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Billet de blog 23 sept. 2019

Autisme Europe : de l'empathie entre pairs autistes ou pairs neurotypiques

Au congrès d'Autisme Europe, une étude britannique qui démontre que la communication est meilleure entre pairs autistes ou entre pairs neurotypiques qu'entre une personne autiste et une personne neurotypique.

Jean Vinçot
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Le samedi 14 septembre, dans le symposium sur l'inclusion, était présentée par Catherine Crompton une étude britannique. Elle fait suite à une autre étude présentée au congrès INSAR 2019. Des résultats frappants, mais pas très étonnants quand on a l'habitude de voir des personnes autistes réagir entre elles.
Je vais me permettre d'instrumentaliser cette étude, sans trop d'hésitation, par rapport au désaccord sur la création de GEM Autisme (groupes d'entraide mutuelle), prévus par le 4ème plan autisme, devenus cette année des GEM Autisme et autres troubles neuro-développementaux. Cette étude montre que les rapports entre pairs autistes sont meilleurs, et qu'il y a donc un avantage pour eux à se retrouver entre pairs, sans que cela nécessite des efforts d'adaptation trop importants. Un GEM n'est pas un ghetto, mais une zone de confort sur laquelle ils pourront s'appuyer. Il n'est pas nécessaire de les obliger à s'adapter à d'autres neurotypies en permanence.
L'autre question est bien évidemment que les personnes neurotypiques ont aussi un effort d'adaptation à faire.

Interactions entre adultes autistes et adultes neurotypiques :

une auto-évaluation de la qualité des interactions indique, de façon non absolue, un sentiment de difficulté à interagir entre personnes autistes et non autistes, et plus de facilité entre pairs

Orateur(s) : Catherine Crompton (UNITED KINGDOM), Danielle Ropar (UNITED KINGDOM), Emma Flynn (UNITED KINGDOM), Sue Fletcher-Watson (UNITED KINGDOM)

Catherine Crompton au congrès d'Autisme Europe - 14/09/2019

Résumé  traduit : Les rapports d'expériences vécues suggèrent que les personnes autistes peuvent trouver l'interaction avec d'autres personnes autistes plus confortable et moins stressante que l'interaction avec des personnes neurotypiques. Cette recherche fournit un test empirique de cette hypothèse, en étudiant comment les personnes autistes et neurotypiques s'auto-évaluent dans les relations interpersonnelles pendant trois interactions basées sur les tâches. Les données révèlent si le rapport interactif varie en fonction du statut d'autiste de l'évaluateur, ou en fonction de l'appariement ou de l'inadéquation du statut autistique de leur partenaire social. Les participants autistes et neurotypiques dans trois conditions (paires neurotypiques (n = 24), paires autistes (n = 24) et participants autistes avec participants neurotypiques (n = 24)) ont accompli trois tâches en collaboration avec le même partenaire. Les participants ont évalué le rapport interactif après chaque interaction en évaluant la facilité, le confort, le plaisir, le succès et l'inconfort de chaque interaction sur une échelle mobile sur 100. Les notes ont été additionnées en une note sur une échelle pour le rapport (avec une note inversée de maladresse et un alpha de Crohnbach de 0,71). Nous avons analysé un total de 378 rapports de notation. Les analyses initiales indiquent que les participants autistes accordent des notes élevées aux interactions avec d'autres participants autistes. Ces résultats sont statistiquement similaires aux évaluations des participants neurotypiques quant aux interactions avec d'autres participants neurotypiques. Les paires mixtes (c.-à-d. les personnes autistes et neurotypiques qui interagissent) ont toujours obtenu des notes de rapport significativement plus faibles, ce qui indique que les deux groupes de participants ont trouvé ces interactions moins confortables, moins faciles, moins agréables et plus difficiles que les paires correspondantes. Plutôt que de constater que les personnes autistes ont de faibles rapports dans tous les contextes, les cotes de leurs rapports sont influencées par une inadéquation du diagnostic. Les personnes autistes et neurotypiques ont toutes les deux un rapport plus médiocre lorsqu'elles interagissent avec une personne d'un neurotype différent. Ces résultats appuient la possibilité nouvelle et excitante que les personnes autistes possèdent un mode distinct de style d'interaction sociale, plutôt que de démontrer des déficits de compétences sociales.

