C’est sans doute un des paradoxes de ce temps d'entre-deux élections, où l’on pourrait penser que les ministres s’attachent à commettre un sans faute, en mettant en conformité parfaite leurs actes avec leurs engagements. Le ministre de l’éducation nationale a affirmé ne pas vouloir donner dans l’injonction, être pragmatique, prudent et à l’écoute.

Fin connaisseur de l’institution éducative, il sait qu’à la mi-juin l’essentiel de la préparation de rentrée est effectué, que dans le second degré les équipes de direction des établissements ont dessiné l’organisation des enseignements pour 2017-18, en concertation avec leurs équipes pédagogiques et éducatives et que, dans le premier, l’organisation, concertée avec les communes, des temps scolaires ne s’improvise pas.

Et voici qu’hier ce même ministre soumet au conseil supérieur de l’éducation un décret qui prévoit une modification importante de l’organisation des collèges, avec le rétablissement des classes bi-langues et des enseignements de langues anciennes et l’amoindrissement de la place accordée à l’accompagnement personnalisé et aux enseignements pratiques interdisciplinaires. Et un autre qui prévoit le retour possible à la semaine de quatre jours de classe dans le premier degré. Ni l’un ni l’autre de ces décrets n’ont reçu l’assentiment du conseil supérieur de l’éducation, mais le ministre passera outre ces avis défavorables. Le changement, ce n’est pas pour maintenant !

Au même moment, pourtant, les commissions de l’éducation et des finances du Sénat publient un rapport sur les rythmes scolaires préconisant le maintien de la semaine de quatre jours et demi de classe et la réduction des congés d’été[1]. Le titre de la note de synthèse est on ne peut plus éloquent : Rythmes scolaires : faire et défaire, en finir avec l’instabilité. Et l’on serait tenté de formuler le même vœu à propos du collège ou du redoublement. Ne devrait-on pas, quand on a, comme le ministre, le souci d’une approche scientifique, prendre le temps de l’évaluation des organisations et des dispositifs avant de les défaire ? Qui peut sérieusement affirmer qu’il a été possible déjà d’évaluer l’effet de la réforme du collège mise en oeuvre à la rentrée 2016, ou du décret de 2014 sur le redoublement mis en œuvre à la rentrée 2015[2] ?

Le syndicat ID-FO des  des personnels de direction publie le jeudi 8 juin un communiqué[3] dans lequel il alerte sur « les effets prévisibles d’une précipitation qu’on voudrait nous imposer ». On s’en souvient, l’année 2016 a été marquée par l’alerte sociale lancée par l’autre syndicat des personnels de direction (SNPDEN-UNSA)[4] pour exprimer «l’exaspération croissante des personnels de direction » provoquée par « le fonctionnement réel de l’institution, marqué aujourd’hui par (…) des à-coups qui désorganisent le travail dans les établissements et un jet continu d’injonctions, le plus souvent illisibles, parfois contradictoires ». Il semblerait que le changement de président, de gouvernement et de ministre n’ait pas profondément modifié la donne.

Ces premiers signaux de l’action ministérielle pourraient laisser présager une école soumise au régime de la marche forcée si peu compatible avec la stabilité nécessaire au temps éducatif d’une part, l’autonomie des équipes d’établissement d’autre part.

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[1] https://www.senat.fr/fileadmin/Fichiers/amdcom/cult/rythmes_scolaires_note_de_synthese.pdf

[2] Voir le billet du 17/01/2016 :

https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/170116/redoublement-le-changement-bas-bruit 

[3] http://idfo.fr/wp-content/uploads/2017/06/iDflash1617N79Lamarchedutemps.pdf

[4] http://new.snpden.net/sites/default/files/files/Comm7 - Alerte sociale.pdf

 

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