961, cinq ans après la mort de Brecht. Sa veuve, la grande actrice Hélène Weigel, a pris la direction du théâtre et veille sur ces jeunes recrues. Une amitié naît entre ces deux hommes qui n’ont pas trente ans. Un demi-siècle plus tard, l’amitié est toujours là, malgré les soubresauts, l’éloignement et le temps passé. Les voici ensemble à Chalon-sur-Saône en cette fin juillet dans un théâtre sans âge, à la beauté comme miraculée ; le Piccolo. Mais n’anticipons pas.

K & L du Berliner à la Volksbühne

Très vite au Berliner, Karge & Langhoff co-signent un premier spectacle, Le petit Mahagonny de Brecht, créé pour le 65e anniversaire de la naissance de Bertolt. Le succès, considérable, les rend encore plus inséparables. Suivront, toujours de Brecht, L’Achat de cuivre et Le Commerce de pain. « Un proverbe chinois dit : deux rats sont meilleurs ensemble, se souvient aujourd’hui Langhoff sous le regard de son ami. On s’est dit qu’on allait avancer ensemble. On ne s’est pas demandé qui ferait quoi. Ce n’était pas une question. Quand le premier rat prend des risques, le deuxième est là pour dire : fais attention, n’allons pas à Moscou, la ville va brûler. Notre histoire commune est d’abord fondée sur une profonde amitié. » Manfred Karge assis à côté de lui dans ce café de Chalon-sur-Saône opine et, bien que de trois ans son aîné, ajoute : « Matthias était non seulement mon partenaire mais aussi mon professeur. » Entre l’enfant de Brandebourg ayant grandi entouré de nazis et le fils d’exilés, Brecht sert de lien et de terrain de jeu.

Après avoir mis en scène Sept contre Thèbes d’Eschyle, en 1969, ils quittent ensemble le Berliner pour la Volksbühne de Berlin dirigée par Benno Besson. L’aventure commune se poursuit : La Forêt d’Ostrovski, Les Brigands de Schiller... Repérés par Michel Bataillon et Gabriel Garran, ils montent avec des acteurs français Le Commerce de pain au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers en 1972, Retour à la Volksbühne avec Le Canard sauvage d’Ibsen puis en 1975, La Bataille de Heiner Müller, spectacle qui viendra à la Fête de l’Humanité l’année suivante, puis au TNP et au Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis dirigé par René Gonzalès. C’est par K&L que l’on découvre Müller en scène et qu’on le lit traduit par Jean Jourdheuil. Dans leur commun périple, Müller succède à Brecht.

Karge & Langhoff à Chalon-sur-Saone  encette fin juillet 2021 © jpt Karge & Langhoff à Chalon-sur-Saone encette fin juillet 2021 © jpt

Abrégeons, la liste des spectacles signés K&L est longue. Sautons jusqu’à l’été 1981 où ils présentent au Festival d’Avignon avant Nanterre et le Festival d’automne Marie, Woyzeck (Büchner). Trois ans plus tard, avec une distribution française, voici La Cerisaie de Tchekhov (Christiane Cohendy, Olivier Perrier, etc.) puis Le Prince de Hombourg de Kleist (Gérard Desarthe, Philippe Clevenot, mais aussi Serge Merlin, Denis Lavant, François Chattot). Deux ans après encore Matthias Langhoff, seul, met en scène un fabuleux Roi Lear au TNS (reprise à la MC93) avec Serge Merlin dans le rôle-titre.

Langhoff côté langue française

Entretemps, les routes des deux monstres ont bifurqué. Manfred Karge comme acteur suit le metteur en scène Claus Peyman au Burg theatre de Vienne. Part la suite il dirigera et enseignera la mise en scène dans une grand école de théâtre berlinoise et commencera à écrire de rares pièces dans tous les sens du terme. Matthias Langhoff, travaille alors le plus souvent en Suisse (Vidy Lausanne, Comédie de Genève) et en France (TNB, MC93, Festival d’Avignon) jusqu’à demander et obtenir la nationalité française. De Mademoiselle Julie jusqu’à Si de là-bas si loin (Holderlin Beckett) en passant par Richard III (avec le jeune Marcial di Fonzo Bo dans le rôle-titre, lire ici) et différents Œdipe roi (avec des Afghans, des Russes, etc., lire ici), la liste des éblouissements est conséquente.