Compte-rendu : Les évaluations ont été faites par auto-rapport des participants, mais aussi par un tiers observateur.
La conférencière s'est d'abord appuyée sur un propos de Jim Sinclair, suivant lequel c'est plus facile à un autiste d'être avec un autre autiste.

Les 77 participants (plus de femmes que d'hommes) ne se connaissaient pas.  Ils avaient 3 taâches à faire en 5 mn, avec pause entre chaque tâche. Les tâches consistaient à monter une tour en spaghetti avec du scotch, ou à des discussions.
L'échelle d'analyse, en 5 points, a été faite en collaboration avec des personnes autistes.

Dans les paires mixtes, il y a une différence de vision entre les personnes TSA et NT : les TSA sont plus négatifs.
Une deuxième étude s'est traduite par 9 vidéos de 9 mn. Les paires d'autistes obtiennent a meilleure note.
Il a été demandé aussi de détecter qui était autiste. Les autistes sont évidemment meilleurs pour cela. A noter que l'autisme est moins détectable quand il s'agit d'une paire d'autistes qui réagissent, que lorsqu'il s'agit d'une paire avec un autiste et un neurotypique.
La question que pose l'étude est : que peuvent faire les personnes neurotypiques pour améliorer leur communication ?


 Un poster avait été présenté au congrès INSAR 2019 par la même équipe :

Traduction du poster : insar.confex.com

Efficacité et interaction pendant le transfert d'information entre les personnes autistes et les personnes neurotypiques

Présentation par affiche - Jeudi 2 mai 2019

C. J. Crompton1 et S. Fletcher-Watson 2, (1)Université d'Édimbourg, Édimbourg, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord, (2)Université d'Édimbourg, Édimbourg, Royaume-Uni

Contexte : La cognition sociale est un terme générique qui désigne les comportements jugés nécessaires à la réussite des interactions avec les autres. Jusqu'à présent, la plupart des recherches sur la cognition sociale dans le domaine de l'autisme se sont concentrées sur les déficits apparents dans des tâches de laboratoire traditionnelles qui, en théorie, sous-tendent les difficultés des interactions avec les autres dans le monde réel. Si la cognition sociale est altérée dans l'autisme, les interactions entre deux personnes autistes devraient être particulièrement difficiles. Cependant, de multiples témoignages d'autistes à la première personne suggèrent que les personnes autistes trouvent l'interaction avec d'autres personnes autistes plus confortable, réussie et satisfaisante que l'interaction avec des adultes neurotypiques.

Dans cette étude, nous avons adapté un paradigme d'apprentissage culturel largement utilisé en psychologie comparée, afin d'explorer la transmission de l'information entre individus, en comparant des paires autistes, neurotypiques et mixtes neurotypiques et autistes.

Il est possible que la transmission de l'information à une personne d'un neurotype différent soit plus exigeante en raison des ressources cognitives nécessaires pour, par exemple, masquer les comportements autistes ou interpréter différents indices sociaux. Il peut en résulter une diminution de la puissance de calcul à consacrer à la tâche expérimentale, ce qui se traduit par une réduction de la précision. Par ailleurs, il peut être plus difficile de transmettre des informations à quelqu'un d'un autre groupe diagnostique parce qu'un manque d'affiliation interpersonnelle réduit la motivation à s'occuper de l'autre personne ou à reproduire avec précision ses actions. Il en résulterait une diminution du sentiment d'intimité et de l'engagement dans la tâche.

Objectifs : Examiner si l'exécution des tâches de transmission culturelle varie en fonction du statut diagnostique du partenaire social.

Méthodes : En utilisant une technique de " chaîne de diffusion " - une forme contrôlée et expérimentale de " téléphone " qui sonde l'apprentissage culturel entre les individus d'un groupe - un chercheur a raconté au premier participant de chaque chaîne une histoire qu'on lui a demandé de transmettre au participant suivant. On leur a ensuite demandé de le transmettre au participant suivant, et ainsi de suite. L'histoire a été divisée a priori en 30 détails spécifiques, ce qui signifie que l'exactitude a été évaluée sur une échelle de 0 à 30. Chaque chaîne de diffusion comprenait huit participants, qui étaient tous autistes, tous neurotypiques ou alternativement autistes et neurotypiques. Les interactions des participants ont été filmées et les participants ont évalué le rapport avec leurs partenaires après la tâche.

