Internat : les clés de la réussite pour tous ?

L’internat public de la réussite pour tous dessiné en 2016 s’inscrit certes dans une continuité éducative – consistant à transformer le lieu d’hébergement en lieu de formation -, mais enrichit cette approche éducative centrée sur les élèves d’un point de vue systémique qui ne laisse de côté ni l’architecture, ni les parents, ni l’engagement spécifique de tous les personnels dans ce contexte.

La publication conjointe d’une circulaire et d’un référentiel concernant « l’internat de la réussite pour tous »[1] permet de mesurer le chemin accompli dans le cadre de la refondation de l’internat, prévue par la loi du 8 juillet 2013 de refondation de l’école de la République et dont la nécessité a été rappelée par le rapport de Jean-Paul Delahaye, Grande pauvreté et réussite scolaire, publié il y a un an, en mai 2015[2].

On retiendra de ces documents quelques éléments qui paraissent saillants.

Le premier concerne l’inflexion apportée à la politique nationale de l’internat public depuis le début du siècle. C’est en 2000 en effet qu’est publié un plan de relance de l’internat scolaire public[3]. A cette date, comme l’écrit la circulaire de 2000, « il est largement tombé en désuétude aujourd'hui à l'exception notable du cursus post-baccalauréat. Dans les collèges publics, 0,5 % seulement des élèves sont internes et, dans un peu plus d'un quart des départements, plus aucun collège ne propose de place d'internat.» En 2000 déjà, l’objectif affiché est d’«offrir une scolarité en internat et non pas un simple hébergement». Aussi «la relance des internats scolaires publics suppose donc que des collèges fassent du développement d'une scolarité "en résidence" un axe fort de leur projet d'établissement».

On ne peut pas écrire que cette circulaire ait été suivie d’un effet spectaculaire. Aussi, en 2007, le président de la République nouvellement élu reprend à sa manière cette politique dans sa Lettre aux éducateurs, avec l’objectif  volontariste de créer des internats d’excellence : « pour les bons élèves issus des familles les plus modestes qui ne peuvent pas offrir à leurs enfants un cadre propice à l'étude, des internats d'excellence seront créés[4]». En 2008-9, le plan Espoir-banlieue[5] « conforte le processus de labellisation déjà mis en œuvre avec succès cette année pour l'internat d'excellence. Ce plan dresse l'inventaire des ressources existantes, repère les besoins, envisage des constructions nouvelles ou des solutions d'accueil alternatives, notamment pour les élèves boursiers en C.P.G.E. dont le nombre doit augmenter significativement dès la rentrée prochaine. Cette politique conduit à envisager l'internat, non seulement comme une offre d'hébergement, mais aussi comme un dispositif d'accompagnement favorisant à la fois la réussite scolaire et la mixité sociale.

Au coeur du plan académique, l'internat d'excellence est proposé à des collégiens et des lycéens scolarisés dans des établissements de l'éducation prioritaire et des zones urbaines sensibles qui ne disposent pas des conditions matérielles favorables leur permettant d'exprimer tout leur potentiel. Afin de repérer le plus en amont possible les élèves susceptibles d'en bénéficier et d'engager le dialogue avec les familles, l'information sur les ressources disponibles au sein des académies doit être largement diffusée aux chefs d'établissement, aux équipes pédagogiques et aux parents d'élèves. »

Ce bref rappel historique permet de mesurer, à travers les alternances politiques, les continuités de politique éducative, mais aussi les inflexions qu’elles y  apportent.

Qu’est ce qui fait la spécificité de la nouvelle circulaire et du référentiel national qui y est associé ?

D’une part, un élargissement du public ciblé : « l'internat doit, désormais, concerner davantage d'élèves issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville, résidant dans des territoires ruraux ou ultra-marins ou encore scolarisés en éducation prioritaire. Une attention particulière doit être accordée aux collégiens et aux lycéens professionnels ainsi qu'aux filles qui y sont encore sous-représentées. Vous veillerez à utiliser toutes les capacités d'accueil disponibles».

D’autre part, et cela est une des marques de fabrique de la refondation entamée à partir de 2012, « Un projet d'internat pédagogique et éducatif exigeant et bienveillant ». Ce projet concerne les élèves, mais tout autant les personnels et les parents.