Sautons encore quelques spectacles inoubliables pour en arriver au Cabaret Hamlet en 2017. François Chattot est alors à la tête du CDN de Dijon-Bourgogne. Nicolas Royer travaille à ses côtés et c’est ce dernier qui monte la production du spectacle. François Chattot jouera le rôle-titre de ce spectacle qualifié dans ce blog (alors abrité par Rue89) de « chef-d’œuvre hors normes » (lire ici).

Trois ans passent, Nicolas Royer dirige maintenant l’Espace des arts, scène nationale de Chalon-sur-Saône. Un jour, il montre à Matthias Langhoff les travaux de rénovation et d’agrandissement effectués. Cette visite, la pandémie, le confinement et la pensée toujours en mouvement qui le caractérise donnent envie à Matthias d’écrire une longue lettre à « Mon cher Nico » (Nicolas Royer) rendue publique via ce blog. Je vous y renvoie (lire ici), mais je ne résiste pas à en en citer quelques lignes, lucides et prémonitoires, écrites au printemps 2020 :

« Sans doute allons-nous bientôt devoir porter un masque pour sortir dans la rue. Ce que cela signifie pour notre vie, et donc pour notre culture, je ne veux même pas me le représenter. Ne me vient pour l’instant à l’esprit qu’une seule réponse, la pire : on s’y habituera. Et que signifie alors la phrase de Heiner Müller : « La mort est le masque de la révolution. La révolution est le masque de la mort. » ?

C’est cauchemar de penser que les mesures prises pour lutter contre cette pandémie constituent un exercice pour l’avenir. Le déplacement du travail vers l’espace domestique par la mise en réseaux, l’approvisionnement entre les mains d’Amazon & co, la convivialité et la communication via Whats App, la culture et l’information réchauffées dans les tubes télévisés. La beauté de voir les rues sans automobiles et de respirer de l’air propre dans les villes ne va pas sans l’interdiction d’exprimer sa mauvaise humeur dans la rue. Ce qui était Polis ou communauté devient réseau.

Cher Nico, permets-moi de revenir à cette idée encore une fois : du théâtre pour cinquante, ou au maximum cent spectateurs, dispersés dans ta grande salle, bien installés, à leur aise. Pour toi sûrement une source d’effroi, pour moi, un espoir. »

La découverte et l’amour du Piccolo de Chalon-sur-Saône

Ce n’est pas dans la grande salle de l’Espace des arts mais dans la petite salle de vieux théâtre, à la fois beau, fatigué et envoûtant qu’est le Piccolo que se donne, ces jours-ci à Chalon-sur-Saône devant 50 spectateurs, Corps étranger de Manfred Karge dans une mise en scène de Matthias Langhoff, une traduction et version nouvelle d,’Irène Bonnaud, avec François Chattot et Emmanuelle Wion (tous deux familiers des spectacles de Langhoff), et une équipe (son, lumière, régie, etc.) hors pair..

On n’avait pas vu de spectacle dirigé par le metteur en scène allemand naturalisé français depuis sa version de La Mission  de son ami Heiner Müller rapportée de Santacruz (Bolivie) et donnée dans quelques lieux amis français à l’automne 2017 (lire ici), longtemps après sa création en traduction française (Jourdheuil) au Festival d’Avignon 1989 par le même Langhoff , non sans malice un 14 juillet, en cette année du bicentenaire de la Révolution.

