Nice, l'arrêté municipal du 24 mai 2012

Ce texte est extrait d'un écrit ayant pour titre "Je ne suis pas de ceux qui", écrit où était analysée l'expression employée plus qu'à son tour par N.Sarkozy alors Président de la République.

En réponse au billet de Mačko Dràgàn "Il était une fois en Estrosi".

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96 - L'incommensurable perniciosité de certaines décisions politiques n'est abordable que par la réalité qui l'entérinera et plus encore par les éléments composant le rapport, qui souvent n'est pas établi, de l'une à l'autre. Qui pis est, si le poser ce rapport ne fera jamais gage d'atténuation rétroactive, cela ne préviendra jamais non plus la perpétuation, sous quelque forme que ce soit, des effets à venir de ce qui aura été un jour arrêté.

97 - C'est ce que représente l'arrêté municipal de Nice du 24 mai 2012. Je laisse à chacun le loisir de se renseigner précisément sur ce qu'est un arrêté municipal, suite à quoi pour ma part je l'aborderai par le biais suivant. Si ce dispositif est un instrument qui a été mis à disposition des élus d'une municipalité dans le cadre de la décentralisation, il confère à la portée décisionnelle de ces derniers un pouvoir qui touche à ce qui viendra s'agglomérer à l'identité de leur municipalité.

98 - Autrement dit, si, en terme de réalité impalpable mais avérée, l'identité d'une ville est, toute proportion gardée, partiellement comparable à ce que peut-être la notion de nation pour un État, l'arrêté municipal ne peut, à ce niveau, directement infléchir une représentation qui le dépasse et qu'il ne peut saisir – leur temporalité ne sont pas les mêmes - mais il peut absolument s'y greffer comme le ferait n'importe quel organisme parasite.

99 - Non point qu'à terme il la démette cette identité, mais que, au rythme qui ne peut qu'être celui de ceux qui l'utilisent, absolument opportuniste, ceux-ci en fassent leur monture. Une monture dont au fond peu leur importe le parcours tant qu'elle supporte les étendards de leurs croyances.

100 - J'ai écris les lignes qui suivent en 2012, "... l'arrêté promulgué par le maire de Nice à propos des mariages et des attitudes désormais réprouvées et sanctionnées durant la tenue de la cérémonie à la mairie. Autant dire d’une pierre plusieurs coups, coups que nous pourrions dire ricochets s’ils étaient portés dans l’eau. Mais parmi ceux-là s’en dégage un qui littéralement est de l’ordre de l’inhommé, un inhommé trouvant à s’inscrire dans l’ordre de la légalité, de la loi, et qui comme tel, croyez m’en, fera dépôt, durable, et sans doute effets d’inhumanité." Et je n'avais alors pas lu cet arrêté.

101 - Je qualifie d'inhommé ce qui s'avance à mots couverts à découvrir derrière ce texte ourlé comme seuls des esprits modelés à la main de la haute administration politicienne peuvent bassement le mettre en scène. La loi y est formellement rigoureusement respectée, comme un à valoir anticipateur faisant rempart à la moindre réflexion allant à son encontre et le bon sens que l'on y croise, pas seulement en son coin puisqu'il le frappe à chacune de ses lignes, cautionne l'évidence de sa bonne foi.

102 - A ceci près que la foi n'est jamais ni bonne ni mauvaise et qu'à tirer ce fil, celle qui est indexée ici directement est la foi musulmane. Indexée devant s'entendre mise à l'index par le creux des mots d'autorité qui la désigne instamment mais de telle sorte qu'il soit possible pour ceux qui ont commis cet arrêté de se défausser de cette lecture tout en en raflant les effets.

103 - Oui, rafler la mise cela se dit. La mise de l’innommable que je dit être pleinement assumée par ceux-là qui la mette sur le tapis et que je dis encore être inhommable. Un inhommable où se conjoignent l'innommé fielleux et les effets dévastateurs de l'opération de cette parole à la retenue de laquelle les hommes devront pourtant être confrontés tôt ou tard.

104 - Il semblerait que toutes les raisons accordant quitus au fait de ne pas nommer cet autre que l'on désigne pourtant fassent que, dans certaines conditions, il revête alors, au pied de la lettre que l'on a voulu contraindre, elle, pour l'astreindre, lui, les attributs imaginés de l'Alterité.

105 - Disons-le ainsi, il est attifé. Et si ces postiches prennent des formes très différentes toutes ont ce point commun de retourner à celui qui a misé cette monnaie de singe le pire de sa malignité.

106 - Partant, à Nice ou ailleurs, libre encore à chacun de se croire libre. Je ne le suis toujours pas, et je dis que Mohamed Lahouaiej-Bouhlel n'était ni religieux ni "radicalisé", mais à coup sûr inhommé.

107 - Un inhommé répondant à l'injonction infâme qui lui était ainsi adressée, celle de produire l'inhommable, effet du sans nom.

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