Une réponse au livre "Les enfants d'Asperger" d'Edith Sheffer

Walter Hejider montre que Hans Asperger ne faisait pas les distinctions entre enfants inéducables ou éducables telles que le décrit Edith Sheffer.

gillberg.blogg.gu.se Traduction de "A response to the book Asperger’s Children by Edith Sheffer – GILLBERG’S BLOG" de Walter Heijder - 31 juillet 2018

En mai 2018, le livre Asperger's Children d'Edith Sheffer ["Les enfants d'Asperger" - Flammarion] a été publié. Il s'agit de "la première étude complète des liens entre l'autisme et le nazisme". Dans ce livre, il y a plusieurs thèmes. Un premier thème est la représentation de la psychiatrie (infantile) nazie, qui était tout simplement horrible. Les psychiatres nazis ont investi dans ces enfants handicapés qui, selon eux, pourraient être utiles à la société une fois adultes. Ils avaient un autre programme pour les enfants handicapés "inutiles" : l'euthanasie. Il s'agissait soit de traitement, soit d'élimination.

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Un deuxième thème est la représentation de Hans Asperger dans ce système de meurtre. Bien qu'il n'ait pas été membre du parti nazi, qu'il n'ait tué personne et qu'il n'ait été directement responsable d'aucun meurtre, il était incontestablement un maillon de ce système et indirectement responsable de la mort de dizaines d'enfants. Pour certaines personnes, cette information est une raison suffisante pour se sentir mal à l'aise à l'idée d'utiliser plus longtemps la terminologie du syndrome d'Asperger.

Un troisième thème est l'analyse de Sheffer sur la "psychopathie autistique" dans l'enfance (Die "Autischen Psychopathen" im Kindesalter), l'article phare d'Asperger, publié en 1944 à Vienne. La réputation mondiale d'Asperger est basée sur cet article. En effet, le syndrome qu'il décrit est beaucoup plus connu que Hans Asperger lui-même. "Asperger a tracé une ligne de démarcation nette entre les enfants ayant une valeur positive et ceux ayant une valeur négative", écrit Sheffer. Il est facile de voir le lien avec le groupe de traitement et le groupe d'élimination. Sheffer écrit également : "Il était sans équivoque sur les enfants qu'il jugeait plus handicapés : ils auraient peu de valeur sociale". C'est un pas de plus vers le programme d'euthanasie.

Les "enfants à valeur positive" (comme Sheffer les appelle) étaient des enfants autistes intelligents ; les "enfants à valeur négative" étaient des enfants autistes souffrant d'une déficience intellectuelle.

Dans son article, Hans Asperger décrit quatre enfants de façon très détaillée. Environ 35 % de son article est consacré à deux garçons doués : Fritz et Harro. Environ 15 % de son article est consacré à deux garçons déficients intellectuels : Ernst et Hellmuth.

L'analyse de l'article de Hans Asperger par Sheffer culmine à la page 179 de son livre [édition anglaise - pp.228-229 de l'édition française]. La page entière est citée ci-dessous. Pour une référence ultérieure, les phrases qu'elle cite d'Asperger sont en gras. Il y a trois paragraphes.

  • [Paragraphe 1] Asperger se montrait brutal à l'égard de ces "cas moins favorables". Recourant aux images d'individus "asociaux" et " dysfonctionnels " de la psychiatrie nazie, Asperger prophétisa que ces enfants iraient  "traîner dans les rues, "originaux", grotesques et délabrés, se parlant à haute voix et indifférant les passants".
    [Paragraphe 2] Asperger niait de surcroît l'humanité des enfants autistiques qu'il jugeait particulièrement handicapés. Tout au long de sa thèse, il faisait référence à eux comme à des'"automates intelligents" et parlait de "la nature automatique de la personnalité entière". Il appelaité Hellmuth "un automate autistique". L'idée de l'automate faisait référence non seulement à l'absence de valeur productive des enfants pour la société, mais aussi à leur incapacité d'éprouver un sentiment social. Ceux à l'extrémité "défavorable" de la gamme d'Asperger de la psychopathie autistique resteraient à l'extérieur de la communauté nationale.
    [Paragraphe 3] Asperger allait jusqu'à dire que ces enfants, dont il pensait qu'ils ne pouvaient "être une partie intégrante du monde", seraient "incapables d'apprendre" (souligné dans l'original). Ce terme était en accord avec l'idée de la psychiatrie nazie de l'"inéducabilité", un critère clé dans les meurtres du programme d'euthanasie. En effaçant l'individualité d'un enfant, ces étiquettes de la psychiatrie nazie le rendaient méconnaissable comme humain, a fortiori comme individu. Elles étaient des condamnations à la mort psychiatrique prononcées à l'encontre d'enfants que l'on conduisit dans des centres où ils connurent la mort réelle. [Traduction Tilmana Chazal - Flammarion]

