"Ah, se passer de psychiatres ..." 2 - Autisme et suicide

Présentation par la Dr Sarah Cassidy au congrès d'Autisme Europe de la validation d'un outil d'évaluation du risque de suicide chez les adultes autistes. Des actions sont nécessaires en France.

Les lecteurs du dossier Suicide et Autisme connaissent les travaux pionniers de la Dr Sarah Cassidy.

Sarah Cassidy au congrès d'Autisme Europe - 14/09/2019 © DR Sarah Cassidy au congrès d'Autisme Europe - 14/09/2019 © DR

Les suites de ses travaux ont été présentés au congrès d'Autisme Europe, samedi 14 septembre après-midi.

Développement et validation d'un nouvel outil d'évaluation du risque de suicide chez les adultes autistes

Orateur(s) : Sarah Cassidy (Nottingham / UNITED KINGDOM), Louise Bradley (Coventry / UNITED KINGDOM), Cogger-Ward Heather (Nottingham / UNITED KINGDOM), Erica Bowen (Worcester / UNITED KINGDOM), Sarah Wigham (Newcastle Upon Tyne / UNITED KINGDOM), Magdalena Glod (Newcastle Upon Tyne / UNITED KINGDOM), Simon Baron-Cohen (Cambridge / UNITED KINGDOM), Jacqui Rodgers (Newcastle Upon Tyne / UNITED KINGDOM)

  • Résumé traduit : "Les personnes autistes signalent des niveaux élevés de suicidalité. Les différences de style de communication et d'interprétation de l'information peuvent donner lieu à des malentendus lorsque des personnes autistes sont interrogées sur les tendances au suicide de personnes névrotiques. Ce projet visait donc à développer, en partenariat avec ce groupe, un nouvel outil d'évaluation de la suicidalité adapté aux adultes autistes, en utilisant un outil de recherche validé (COSMIN) pour identifier un outil candidat robuste à adapter aux adultes autistes. La deuxième étude a exploré les propriétés de mesure de l'outil candidat chez les autistes par rapport aux adultes de la population générale, afin d'éclairer les adaptations potentielles. L'étude 3 a exploré la clarté et la pertinence des éléments dans une version adaptée du SBQ-R. La première étude a montré qu'en dépit d'un certain nombre d'études portant sur la suicidalité chez les adultes autistes, aucune n'avait utilisé un outil d'évaluation de la suicidalité ayant fait ses preuves dans ce groupe. Le SBQ-R a été sélectionné comme un outil candidat prometteur à adapter pour les adultes autistes. La deuxième étude a démontré que la structure latente du SBQ-R était significativement différente chez les autistes comparativement aux adultes de la population générale, et que les personnes autistes n'interprétaient pas les questions de la manière prévue par les concepteurs de l'outil. La troisième étude a démontré qu'une version adaptée du SBQ-R avait une validité de contenu acceptable. Auparavant, il n'existait aucun outil validé d'évaluation des tendances au suicide s pour les adultes autistes, un groupe à risque élevé de tendances au suicide. Un outil d'évaluation de la suicidalité élaboré pour la population générale n'a pas fonctionné de la même façon chez les adultes autistes, ce qui donne à penser que les outils doivent être adaptés pour mieux saisir la suicidalité chez ce groupe. En partenariat avec des adultes autistes, nous avons développé et validé un nouvel outil d'évaluation des tendances au suicide pour ce groupe."

Sarah Cassidy que la recherche qui va être présentée est terminée depuis 3 semaines. Le but était de développer, en partenariat avec des adultes autistes, un projet permettant d'évaluer les tendances suicidaires dans cette population.

Il y avait un outil disponible en Open Source, avec 5 items, utilisé dans la population générale. Les chercheurs ont travaillé avec une groupe d'e 15 adultes autistes.

Parmi les items, certains sur les menaces de tentatives de suicide ou les probabilités, selon eux, de passer à l'acte dans le futur étaient difficiles à répondre. Par exemple, la question "à qui avez-vous parlé de vos tendances suicidaires ?" s'attirait la réflexion :"A qui voulez-vous que je le dise ?". Les personnes autistes n'arrivaient pas à comprendre le lien entre la pensée suicidaire et le passage à l'acte, et étaient incapables de se projeter dans le futur, trop abstrait pour eux.

Il a fallu prendre en considération les tentatives de suicide sans idées suicidaires préalables. Concernant les idées futures, des aides visuelles ont été rajoutées (la moitié ont apprécié de les avoir).

L'outil SBQ - ASCest validé avec 289 personnes TSA et 258 neurotypiques.

Il permet d'identifier 78% de ceux qui ont fait une tentative de suicide . Il peut être considéré comme spécifique et sensible.

Il est validé pour la recherche,  et peut être demandé auprès de sarah.cassidy@nottingham.ac.uk. Sarah Cassidy ne demande pas mieux d'une collaboration pour traduction.

Cette restriction "pour la recherche" signifie que, pour la pratique clinique, il ne permet pas le choix de la solution thérapeutique. Une nouvelle étape de la recherche est la prévention. Des entretiens sont prévus pour cela. Il faut essayer de comprendre, avec les personnes TSA, pourquoi elles ont des pensées suicidaires.

Sarah Cassidy au congrès d'Autisme Europe - 14/09/2019 © DR Sarah Cassidy au congrès d'Autisme Europe - 14/09/2019 © DR

C'est la première fois que les travaux de la Dr Sarah Cassidy sur le suicide font l'objet d'une communication devant un large public en France.

J'espère que sa disposition à la collaboration sera saisie par des chercheurs, et qu'ils sauront aussi faire collaborer des personnes autistes aux recherches.

Dans le 4ème plan autisme, il est prévu que les plans territoriaux de santé mentale (PTSM) prennent en compte l'autisme. On est au niveau zéro actuellement dans cette prise en compte. Or les PTSM doivent être approuvés en 2020.

Il ya une orientation pour généraliser le dispositif VigilanS, qui vise  à réduire le risque de réitération d'une tentative de suicide par une reprise de contact du service sanitaire avec la personne. Je pense qu'il faut essayer d'étudier si ce dispositif est adapté aux personnes autistes.

Sur les risques de suicide, il n'y a pas de temps à perdre. 


« Ah, se passer de psychiatres … »

Deux interventions au congrès d'Autisme Europe : la première est un constat sur les problèmes de santé mentale chez les adultes autistes. La deuxième est un programme d’intervention pour traiter l'anxiété chez les autistes adultes en Grande-Bretagne, en adaptant les psychothérapies.

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