Les expériences de vulnérabilité des personnes autistes

Les adultes autistes sont plus vulnérables à de nombreux événements négatifs de la vie, notamment les difficultés d'emploi, les difficultés financières et la violence familiale. Les expériences de vie négatives expliquent en partie les taux plus élevés de symptômes d'anxiété et de dépression et la moindre satisfaction de vivre chez les adultes autistes comparativement aux adultes non autistes.

Résumé (traduction)

Peace of mind © Luna TMG Peace of mind © Luna TMG

Les troubles de santé mentale comorbides comme l'anxiété et la dépression sont extrêmement fréquents chez les adultes autistes. La vulnérabilité à des expériences de vie négatives telles que la victimisation et le chômage peut être en partie responsable du développement de ces conditions. Nous mesurons ici la fréquence des expériences de vie négatives chez les adultes autistes et explorons comment elles sont associées aux symptômes actuels d'anxiété et de dépression et à la satisfaction de vivre. Nous avons élaboré le Quotient d'expériences de vulnérabilité (VEQ) dans le cadre d'une consultation auprès des intervenants. Le VEQ comprend 60 éléments répartis sur 10 domaines. Des adultes autistes ayant reçu un diagnostic clinique et des témoins non autistes ont complété le VEQ, des mesures de dépistage de l'anxiété et de la dépression et une échelle de satisfaction de vie dans un sondage en ligne. La probabilité de vivre chaque événement VEQ a été comparée entre les groupes à l'aide d'une régression logistique binaire. L'analyse de médiation a été utilisée pour vérifier si le score VEQ total médiait la relation entre l'autisme et (1) la dépression (2) l'anxiété et (3) la satisfaction de vivre. Les adultes autistes (N = 426) ont signalé des taux plus élevés de la majorité des événements dans le QEV que les adultes non autistes (N = 268). Ils ont également signalé plus de symptômes d'anxiété et de dépression et moins de satisfaction de vivre. Les différences entre les groupes sur le plan de l'anxiété, de la dépression et de la satisfaction de vivre ont été partiellement médiées par le score total VEQ. Cette étude met en lumière plusieurs domaines importants peu étudiés de la vulnérabilité des adultes autistes, notamment la violence familiale, les contacts avec les services sociaux (en tant que parents) et l'exploitation et les difficultés financières. Il faut améliorer les services de soutien, de conseil et de défense des droits pour réduire la vulnérabilité des adultes autistes aux expériences de vie négatives, ce qui peut améliorer la santé mentale et la satisfaction de vivre dans cette population.

Tableau 4. Pourcentages de participants qui ont répondu " oui " à chaque question du VEQ pour chaque groupe

1er chiffre : % chez les personnes autistes (426 personnes), 2ème chiffre : % dans le groupe contrôle (268 personnes). Soit 38% des personnes autistes ont abandonné l'école, le collège ou l'université, contre 18% du groupe contrôle.