Sheffer n'est pas la première personne à écrire sur Hans Asperger et les nazis, mais ces affirmations dans un livre grand public sont sans précédent. Si ces affirmations s'avèrent vraies, alors il n'y aura plus rien à dire sur Hans Asperger et son article, du moins en ce qui me concerne.

Mais ces affirmations sont-elles vraies ?

Voyons voir.

L'expression "automates intelligents" est accrocheuse. Dans son livre We Are Our Brains, le chercheur néerlandais en neurosciences Dick Swaab écrit : "Les enfants que Hans Asperger décrit comme des Intelligenzautomaten (machines intelligentes) avaient une compréhension précoce du langage, pouvaient parler de leurs expériences et de leurs sentiments, et étaient normalement capables de le faire". Intelligenzautomaten est le seul mot que Swaab cite d'Asperger, mais il ne se plaint pas du caractère humiliant de ce mot. J'ai l'impression que "machines intelligentes" est une meilleure traduction de "Intelligenzautomaten" que "automates intelligents", mais c'est un détail.

 © Extrait Edith Sheffer : "Les enfants d'Asperger" © Extrait Edith Sheffer : "Les enfants d'Asperger"

Je vais maintenant citer tout le passage de l'article d'Asperger, où il utilise le mot "Intelligenzautomaten". Je vais citer la traduction faite par Uta Frith (publiée en 1991). J'utilise cette traduction car il s'agit de la même source que celle utilisée par Sheffer pour son livre.

  • Un autre point important est le suivant : les enfants normaux acquièrent les habitudes sociales nécessaires sans en avoir conscience, ils apprennent instinctivement. Ce sont ces relations instinctives qui sont perturbées chez les enfants autistes. Pour parler franchement, ces individus sont des automates intelligents.[en allemand : Diese Menschen sind, krass ausgedrückt, Intelligenzautomaten.] L'adaptation sociale doit se faire par l'intermédiaire de l'intellect. En fait, ils doivent tout apprendre par l'intermédiaire de l'intellect. Il faut tout expliquer et tout énumérer, là où, chez les enfants normaux, ce serait une erreur de jugement éducatif. Les enfants autistes doivent apprendre les tâches quotidiennes simples comme des devoirs, systématiquement. Avec certains enfants qui, il est vrai, sont un peu plus âgés que Harro, il a été possible de réaliser une intégration relativement facile en établissant un calendrier précis dans lequel, à partir du moment où l'enfant se lève à un moment donné, chaque occupation et chaque devoir est décrit en détail. Lorsque ces enfants quittaient l'hôpital, on leur donnait un calendrier. Celui-ci était bien entendu établi en concertation avec les parents et adapté aux besoins individuels de chaque famille. Les enfants devaient rendre compte de leur respect de l'horaire, parfois en tenant un journal intime. Ils se sentaient liés à cette "loi objective". En tout état de cause, beaucoup d'entre eux ont des tendances pédantes qui vont dans le sens de l'obsession, et il est possible d'utiliser ces tendances à des fins réglementaires.

Le mot "Intelligenzautomaten" est une façon plutôt "grossière" de le dire ... dit Hans Asperger lui-même. Après tout, nous parlons d'"êtres humains" (Menschen) ... dit encore l'homme lui-même, avant de donner des conseils pédagogiques sur la façon de s'occuper de ces enfants. Mais le plus frappant est que dans le document d'Asperger, "Intelligenzautomaten" ne se réfère pas seulement aux enfants intellectuellement déficients. Le passage cité est tiré de la partie où Asperger décrit Harro, l'un des deux garçons les plus capables. À ce stade de son article, Asperger n'a pas encore fait la distinction entre les enfants capables et les enfants intellectuellement déficients. Son terme "Intelligenzautomaten" fait clairement référence à tous les enfants autistes.