Pour les élèves, l’accent est mis sur « le temps péri-scolaire (…) organisé de manière à prendre en compte les besoins des internes tout en veillant au respect des différents temps : études, activités éducatives sportives et culturelles, temps libre. Les parcours (parcours d'éducation artistique et culturelle, « parcours Avenir », parcours éducatif de santé, parcours citoyen) ont vocation à être déployés dans les temps scolaires et péri-scolaires. Il en est de même des parcours d'excellence qui pourront à partir de la rentrée 2016 concerner des jeunes internes volontaires.

Le projet d'internat définit les conditions susceptibles d'assurer et d'apprécier le bien-être de l'adolescent scolarisé en internat. Il précise les modalités de dialogue avec les internes soit au sein des instances déjà existantes soit au sein d'instances dédiées. Il précise également les modalités d'association et d'implication des parents dans le suivi de la scolarité de leur enfant».

Pour les personnels, le  référentiel précise la contribution de chacun. Du personnel de service au chef d’établissement, en passant par le gestionnaire, les assistants d’éducation, le conseiller principal d’éducation, les professeurs, le professeur-documentaliste, le professeur principal, le chef de travaux, l’assistant de service social, le conseiller d’orientation psychologue, l’infirmier et  les volontaires du service civique, tous, dont certains sont recrutés sur profil, prennent en compte les besoins de l’élève interne dans l’organisation de leur action.

Pour les parents, le triptyque « informer, accueillir, accompagner » détaille ce que l’objectif de mieux les associer à la scolarité de leur enfant veut dire.

On notera tout particulièrement ce que la circulaire et le référentiel indiquent en matière d’architecture scolaire : « Le projet architectural doit constituer une des traductions de ce travail conjoint (avec les collectivités territoriales concernées). Dès l'origine, il doit en effet associer l'ensemble des partenaires afin de fournir un environnement adapté au processus d'apprentissage et non un monument dédié à l'esthétique. La qualité architecturale et environnementale du bâti doit être au service des apprentissages et tenir compte des besoins des internes.

L'internat doit donc être pensé comme un espace éducateur. Les différents temps des internes, qu'ils soient pédagogiques, éducatifs ou libres, doivent trouver leur expression dans l'agencement des locaux. Leur intimité doit ainsi être préservée. Dans la mesure du possible, un espace à l'abri du regard d'autrui doit être imaginé en fonction de l'âge des internes. Il en est de même de leur sociabilité. Un espace laissé à leur discrétion pour se retrouver ou pour travailler entre pairs doit être envisagé. L'accès aux ressources documentaires et numériques hors des horaires classiques doit aussi être pensé. Enfin, un espace pour accueillir les parents doit être conçu. Il s'agit donc de concilier l'organisation de l'espace scolaire consacré aux internes et ses usages pédagogiques et éducatifs, et ainsi de mettre le bâti architectural au service des apprentissages des internes et de leur bien-être.»

C’est sans doute cette approche systémique de l’internat scolaire public qui caractérise l’apport de ce document à la politique éducative de l’internat public. Dans la longue histoire de l’internat, on peut penser que la circulaire et le référentiel Internat de la réussite pour tous 2016 feront date.


[1] circulaire n° 2016-076 du 18-5-2016

http://www.education.gouv.fr/pid285/bulletin_officiel.html?cid_bo=101723

[2] http://cache.media.education.gouv.fr/file/2015/52/7/Rapport_IGEN-mai2015-grande_pauvrete_reussite_scolaire_421527.pdf

lire également le billet

https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/140515/depenses-d-accompagnement-educatif-l-equite-c-est-pour-quand

[3] CIRCULAIRE N°2000-112DU 31-7-2000 www.education.gouv.fr/bo/2000/30/ensel.htm

[4] http://www.lemonde.fr/societe/article/2007/09/04/l-integralite-de-la-lettre-aux-educateurs-de-m-sarkozy_950952_3224.html#S8G3WuQfDOKKX0Bk.99

[5] www.education.gouv.fr/cid25332/mene0909985c.html

 

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