Résultats : La collecte des données s'est terminée en novembre 2018 ; au moment de la présentation, 64 des 72 participants avaient reçu une note pour l'exactitude des données. La figure 1 illustre ces résultats préliminaires à partir de trois chaînes de diffusion autistiques (n=24), trois alternées (n=24) et deux neurotypiques (n=16). Les résultats indiquent que l'exactitude des détails de l'histoire diminue plus lentement pour les chaînes entièrement autistes et pour les chaînes entièrement neurotypiques. Cependant, les chaînes alternées affichent une baisse plus marquée et des scores de précision finale plus faibles. Les analyses planifiées sur l'ensemble complet des données permettront d'explorer les différences de scores entre les paires dans chaque chaîne. De plus, nous rapporterons des données sur la perception qu'ont les participants de la relation, et des vidéos codées capturant les comportements interactifs entre les paires.

Conclusions : Les résultats préliminaires suggèrent que les personnes autistes et les personnes neurotypiques bénéficient d'avoir un partenaire d'interaction ayant le même statut diagnostique, lorsqu'elles effectuent une tâche de transfert d'information. Ces résultats seront interprétés à la lumière d'une théorie émergente de l'autisme : le problème de la double empathie.


"S'il est vrai que les personnes autistes peuvent avoir du mal à traiter et à comprendre les intentions des autres dans le cadre des interactions sociales, quand on écoute les récits des personnes autistes, on pourrait dire que ces problèmes sont dans les deux sens. (...) C'est cette question des problèmes d'empathie entre les personnes autistes et non autistes ayant un caractère mutuel qui a conduit au développement du " problème de la double empathie " comme théorie.

En termes simples, la théorie du problème de la double empathie suggère que lorsque des personnes ayant des expériences très différentes du monde interagissent les unes avec les autres, elles luttent pour se faire comprendre les unes aux autres." Damien Milton


A noter sur le même sujet, un article japonais plus ancien :

Autistic empathy toward autistic others / Empathie autistique envers les autres autistes

Hidetsugu Komeda, Hirotaka Kosaka, Daisuke N. Saito, Yoko Mano, Minyoung Jung, Takeshi Fujii, Hisakazu T. Yanaka, Toshio Munesue, Makoto Ishitobi, Makoto Sato ... Show more

Social Cognitive and Affective Neuroscience, Volume 10, Issue 2, February 2015, Pages 145–152, https://doi.org/10.1093/scan/nsu126

20 Octobre 2014

Résumé traduit : On croit que les personnes atteintes de troubles du spectre autistique (TSA) manquent de conscience de soi et éprouvent de la difficulté à s'identifier aux autres. Bien que ces déficits aient été démontrés dans des études antérieures, la plupart des stimuli cibles ont été conçus pour des personnes au développement typique (DT). Nous avons utilisé des tâches de jugement capables d'indexer le traitement pertinent chez les personnes avec et sans TSA. Quatorze hommes japonais et une femme japonaise atteints de TSA de haut niveau de fonctionnement (17-41 ans) et 13 hommes japonais et 2 femmes japonaises DT (22-40 ans), dont l'âge et le quotient d'intelligence totale et verbale ont tous été appariés aux scores des participants TSA, ont participé à cette étude. Les résultats ont démontré que le cortex préfrontal ventromédial était significativement activé chez les personnes TSA en réponse à des caractères autistiques et chez les personnes au DT en réponse à des caractères non autistes. Bien que le réseau frontal-postérieur entre le cortex préfrontal ventromédial et le gyrus temporal supérieur ait participé au traitement des caractères non autistiques chez les personnes TD,  un autre réseau a été utilisé lorsque les personnes TSA ont traité les caractères autistiques. Cela suggère une forme atypique d'empathie chez les personnes atteintes de TSA envers les autres personnes TSA.

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