Voici un passage sur Ernst, un garçon intellectuellement déficient.

  • Il a été assez difficile de décider si Ernst était particulièrement capable ou mentalement retardé, mais il existe de nombreuses personnes  retardées sans équivoque qui présentent les caractéristiques typiques et indubitables de la psychopathie autistique : la perturbation du contact, avec les phénomènes expressifs typiques en termes de regard, de voix, de mimiques, de geste et de mouvement, les difficultés disciplinaires, la malveillance, les pédanteries et les stéréotypes, la nature automate de toute la personnalité, le manque de capacité à apprendre (à acquérir des programmes automatiques), juxtaposé à des performances spontanées relativement supérieures. En effet, chez l'autiste mentalement retardé, les déficiences que nous venons d'évoquer sont généralement encore plus frappantes, puisqu'il n'y a pas de contrepoids aux fonctions par ailleurs normales.

Bien qu'Ernst soit intellectuellement déficient, il présente les mêmes caractéristiques que la psychopathie autiste, selon Hans Asperger. Et puis Asperger donne une liste des caractéristiques de la psychopathie autistique. Dans cette liste, cette phrase apparaît : "la nature automate de toute la personnalité". On ne dit pas que quiconque est réellement un automate, mais on dit que toute la personnalité de certaines personnes est comme un automate. Mais le plus frappant est que, dans le document d'Asperger, la phrase citée ne se réfère pas uniquement aux enfants intellectuellement déficients. Elle se réfère clairement à tous les enfants autistes.

Voici un passage sur Hellmuth, l'autre garçon intellectuellement déficient.

  • Une grande partie de sa description rappelle les cas précédents. Ce garçon était "un automate autiste", peu pratique et instinctivement perturbé. Ses relations avec le monde extérieur étaient extrêmement limitées. Il n'avait pas de véritables relations humaines, était plein de pédanteries et affichait également un comportement méchant.

Bien que Hellmuth soit intellectuellement déficient, sa description n'est pas sans rappeler les cas précédents. Le mot "cas" est au pluriel, il ne peut donc pas se référer uniquement à Ernst. Il doit donc également faire référence aux plus aptes Fritz et Harro. Asperger donne une courte liste des caractéristiques de tous les cas d'enfants autistes. Première caractéristique : être un automate autiste. Notez que Hans Asperger utilise des guillemets ("un automate autiste"), également dans le texte original allemand, comme pour dire : c'est un langage métaphorique ; je ne veux pas dire que le garçon est un véritable automate. Sheffer n'informe pas ses lecteurs sur ces guillemets.

Sheffer écrit : "L'idée qu'Asperger se faisait des automates ne se référait pas seulement au manque de valeur productive des enfants pour la société, mais aussi à leur incapacité à éprouver des sentiments sociaux".

Mais il ressort des passages cités que le mot "automates" faisait référence à l'incapacité d'acquérir des habitudes sociales comme le font les enfants normaux.

Dans le deuxième paragraphe de la page 179 [pp.228-229 édition française], Sheffer cite trois phrases accrocheuses d'Asperger ("automates intelligents", "la nature automate de toute la personnalité" et "un automate autiste"), toutes hors contexte. Lorsqu'il est replacé dans ce contexte, il montre que Hans Asperger ne voulait pas dire ces phrases littéralement. De plus, aucune des trois expressions ne se réfère uniquement aux enfants les plus déficients, comme l'affirme Sheffer ; elles se réfèrent toutes les trois à tous les enfants autistes. Ses affirmations du deuxième paragraphe de la page 179 ne sont donc pas vraies.

Outre le fait qu'elles sont fausses, les affirmations de Sheffer n'ont aucun sens. On ne donne pas de conseils pédagogiques concernant les machines électroniques. Pour les machines, on n'organise pas de programme d'euthanasie. Les nazis voulaient éliminer le Lebensunwertes Leben (la vie indigne de la vie), et non l'existence de machines.

Je passe maintenant au troisième paragraphe de Sheffer, page 179. Je commence par une citation tirée de la description d'Ernst par Asperger.

