Acquisition du socle commun à l’entrée en 6e : toutes choses inégales par ailleurs ?

La dernière enquête publiée par la DEPP éclaire les acquis des élèves à leur entrée en 6e. Selon le genre, le type d’établissement, le milieu social, l’académie, la réussite scolaire à l’entrée en 6e est inégalement partagée. L’enjeu de la réussite pour tous les élèves, quels que soient leur milieu social et le territoire où ils vivent, est vivement éclairé par cette étude.

La note d’information de la DEPP n° 18[1] de ce mois de juin traite les résultats d’une enquête sans précédent conduite auprès de 160000 élèves de 6e en 2015 : on a testé sur ordinateur leur maîtrise des compétences attendues à l’entrée en 6e. Un élève sur 5 a donc participé à l’enquête, et l’échantillon est représentatif de la diversité des formations (public, privé, 6e Segpa, 6e générale, 6e spécifique) et des territoires (les 4000 établissements concernés –soit les 2/3 des collèges- sont représentatifs du poids de chaque académie).

Il en ressort globalement :

  •  que huit élèves sur 10 ont acquis la maîtrise de la langue attendue (compétence 1 du socle commun en vigueur en 2015)
  • que 7 sur 10 ont acquis la maîtrise attendue en mathématiques et en sciences (compétence 3 du socle commun en vigueur en 2015)
  • que ces résultats nationaux varient selon les académies, et pas seulement pour des questions sociales.

Cette étude fait apparaître certains écarts intéressants.

Les pourcentages d’élèves maîtrisant les compétences étudiées diffèrent selon les établissements. Pour la compétence 1 (maîtrise de la langue), on passe de 59,8% en REP+[2] à 83,2% en public hors éducation prioritaire et à 89% en privé, pour la 3 de 44% en REP+ à 73,1% en public hors éducation prioritaire et à 80,4% en privé. Les auteurs de la note observent, à propos des résultats du privé que « cet écart doit toutefois être relativisé, car le secteur privé accueille proportionnellement plus d’élèves très favorisés socialement que le secteur public ».

Les filles réussissent mieux que les garçons en maîtrise de la langue ( 86% contre 78,4%) et font jeu égal avec eux en mathématiques et sciences (71,2% contre 71,9%).

L’effet prétendument bénéfique du redoublement est une fois de plus questionné par l’écart de réussite considérable entre élèves dits « à l’heure » et élèves dits « en retard » : 87,8% contre 48,1% en maîtrise de la langue, 77,8% contre 33,9% en mathématiques et sciences, soit un écart de 40 points quelle que soit la compétence.

Les résultats varient aussi considérablement en fonction de l’origine sociale des élèves. Pour les 20% les plus favorisés socialement, « les taux de maîtrise avoisinent 90% », alors que pour les 20% les plus défavorisés, « les taux de maîtrise sont alors respectivement de 68,9 % et de 54,7 %, pour la compétence 1 et la compétence 3 ».

 L’inégalité territoriale est forte également. « Les difficultés sont plus prononcées dans le Nord et dans les DOM ». En maîtrise de la langue, les élèves des DOM ne dépassent pas 75% : « Guyane (40,5 %), La Réunion (67,9 %), Guadeloupe (69,1 %), Martinique (72,9 %) »,  et ceux de 4 académies ne dépassent pas 80% : « Lille (77,0 %), d’Amiens (78,0 %), de Rouen (78,1 %) et de Créteil (79,2 %) ». A l’autre bout de l’échelle, on relève  près de 87 % à Rennes et à Versailles, et près de 90% à Paris.

En mathématiques et sciences, « moins de deux tiers des élèves maîtrisent cette compétence dans les académies de Créteil (65,5 %), de la Corse (61,1 %) et dans les DOM. Les académies d’Aix- Marseille et de Montpellier, avec un taux de maîtrise d’environ 69 %, affichent également de plus faibles résultats, proches de ceux observés dans les académies du Nord de la France : Lille (66,6 %), Amiens (67 %) et Rouen (67,5 %). À l’Ouest, les académies de Rennes (78,0 %), de Nantes (77,6 %) et de Bordeaux (76,2 %) rejoignent celle de Paris (77,1 %), avec les taux de maîtrise les plus élevés».

La lecture de ces résultats est riche d’enseignements et de questionnements. D’une part, « on retrouve au niveau académique le lien présenté plus haut entre niveau de performance et niveau social. Ainsi, l’académie de Paris, qui affiche le score le plus élevé en compétence 1 (268), a en outre le niveau social moyen le plus élevé de toutes les académies, mesuré par l’indice moyen de position sociale (valeur de 117 pour l’académie de Paris). C’est également le cas par exemple des académies de Versailles, Grenoble et Lyon où performance et niveau social vont de pair. Les DOM ou les académies de Lille et d’Amiens ont un niveau social moyen peu élevé et de plus faibles performances».