  • Education
  • J'ai abandonné l'école, le collège ou l'université. 38% /19 %
    J'ai manqué plus de deux semaines d'école, de collège ou d'université en raison d'anxiété ou de dépression. 47/15
    J'ai été exclu temporairement ou définitivement de l'école, du collège ou de l'université. 14/3
    Mes parents/soignants ont essayé d'obtenir un soutien supplémentaire pour moi à l'école, mais l'école n'en a pas fourni.19/7
    J'ai quitté une école, un collège ou une université sans diplôme parce que j'ai échoué à mes examens. 15/8
    J'ai évité d'assister à des leçons ou à des conférences à l'école, au collège ou à l'université parce que je les trouvais stressantes.54/17
  • Emploi
    J'ai été absent du travail pendant au moins deux mois pour cause d'anxiété, de dépression ou pour toute autre raison de santé mentale.43/15
    J'ai passé au moins un an au chômage et à la recherche d'un emploi.48/15
    J'ai été viré d'un travail. 42/24
    Des mesures disciplinaires ont été prises contre moi au travail. 30/14
    J'ai quitté un emploi parce que je n'arrivais pas à composer avec le milieu de travail ou les exigences du poste. 73/32
    J'ai été régulièrement négligé pour des promotions ou des renouvellements de contrats au travail. 33/12
    J'ai quitté un emploi parce que j'étais maltraité par mes collègues. 49/19
    Je n'ai pas été en mesure d'obtenir un emploi correspondant à mon niveau de formation et de qualification. 55/21
  • Finances
    Des agents de recouvrement m'ont confisqué de force mes biens. 4/4
    Il y a eu une période de ma vie où je n'avais pas assez d'argent pour subvenir à mes besoins essentiels (nourriture, loyer, soins médicaux). 45/25
    Il y a eu une période de ma vie où j'avais des dettes (autres qu'une hypothèque ou un prêt étudiant) qui étaient supérieures à mon revenu annuel. 26/13
    J'ai dû quitter ma maison parce que je n'arrivais pas à payer mon hypothèque ou mon loyer. 12/4
    Il y a eu une période de ma vie où je n'avais nulle part où vivre en sécurité. 27/11
  • Services sociaux
    Mes enfants ont fait l'objet d'une enquête de protection de l'enfance en raison de préoccupations quant à ma capacité de m'occuper d'eux. 9/2
    Mes enfants ont été envoyés vers les services sociaux en raison de préoccupations quant à ma capacité de m'occuper d'eux. 14/<1
    J'ai perdu la garde de mes enfants à la suite d'une procédure judiciaire en raison de préoccupations quant à ma capacité de m'occuper d'eux. 4/<1
    Un professionnel de l'éducation, de la santé ou du travail social a remis en question ma capacité de m'occuper de mon enfant. 19/4
  • Système judiciaire
    J'ai un casier judiciaire. 10/4
    J'ai été accusé d'une infraction pénale (sans compter les amendes pour excès de vitesse ou stationnement). 14/8
    J'ai reçu un avertissement de la police (sans compter les mises en garde pour les infractions mineures au code de la route). 18/6
    J'ai passé du temps en prison ou dans un centre de détention pour mineurs. 3/2
    J'ai été arrêté par la police. 18/9
  • Victimisation dans l'enfance
    Enfant, d'autres enfants me brutalisaient. 87/53
    Enfant, un adulte m'a fait assez mal pour laisser des marques sur mon corps. 29/16
    Enfant, d'autres enfants m'excluaient des activités. 85/46
    Enfant, les enfants répandaient des rumeurs sur moi ou parlaient de moi dans mon dos. 77/45
    Enfant, un autre enfant m'a fait assez mal pour me laisser des marques sur le corps (ecchymoses ou égratignures, par ex.). 51/25
    Enfant, les enfants m'insultaient ou me traitaient de tous les noms. 85/57
    Enfant, un adulte m'humiliait, me gênait ou me faisait peur. 79/52
  • Enfant, un adulte m'a touché sexuellement ou a essayé de me faire le toucher sexuellement.30/20
  • Enfant, un adulte m'a insulté ou m'a traité de stupide, de moche ou de paresseux. 63/33
  • Victimisation dans l'âge adulte
    J'ai été brutalisé par quelqu'un de ma famille.55/34
    On m'a forcé à avoir des rapports sexuels. 44/23
    J'ai été brutalisé par quelqu'un au travail. 54/36
    J'ai été piégé ou poussé à enfreindre la loi. 21/6
    J'ai été physiquement contraint à une activité sexuelle. 26/15
    Adulte, j'ai été blessé par quelqu'un au point de laisser des marques sur mon corps (par exemple des bleus ou des égratignures).34/18
    J'ai été brutalisé par quelqu'un que je considérais comme un ami.70/31
    J'ai été piégé ou poussé à donner de l'argent ou des biens à quelqu'un. 48/20
  • Abus domestiques
    Mon/ma partenaire m'a forcé(e) à avoir des rapports sexuels.20/9
    Mon/ma partenaire m'a physiquement blessé(e) (p. ex., poussé(e), giflé(e) ou frappé(e) à coups de poing). 30/18
    Mon/ma partenaire a menacé de me faire du mal ou de faire du mal à quelqu'un dont je me soucie. 22/11
    Mon/ma partenaire a profité de moi sur le plan financier.25/11
    Mon/ma partenaire m'a humilié(e) ou mis(e) dans l'embarras. 39/23
  • Maladie mentale
    Il y a eu une période de ma vie où je consommais régulièrement de l'alcool ou une autre drogue (non prescrite) pour m'en sortir. 39/25
    J'ai reçu un diagnostic erroné de maladie mentale (p. ex. TDAH au lieu d'autisme).40/5
    J'ai été interné à cause d'un problème de santé mentale. 10/2
    J'ai eu un problème de santé mentale qui a affecté ma vie quotidienne. 84/38
    J'ai fait des plans de suicide. 60/26
    J'ai tenté de me suicider. 41/13
    Je me suis délibérément fait du mal. 60/20
  • Support social
    Il y a toujours eu quelqu'un dans ma vie qui essayait de m'aider si j'avais des ennuis. 56/76
    Il y a toujours eu quelqu'un dans ma vie qui prenait soin de moi si j'étais malade. 52/73
    J'ai toujours su qu'il y avait quelqu'un dans ma vie qui m'aimait.54/76

Il m'a semblé intéressant de reproduire aussi le tableau 2, sur les diagnostics donnés : le 1er chiffre est le pourcentage chez les personnes autistes, le deuxième dans le groupe contrôle.

  • Abus d'alcool  5 % / 2 %
    Trouble anxieux  43 / 13
    TDAH   13 / 2
    Trouble bipolaire  4 / 1
    Trouble des conduites  <1 / 0
    Dépression  64 / 23
    Dyslexie  8 / 2
    Dyspraxie  9 / 1
    Troubles de l'alimentation  7 / 4
    Déficience intellectuelle 3 / 0
    Trouble anxieux généralisé  21 / 6
    Retard de langage  4 / 1
    Trouble obsessionnel compulsif  11 / 2
    Trouble oppositionnel de provocation  <1 / 0
    Trouble panique  7 / 2
    Troubles de la personnalité  10 / 1
    Trouble de stress post-traumatique  16 / 4
    Schizophrénie/psychose  4 / 1
    Trouble du traitement sensoriel  10 / 1
    Phobie sociale  15 / 2
    Phobie spécifique  3 / <1
    Syndrome de Gilles de la Tourette  2 / <1
    Aucune (sauf pour l'autisme) 14 / 48

NB : l'enquête ayant été faite en ligne, les réponses concernent presque exclusivement des personnes autistes sans déficience intellectuelle.

Sarah Griffiths, Carrie Allison, Rebecca Kenny, Rosemary Holt, Paula Smith, Simon Baron‐Cohen : The Vulnerability Experiences Quotient (VEQ): A study of vulnerability, mental health and life satisfaction in autistic adults. Autism Research, 2019 ; 12 : 1516–1528.

Voir sur le même article Adultes autistes : des niveaux élevés d'événements négatifs dans leur vie

 

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