Après cette Mission bolivienne d’autres projets s’étaient profilés comme une nouvelle version d’Hamlet-Machine de Müller en tandem avec Igor et le théâtre Dromesko qui n’a pas abouti faute de coproducteurs. Langhoff avait aussi songé à La force de l’habitude de Thomas Bernhard avec des acteurs chers (comme François Chattot, Charlie Nelson, Gilles David) mais, là encore, les coproducteurs ont manqué.. C’est alors que Langhoff s’est souvenu de la première pièce de Manfred Karge, Jacke wie Hose. Matthias était présent lors de la première mondiale à Bochum en 1982. « C’était l’époque où je voulais sortir d’Allemagne. J’avais besoin de me réinventer et pour ce faire sortir de la langue allemande. Et quand j’ai vu cette première pièce avec dans le double rôle d’Ella et Max Gericke , l’actrice Lore Brenner, j’ai dit à Manfred qu’un jour je mettrai en scène Jacke we Hose non avec une actrice mais un acteur ». Quasiment quarante ans après, c’est le cas. François Chattot est à la fois Ella et Max Gericke, l’homme et la femme. La pièce se tient entre deux sexes, côté femmes..

De Nicolas Royer à Irène Bonnaud

Sans l’énergie et l’engagement (entre autres, financier) de Nicolas Royer - qui a, le plus souvent en vain, sollicité bien des théâtres et non des moindres -, ce nouveau spectacle du grand Matthias Langhoff n’existerait pas. Les directeurs et acheteurs susceptibles de le programmer viendront-ils à Chalon à l’heure de leurs probables vacances ? Le spectacle tournera t-il ? Rien n’est moins sûr à ce jour. A 80 ans Matthias Langhoff, ce géant de la scène européenne comme on a tenu à le rappeler plus haut en énumérant quelques unes de ses mises en scène d’exception, est un homme qui, en France, gêne dans le paysage, et pour certains, y compris en haut lieu, passe pour un vieux à vif qui fait chier et ferait mieux de raccrocher les gants. Honte à eux. Au Japon, Langhoff serait honoré comme un Trésor national vivant. Que l’État français, que ses pairs (qui ne lui arrivent pas à la cheville pour la plupart, ceci expliquant en partie cela) manifestent ainsi une absence de considération et de respect envers cet immense metteur en scène me laisse à goût le moins pantois, et à dire vrai, en colère. Pour d’impérieuses raisons personnelles je ne pouvais pas quitter Paris en ce mois de juillet et donc aller au festival d’Avignon comme chaque année. Mais je ne pouvais pas ne pas faire une entorse à ces raisons pour aller passer quelques heures auprès de Matthias, Manfred, François, Emmanuelle et les autres à Chalon-sur-Saône.

Corps étranger ? C’est le titre choisi par Irène Bonnaud et Matthias pour traduire Jacke wie Hose ( la veste et le pantalon, proverbe allemand), première pièce écrite par Karge écrite pour sa compagne, l’actrice autrichienne Lore Brunner à laquelle elle est dédiée. Traduite par Michel Bataillon sous le titre Max Gericke ou pareille au même , elle a été créée en 1984 par l’actrice Marief Guittier dans une mise en scène de Michel Raskine. Ce dernier reprendra ce spectacle dix ans plus tard avec la même actrice et le même succès, disant de la pièce qu’elle est « un coup de maître », « un coup de génie ». Jacke wie Hose allait logiquement faire le tour du monde. « Comme le proverbe allemand du titre n’est pas directement traduisible, dans chaque pays on l’affuble d’un nouveau titre » raconte en souriant Manfred Karge tout en découvrant le titre français et l’extraordinaire travail effectué par Irène Bonnaud pour cette nouvelle version de Jack wie Hose..