« Il est alors intéressant d’évaluer l’impact du niveau social d’une académie sur sa performance, en calculant un score moyen corrigé. Dans ce cas, par exemple, l’académie de Paris voit son score « brut » en compétence 1 de 268 être ramené à 257. Autrement dit, si la structure sociale de l’académie de Paris était identique à celle de la France entière, alors son score moyen diminuerait de 11 points et l’académie de Paris ne se distinguerait plus de certaines académies performantes comme Rennes, Bordeaux ou Grenoble. À l’inverse, les DOM verraient leur score augmenter si leur structure sociale était identique à celle observée au niveau national ».

Mais l’impact du niveau social une fois neutralisé, des écarts de performance subsistent entre les académies : « C’est le cas par exemple de Besançon et Rouen : ces deux académies ont un niveau social moyen similaire (97) mais des performances différentes, avec un score moyen en compétence 1 de 244 à Rouen contre 253 à Besançon. Les écarts de performance entre académies ne résultent pas seulement du déterminisme social ».

Si  on étudie les écarts de performances des 20% les plus favorisés socialement et des 20% les plus défavorisés, on obtient par académie une mesure de l’équité scolaire. « Paris, Reims, Rouen ou Strasbourg affichent un écart de plus de 50 points entre ces deux groupes pour la compétence 1. Le poids de l’origine sociale est donc plus marqué pour ces académies. À l’inverse, cet écart est inférieur ou égal à 40 points dans les académies de Grenoble, de Nice et d’Orléans-Tours (…) certaines académies affichent de faibles performances ainsi qu’un faible degré d’équité (Rouen, Reims, Créteil, Lille) tandis que d’autres académies parviennent à combiner performance et équité (en particulier les académies de Rennes et de Grenoble) ».

Ces données sont à mettre en lien avec ce que la DEEP a observé dans sa précédente note d’information 2016-17[3] portant sur l’accès au baccalauréat d’une cohorte d’élèves ayant obtenu au plus la note moyenne de 8 au diplôme national du brevet : il y a bien, sur le territoire, un « effet académie » qui influe sur le parcours scolaire des élèves concernés. Les auteurs de cette note observaient que « l’accès au baccalauréat est significativement plus élevé à Paris qu’à Montpellier malgré une orientation en fin de troisième semblable, c’est-à-dire relativement forte dans la voie GT. De même, les académies de Caen et de Rennes ont toutes les deux privilégié la voie professionnelle en fin de troisième mais, cinq ans après, cinq élèves sur dix ont obtenu le baccalauréat à Rennes contre quatre sur dix à Caen ». On constate que l’étude menée auprès des élèves de 6e fait apparaître Caen et Montpellier parmi les académies moins performantes et équitables,  Rennes parmi les académies performantes et équitables et Paris comme de loin la plus performante et la moins équitable.

Plus globalement, ce qui frappe, dans l’analyse du lien entre performance et équité dans les académies (hors Mayotte),  c’est le partage relativement équilibré entre 7 académies performantes et équitables, 9 académies moins performantes et équitables, 7 académies performantes et moins équitables, et  7 académies moins performantes et moins équitables. Soit, sur 30 académies,  14 académies plus performantes et 16 académies plus équitables, dont 7 seulement appartiennent aux deux ensembles et 7 également à aucun des deux - on retrouve dans cette répartition une courbe de Gauss, qui n'en est pas pour autant "normale" du point de vue de l'ambition éducative. Conjuguer réussite des élèves et réussite pour tous est certainement un objectif essentiel, sur le chemin duquel quelques académies sont plus avancées que d’autres.


[1] http://cache.media.education.gouv.fr/file/2016/67/1/depp-ni-2016-18-evaluation-numerique-competences-socle-debut-sixieme-niveaux-performance-contrastes-selon-academies2_597671.pdf

[2] Environ 5% des élèves sont scolarisés en REP+. Leur écart de performance avec leurs pairs des collèges publics hors éducation prioritaire est donc de plus de 20 points en compétence 1 et de près de 30 en compétence 3.

[3]  http://cache.media.education.gouv.fr/file/2016/44/2/depp-ni-2016-17-eleves-difficulte-scolaire-troisieme-un-sur-deux-obtenu-baccalaureat_587442.pdf

Cette note a été commentée dans le billet : https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-veran/blog/090616/acces-au-bac-des-eleves-en-difficulte-scolaire-l-effet-academie

 

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