Justice 2 : Incendies criminels et pyromanies chez les personnes autistes

Il est possible que le fait d'avoir un TSA associé à une ou plusieurs comorbidités psychiatriques puisse augmenter le risque d'adopter un comportement incendiaire ou pyromane. Un examen de quelques études sur le sujet.

gillberg.blogg.gu.se Traduction de "Fire-setting and Arson in Individuals with Autism Spectrum Disorder – GILLBERG’S BLOG" par Clare Allely

Fire © Luna TMG Flickr Fire © Luna TMG Flickr
Les termes " pyromane " et " incendiaire " sont utilisés pour désigner des actes délibérés de mise à feu. Les termes " pyromane " et " incendiaire " sont généralement utilisés de manière interchangeable dans la littérature. Cependant, il est important de savoir ce qui différencie ces deux termes l'un de l'autre. Le terme "pyromane" est utilisé pour décrire une personne qui a été condamnée pour un incendie criminel. Le terme " incendiaire ", en revanche, est utilisé pour désigner un comportement qui se caractérise par la mise à feu, qui est délibérée, mais qui n'a pas donné lieu à une condamnation. Il y a plusieurs explications à cela. Par exemple, l'identification de l'incendiaire est difficile, l'incendie ayant entraîné des dommages minimes ou n'ayant pas été détecté comme ayant été allumé délibérément.

Il est important de souligner qu'il existe un certain nombre d'études de suivi qui ont montré que les personnes autistes ne sont pas plus susceptibles d'avoir un comportement criminel violent que la population générale. En fait, certaines études indiquent qu'elles sont moins susceptibles de se livrer à des comportements criminels violents. Il n'existe actuellement aucune preuve empirique d'une relation ou d'une association entre les TSA et la criminalité. Les recherches ont montré que les incendiaires présentent des taux élevés de troubles psychiatriques de santé mentale, dont les plus courants sont la schizophrénie, les troubles de l'humeur (par exemple, l'anxiété, la dépression), les troubles de la personnalité, l'abus d'alcool et la déficience intellectuelle. Il existe aujourd'hui une pléthore d'études qui ont montré que chez les personnes autistes, il existe un taux élevé de comorbidité psychiatrique. Les comorbidités psychiatriques les plus courantes sont les types de troubles psychiatriques de santé mentale qui ont été identifiés par un grand nombre d'études comme étant plus fréquents chez les incendiaires (tels que l'anxiété, la dépression, la déficience intellectuelle). Ces résultats bien établis indiquent qu'il est possible que le fait d'avoir un TSA associé à une ou plusieurs comorbidités psychiatriques puisse augmenter le risque d'adopter un comportement incendiaire. Une sorte de double trait pour le dire plus simplement.

Dans une étude récente, Allely (2019) a examiné les recherches relativement peu nombreuses qui ont été menées sur la pyromanie ou l'incendie criminel chez les personnes autistes. L'étude d'Allely a identifié onze études portant sur l'incendie criminel ou la pyromanie chez les personnes autistes. Plus précisément, six étaient des études de cas (certaines comprenant plus d'un cas) et cinq étaient des études empiriques. Un exemple d'étude de cas est tiré de l'article publié par Barry-Walsh et Mullen (2004) qui a rapporté le cas d'un individu autiste qui avait pratiqué la pryromanie, M. BD. Au moment de son évaluation, M. BD était un homme de 26 ans et était accusé de pyromanie. Il avait mis le feu sur une haie causant des dommages importants. Son intelligence a été évaluée et s'est avérée être dans la norme. À l'âge de 21 ans, on lui avait diagnostiqué le syndrome d'Asperger. M. BD a commencé à s'intéresser à la question des incendies criminels. Sa famille a également rapporté qu'il avait l'habitude de regarder le témoin de la flamme dans le chauffage au gaz pendant des heures et des heures. Il a raconté par cœur les dommages que peut causer un incendie sur une propriété et le danger qu'il représente pour les autres. Il a également déclaré qu'il ne se remettrait plus à allumer des feux. Cependant, malgré ces déclarations, il a commis un nouvel incendie criminel afin de pouvoir regarder le "fascinant spectacle de flammes". Au tribunal, M. BD a été considéré comme plaideur de la cause [?] et il a été recommandé dans un rapport psychiatrique qu'il y ait un suivi avec les services psychiatriques et autres services de soutien de la communauté. Une décision de non détention a été rendue dans cette affaire.

Dans l'examen par Allely (2019) des cas figurant dans la littérature concernant des personnes autistes qui ont déclenché des incendies ou ont été condamnées pour pyromanie, ce qui était évident dans tous les cas décrits dans les documents était la symptomatologie du TSA qui a contribué à divers degrés au comportement, notamment : une capacité réduite à comprendre et à apprécier les conséquences ou les dommages possibles d'un incendie (tels que les dommages matériels, les blessures ou la mort) ; le fait que le déclenchement d'un incendie soit considéré comme la seule façon de résoudre les problèmes ; une empathie réduite envers la victime et une préoccupation et un intérêt particulier pour l'incendie et le déclenchement d'un incendie (qui est peut-être le facteur le plus important ou le plus courant). En effet, Freckelton et List (2009) ont souligné que la préoccupation et l'intérêt obsessionnels pour "les flammes, les cendres, les couleurs et la chaleur" sont courants chez les personnes autistes reconnues coupables d'incendie criminel, plutôt que l'intention malveillante de causer des dommages matériels ou de nuire à autrui. McEwan et Freckelton (2011) ont également souligné que des études suggèrent que la plupart des pyromanes n'ont pas l'intention de tuer ou de blesser d'autres personnes. Au contraire, c'est le feu lui-même qui fournit une fonction psychologique à ces personnes.

Références

  • Allely, C. S. (2019). Firesetting and arson in individuals with autism spectrum disorder: a systematic PRISMA review. Journal of Intellectual Disabilities and Offending Behaviour.
  • Barry-Walsh, J. B., & Mullen, P. E. (2004). Forensic aspects of Asperger’s Syndrome. Journal of Forensic Psychiatry and Psychology, 15(1), 96-107.
  • Freckelton, I. (2011). Asperger’s disorder and the criminal law. Journal of Law and Medicine, 18, 677–691.
  • Freckelton Sc, I., & List, D. (2009). Asperger’s disorder, criminal responsibility and criminal culpability. Psychiatry, Psychology and Law, 16(1), 16-40.
  • Gannon, T. A., & Barrowcliffe, E. (2012). Fire-setting in the general population: The development and validation of the Fire Setting and Fire Proclivity Scales. Legal and Criminological Psychology, 17(1), 105-122.
  • McEwan, T., & Freckelton, I. (2011). Assessment, treatment and sentencing of arson offenders: an overview. Psychiatry, Psychology and Law, 18(3), 319-328.
  • Mouridsen, S. E., Rich, B., Isager, T., & Nedergaard, N. J. (2008). Pervasive developmental disorders and criminal behavior: A case control study. International Journal of Offender Therapy and Comparative Criminology, 52(2), 196-205.
  • Siponmaa, L., Kristiansson, M., Jonson, C., Nydén, A., & Gillberg, C. (2001). Juvenile and young adult mentally disordered offenders: The role of child neuropsychiatric disorders. Journal of the American Academy of Psychiatry and the Law, 29, 420-426.

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