Retour sur un fait divers

Tout part d’un fait divers. Deux femmes allemandes n’étaient pas heureuse en mariage. Le mari de Maria Einsmann la battait, celui d’Hélène Muller aussi mais lui fit deux enfants. Les deux femmes se sont connues et sont devenues proches dans une usine d’armement en 1916. Divorce ou séparation, les maris partent au front, disparaissent. Les deux femmes vont ensemble s’installer à Mayence en 1919. Mais le travail manque pour les femmes. Priorité aux hommes au retour de la guerre. Maria se souvient alors avoir emporté avec elle des habits de son mari et dans une poche elle retrouve des papiers d’identité. Cheveux coupés, habits d’homme, elle se présente au bureau d’embauche. Trouve un travail. Douze ans durant elle va ainsi exercer différents emplois en se faisant passer pour son mari (ou ex-mari), Joseph Einsmann. Le subterfuge sera découvert suite à un accident du travail. Le médecin demandant à voir son corps et les services sociaux ayant deux dossiers pour un même nom..

L’affaire fait grand bruit, la presse s’en empare. L’institut de sexologie de Berlin aussi qui parle de névrose du travestissement, voire de transsexualité, ce que Maria alias Joseph rejette d’un bloc devant le tribunal. Ses camarades de travail, avant tout des hommes, défendent Joseph enfin Maria en parlant comme quelqu’un de consciencieux, serviable, etc. .Les peines de prison sont mesurées mais les deux femmes perdent leur emploi. Libérées, elles à vivre ensemble, les enfants d’Hélène appelant Maria « tata ». Maria part la première en 1959, à soixante quatorze ans. Le 6 mars 2020 on a inauguré à Mayence la place Maria Einssmann. La magnifique pièce de Karge n’y est sans doute pas pour rien. Cette histoire fascina des écrivains dont Anna Seghers (plusieurs nouvelles) et Brecht (une nouvelle) . Karge connaissait ces textes d’écrivains proches mais ignorait le fait divers qui en était à l’origine, jusqu’à ce qu’il reçoive en 1987 une copie d’un article de journal relatant l’histoire qui, par bien des points , correspond à celle qu’il avait imaginé cinq ans plus tôt en écrivant Jacke wie Hose, « une biographie allemande en 34 scènes » (certaines ajoutées après la chute du mur de Berlin).

Deux Gericke pour un Chattot

La pièce met en scène Ella Gericke (François Chattot) et (le fantôme de) son mari Max (Français Chattot), -notons en passant qu’Ella est le prénom de la mère de Karge et Max celui de son père. Max est grutier. Atteint d’un cancer il travaillera jusqu’au bout. A toutes fins utiles ou inconsciemment nous racontera-t-elle, sa femme lui demande moult précisions sur son travail en haut de la grue. Max meurt. Ella, pour survivre, prend l’identité et l’apparence de de son mari tout en organisant, si l’on peut dire, son propre enterrement Dès le lendemain, à cinq heures, Ella Gericke devenue Max, se retrouve en haut de la grue, un bandage autour de la tête (aux cheveux coupés) pour excuser quelques maladresses dues à son apparente blessure. Commence ainsi sa double vie qu’elle nous raconte ce qui l’entraîne à revenir sur sa propre vie, son enfance (les trois livres du logis de ses parents : la Bible, un livre de cuisine , une encyclopédie), les hommes aimés en vain, et celui qu’elle épousera ( « Après qu’on a couché ensemble, il a dit : pas de cul, pas de nénés, c’ est Blanche Neige en plein été ») tout en bifurquant dans des rêves. Tout se passe près de la buvette -Trinkhalle- qu’inaugure sa patronne madame Ottilie (Emmanuelle Wion) auquel un homme de à tout faire rend service (Julien Levallet, par ailleurs régisseur du spectacle.). Ottilie est « une rouge », elle risque d’être arrêtée, Gericke lui donnera son propre passeport au nom d’Ella Gericke caché sous le matelas :« Tiens, prends. On s’est embrassés et elle est partie ». L’écriture est constamment condensée Le décor (Catherine Rankl) a pour élément principal, côté jardin, la devanture de la buvette. Au fond sont projetés différents éléments filmiques (régie vidéo Anton Langhoff) bricolées par Matthias. Au fond, côté cour, un compteur lumineux indique le numéro de la séquence en cours..