  • Là encore, nous avons trouvé les signes particuliers de "l'intelligence autiste". La performance était meilleure lorsqu'il donnait une réponse spontanée, plus mauvaise lorsqu'il devait reproduire des éléments appris ou faire quelque chose d'une manière prescrite. Sa connaissance du monde provenait principalement de sa propre expérience et non de l'apprentissage des autres. C'est bien sûr précisément ce qui rend les réalisations des personnes autistes si souvent particulièrement originales et délicieuses. Mais chez les enfants moins valides, qui sont beaucoup plus perturbés, les réponses ne sont pas tant précieuses que perverties. Les connaissances qu'ils acquièrent par hasard de leur propre expérience passent souvent à côté de l'essentiel. Il en va de même pour leur langage. Dans le cas favorable, on peut souvent obtenir des expressions verbales particulièrement adaptées et originales. Dans le cas défavorable, en revanche, les expressions tendent vers les néologismes et sont souvent plus absconses que délicieuses.
  • Chez Ernst K., les aspects négatifs l'emportent sur les aspects positifs, surtout si l'on considère qu'il avait une bonne demi-année de plus que Harro L. Sa performance sur les similitudes est de loin la meilleure qu'il ait obtenue au cours du test, démontrant ainsi ses capacités d'observation et son expérience indépendantes. Dans les autres tests, notamment les tests de réussite scolaire, nous avons pu constater l'envers de l'"intelligence autistique". Si quelqu'un ne peut faire l'expérience que d'une manière originale, et s'il ne peut être que "lui-même" plutôt que de se sentir partie intégrante du monde - en d'autres termes, s'il n'est pas engagé dans une interaction constante - alors il est incapable d'apprendre. Il ne peut pas assimiler les connaissances et les compétences toutes faites que les autres lui présentent. Il est également incapable d'élaborer des "programmes automatiques" par la pratique et l'habitude.

Sheffer écrit qu'Asperger "croyait" que les enfants autistes les moins capables "ne pouvaient pas faire partie intégrante du monde". Elle fait rapidement le lien avec le programme d'euthanasie des nazis. Mais dans la source, Hans Asperger a écrit à propos de quelqu'un qui ne pouvait pas "se sentir partie intégrante du monde". Ce n'est pas la même chose, bien au contraire.

Hans Asperger a en effet écrit que certains enfants sont "incapables d'apprendre" (cette fois, Sheffer tient à informer ses lecteurs que l'accent est mis sur l'original). Sheffer tient à faire le lien avec "inéducable", une étiquette qui a ouvert les portes des centres d'euthanasie nazis. Mais cela n'aurait de sens que si le critère d'incapacité à apprendre s'applique uniquement aux enfants autistes intellectuellement déficients, et non aux enfants autistes valides. Examinons cela de plus près.

Hans Asperger consacre plusieurs pages à ce qu'il appelle l'intelligence autistique. Voici le premier paragraphe à ce sujet :

  • Les compétences qu'un enfant acquiert naissent d'une tension entre deux pôles opposés : l'un est la production spontanée, l'autre l'imitation des connaissances et des compétences des adultes. Elles doivent s'équilibrer l'une l'autre si l'on veut que l'accomplissement ait de la valeur. Lorsque les idées originales font défaut, la réalisation est une coquille vide : ce qui a été appris n'est qu'une copie superficielle et mécanique. L'intelligence autiste se caractérise par exactement le contraire de ce problème. Les enfants autistes sont capables de produire des idées originales. En effet, elles ne peuvent être qu'originales, et l'apprentissage mécanique est difficile pour eux. Ils ne sont tout simplement pas prêts à assimiler et à apprendre les connaissances d'un adulte. Tout comme, en général, les bons et les mauvais côtés d'une personne sont inextricablement liés, les capacités et les handicaps particuliers des personnes autistes sont imbriqués.

Avec ce qu'Asperger a écrit sur l'intelligence du déficient intellectuel Ernst, ce tableau apparaît : tous les enfants autistes ont des difficultés à apprendre des adultes. Les enfants autistes intelligents veulent découvrir des choses par eux-mêmes et peuvent le faire. "En effet, ils ne peuvent qu'être originaux".

