Rentrée 2017 : « l’école de la confiance », ou de la restauration ?

« Rentrée 2017 : quatre mesures pour bâtir l’école de la confiance », annonce le ministère de l’éducation nationale. Mais peut-on avoir, avec ces mesures, la confiance tranquille ?

On peut à première vue rendre hommage au choix des mots pour donner un titre au communiqué du 13 juin[1] qui présente les quatre mesures visant à colorer la rentrée 2017 d’une touche annonciatrice de la couleur éducative du nouveau quinquennat.

« Bâtir l’école de la confiance », un beau programme ! Pour la rentrée 2016, la Revue internationale d’éducation de Sèvres avait consacré le dossier de son numéro 72[2], coordonné par Laurence Cornu, au thème « confiance, éducation et autorité » et se questionnait ainsi : « de quelles confiances parle-t-on en éducation ? ». Les réponses venues de Nouvelle Zélande ou du Brésil, par exemple, mettaient l’accent sur la dynamique d’une confiance politique réinventée. Pouvons-nous avoir, pour la rentrée 2017 en France, « la confiance tranquille » comme l’écrivait Laurence Cornu ?

Il faut donc reprendre le détail des quatre mesures présentées pour comprendre de quelle confiance il est question dans ce communiqué ministériel. Deux pour l’école, deux pour le collège.

Première mesure : dédoubler des classes de CP en REP+. Il s’agit là d’un début de mise en œuvre d’un engagement du candidat Macron qui annonçait dans son programme[3] la «  limitation à 12 élèves par enseignant la taille des 12000 classes de CP et de CE1 en zone prioritaire ». La mesure sera étendue à la rentrée 2018 aux classes de CP en REP et de CE1 en REP+ et en REP. Il s’agit donc ici d’une forme de confiance politique, consistant à tenir les engagements pris.

Deuxième mesure : adapter les rythmes scolaires. Cette mesure ne figurait pas au programme de M. Macron. Il est intéressant de voir comment elle est présentée. Alors que chacun sait, grâce à M. Blanquer, qu’il s’agit de permettre dès la rentrée, le retour à la semaine de quatre jours d’école, il n’est fait nulle mention de cela dans le communiqué. On parle de « donner aux acteurs d’avantage de liberté pour organiser la semaine scolaire afin de répondre le mieux possible aux singularités de chaque contexte local, dans le souci constant de l’intérêt des enfants». On appréciera : les enfants de France avaient, avec la semaine de quatre jours, la journée d’école la plus longue du monde ; toutes les études en ont montré l’impact négatif sur les enfants. « Le souci constant de leur intérêt » contredit donc la volonté de retour en arrière implicite de cette mesure. « Toute évolution de la semaine scolaire devra faire l’objet d’un consensus local ». On voit bien ici de quelle confiance il s’agit : la confiance faite au local pour mieux ajuster l’éducation aux besoins d’un territoire donné. Mais on observera que ce retour en arrière contredit non seulement l'intérêt des enfants mais aussi le travail du Sénat sur les rythmes scolaires qui demande de ne pas revenir à la semaine de quatre jours[4]. On a déjà la confiance moins tranquille.

Troisième mesure : « instaurer le programme devoirs faits », qui « va proposer aux collégiens volontaires un soutien gratuit après la classe ». Cette mesure figurait bien au programme de M. Macron : «  nous proposerons à tous un accompagnement après la classe. Au collège, nous rétablirons les études dirigées après la classe grâce à des bénévoles (étudiants et retraités).

Quatrième mesure : « aménager la réforme du collège » pour « donner plus de liberté aux équipes pédagogiques », « retrouver 10% des bilangues de 2015 », « promouvoir l’enseignement du latin et du grec ». Cette mesure est conforme aux engagements du candidat Macron : « nous rendrons possible le rétablissement de parcours bi-langues au collège, de parcours européens et d’un véritable enseignement du grec et du latin ».

On commence à y voir plus clair sur la confiance dont il est question. Il s’agit d’une part d’honorer les engagements pris devant les électeurs pour trois des quatre mesures. De consolider donc une relation de confiance entre le président et ceux qui l’ont élu.

Mais il s’agit aussi de restaurer l’école de l’égalité des chances plutôt que celle de la réussite de tous. Au nom de quoi, en effet, rétablir les parcours bilangues, que la réforme du collège a proposé à tous les collégiens à partir de la 5e, si ce n’est pour, dès la sixième, donner plus qu'aux autres aux élèves qui déjà réussissent ? Au nom de quoi revenir à la semaine de quatre jours d’école, sinon en considérant qu’il est plus important de répondre aux attentes des familles à solide capital social et culturel que de se préoccuper des enfants des milieux populaires pour qui les activités pédagogiques complémentaires (sportives, culturelles et artistiques) de la semaine de quatre jours et demi présentent un apport précieux. Il n’y a certes pas tromperie sur la marchandise : la partie éducation du programme présidentiel était intitulée : «  les mêmes chances pour tous les enfants » et non pas « la réussite pour tous les enfants ».

On peut donc dire que la dynamique de confiance affichée tend, par delà la tenue des engagements présidentiels, à rassurer, par la restauration symbolique de rythmes et dispositifs de l’école d’avant la refondation, ceux pour qui, même si ce fut prudent, cette refondation, en s’attaquant à l’inégalité de fait à l’école et au collège, a quelque peu réduit les avantages que leurs enfants tiraient d'une égalité des chances garantissant l’inégalité des parcours.

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[1] http://www.education.gouv.fr/cid117637/-infographie-4-mesures-pour-batir-l-ecole-de-la-confiance.html

[2] https://ries.revues.org/5419

Voir aussi le billet du 15 octobre 2016 : 

https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/151016/education-la-question-de-confiance-ou-l-ecole-au-defi-de-la-confiance

[3] https://storage.googleapis.com/en-marche-fr/COMMUNICATION/Programme-Emmanuel-Macron.pdf

[4] https://www.senat.fr/fileadmin/Fichiers/amdcom/cult/rythmes_scolaires_note_de_synthese.pdf

 

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