Scène de "Corps étranger" © dr Scène de "Corps étranger" © dr

Les répétions, interrompues par le Covid , ont repris quelques jours avant la première mais comme toujours, Mathias Langhoff, jusqu’au dernier moment, change beaucoup de choses. Ce qui n’étonne ni n’inquiète François Chattot et Emmanuelle Wion qui ont joué dans nombre de spectacles de Langhoff, rompus qu’ils sont à sa façon de travailler ensemble tous les éléments de la représentation. Dans une même phrase dite en répétition, Mathias peut s’adresser tour à tour ou en même temps au créateur lumières (Christophe Renon), à celui de la musique (Frédéric Fresson), à la répétitrice (Léa Hübner), à la costumière (Chantal Bachelier), à l’accessoiriste (Mathilde Merius), tout en demandant à modifier lla vitesse d’un rideau et en cherchant avec les acteurs le bon tempo d’un déplacement. Tout avance de front. C’est cette énergie globale qui donne cette densité et cette souplesse si particulières à ses spectacles.

Ce jour là, tout se déroule en présence de l’auteur (qui ne parle pas français). Assis à côté de son vieux camarade, Karge n’intervient pas Langhoff parle, lui, un français plutôt haché et renversant, disons un sabir qui lui est propre mais que tout le monde semble comprendre à commencer par son assistante, la fidèle Véronique Appel.

Lettre aux spectateurs

Comme toujours, Langhoff agrège à la pièce des éléments qui n’y sont pas mais lui font écho et l’enrichissent. Ainsi l’un des artisans du spectacle est filmé devant sa console nous racontant l’histoire de son grand-père fait prisonnier par l’armée allemande. On traduit les propos à Manfred Karge qui, plus tard, racontera :«  Je dois ma vie à un prisonnier français qui travaillait dans une usine de Brandebourg où l’on traitait l’amidon dans de graves cubes. Le produit glissait par un toboggan et la surface blanche mousseuse ressemblait à de la neige. J’avais dix ans et mes camarades. m’ont fait croire que c’était vraiment de la neige. Je me suis lancé sur le toboggan et je me suis enfoncé dans la neige qui n’en était pas. Mes camarades, apeurés, se sont enfuis et c’est un prisonnier français qui, en m’extirpant de là, m’a sauvé la vie ».Matthias qui connait bien son ami ignorait cette histoire.

Dans la première scène de la pièce, Gericke raconte une croisière faite au temps d’Hitler allant jusqu’à un fjord norvégien et qui avait pour titre « La force de la joie ». En préambule et en écho à cette première scène, Matthias Langhoff introduit une séquence filmée: alors que l’on entend La création du monde, une œuvre de Darius Milhaud datant de 1923 et que l’on voit à l’écran la caméra circuler dans Il monde Nuovo, une oeuvre de Giandomenico Tiepolo de 1791, défile, ligne après ligne, une Lettre aux citoyens de Chalon-sur-Saône  écrite par Langhoff. Premiers mots : : « Découvrez comme nous l’avons fait l’un des plus beaux théâtres encore conservés en France. Il vous appartient. Il est en mauvais état. Il est traité sans amour comme tant de vieilles choses ». Cette lettre d’amour au Piccolo s’achève ainsi : « Il est rare de trouver une scène avec une acoustique aussi pure, avec autant de beauté dans l’architecture, autant de grâce dans les fresques et les sculptures. Un tel instrument transforme la visite en événement : une fête ». Tous au Piccolo !

Matthias Langhoff, avant d’y renoncer, avait aussi songé à introduire dans le spectacle un poème de Pier Paolo Pasolini, Je suis une force du passé (1964). Comme lui , il rôde, « plus moderne que n’importe quel moderne/ pour chercher des frères que ne sont plus ». Pas tous. Manfred Karge en est un, ses acteurs en sont d’autres...

Ce soir et demain, 20h au Théâtre Piccolo de Chalon-sur-Saône, 34 rue aux Fèvres, jauge à 50 personnes, pas de passe sanitaire.

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