Mais les enfants autistes déficients intellectuels n'apprennent pas des adultes et ne peuvent pas se débrouiller seuls. Ils ne peuvent donc pas apprendre du tout.

Nous savons par l'histoire que les nazis n'avaient aucune envie de voir des enfants incapables d'apprendre. Auraient-ils voulu investir dans des enfants qui refuseraient leur savoir (nazi) et ne pourraient que proposer des idées originales ? Bien sûr que non ! C'est pourquoi l'affirmation de Sheffer selon laquelle l'incapacité d'Asperger à apprendre équivaut à l'étiquette "inéducable" des nazis n'a aucun sens. Le troisième paragraphe de la page 179 s'applique de la même manière que le deuxième : lorsque les citations de Sheffer sont replacées dans le contexte d'Asperger et que les déclarations sont étudiées, les affirmations de Sheffer s'évaporent dans le néant.

Mais qu'en est-il du premier paragraphe de la page 179 ? Examinons l'ensemble du passage dont les citations ont été extraites. Le dernier sous-titre avant la "conclusion" de l'article d'Asperger est intitulé : "La valeur sociale du psychopathe autiste". Voici les trois premiers paragraphes :

  • L'objectif de cet article était de rendre compte d'un trouble de la personnalité déjà manifeste dans l'enfance qui, à ma connaissance, n'a pas encore été décrit. Dans la section suivante, nous essayons d'aller au-delà de cet objectif et d'examiner ce qu'il adviendra des enfants autistes. Dans le même temps, nous examinerons leur valeur potentielle pour la société. Cette question est suffisamment importante pour être discutée malgré les limites de ce document, qui ne peut traiter que de l'autisme dans l'enfance.
    On pourrait s'attendre, au vu de ce qui a été dit jusqu'à présent, à ce que l'intégration sociale des personnes autistes soit extrêmement difficile, voire impossible. Après tout, nous avons souligné que la caractéristique essentielle de cette condition est une perturbation de l'adaptation à l'environnement social. Cette sombre attente n'est toutefois confirmée que dans une minorité de cas, et notamment presque exclusivement chez les personnes souffrant d'un retard intellectuel considérable en plus de l'autisme.
    Le sort de ces derniers cas est souvent très triste [en allemand : recht traurig]. Au mieux, ils peuvent se retrouver dans un petit boulot, souvent de façon temporaire. Dans les cas les moins favorables, ils errent dans les rues comme des "originaux", grotesques et délabrés, parlant fort à eux-mêmes ou sans se soucier des passants comme le feraient des autistes. Ils sont nargués par les gamins et réagissent à cela par des éclats sauvages mais inefficaces.

Dans ce passage, Hans Asperger parle d'une minorité de personnes autistes : celles qui souffrent d'un retard intellectuel. Au sein de ce groupe, il forme deux sous-groupes : les "travailleurs bizarres" et les "vagabonds des rues". Sheffer estime que l'expression "cas moins favorables" fait référence aux "enfants autistes plus handicapés". Là encore, elle se trompe. Remise dans son contexte, l'expression fait en fait référence aux vagabonds des rues, un sous-groupe des "enfants autistes plus handicapés". Ce n'est pas un grand coup pour son argumentation ; c'est encore un autre exemple de l'inexactitude de Sheffer.

De plus, Hans Asperger n'a pas fait de prophétie sur les "cas les moins favorables", comme l'affirme Sheffer. Il a décrit des cas existants d'adultes autistes souffrant d'une déficience intellectuelle. Mais le plus intéressant est que nous avons également ici une articulation de l'attitude d'Asperger concernant les personnes autistes intellectuellement déficientes. Il qualifie leur sort de "très triste" [recht traurig]. Très triste ?! Ce n'est pas une indication de brutalité, mais plutôt une indication de compassion.

Article de blog du blogueur invité Walter Heijder


Dossier Hans Asperger et le nazisme

  • 21 juin 2019 (mise à jour 31 octobre 2019)

Ce dossier reprend tous les articles qui traitent des rapports du Dr Hans Asperger avec le nazisme. Avec les recherches d'Herwig Czech, Edith Sheffer et Dean Falk. Critiques des commentaires sur ce thème, également.

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