Autisme Europe : débat entre personnes autistes sur le "suprémacisme aspie"

Après le congrès d'Autisme Europe, l'association CLE-Autistes a critiqué des interventions du Congrès. Réponse d'une personne autiste mise en cause. Un point sur le désir d'enfants.

Le Collectif CLE-Autistes a publié une analyse du congrès d'Autisme Europe, qui s'est tenu à Nice du 13 au 14 septembre, sous le titre : Autisme Europe : un congrès mitigé

Traiter les 4 témoignages qui ont été présentés le dimanche matin comme manifestation du suprémacisme aspie est quand même un peu fort. En particulier en utilisant l'argument : "Dix minutes de parole furent accordées à un homme autiste, qui dit ne jamais vouloir d’enfants pour éviter le « risque » de mettre des autistes au monde". Ce n'est pas ce que Tristan Yvon, ici visé, a dit, d'après mes souvenirs, mes notes et ceux d'un autre membre du forum d'Asperansa. Voir mon compte-rendu.

Drôle d'idée de parler de "suprémacisme aspie" pour un camarade vivant dans une famille avec tout le spectre de l'autisme !

Tristan a répondu sur son blog (lien plus bas). Je reproduis ensuite l'analyse des réponses au sondage d'Asperansa sur la question des enfants.

Blog Tristan Yvon Blog Tristan Yvon

Précisions sur mon intervention lors du congrès Autisme Europe 2019 - Réponse à Clé-Autiste

Publié le 22 septembre 2019 par Tristan YVON

Dans un article relatif au congrès Autisme Europe, le Collectif Clé-Autiste s'en prends (sans me citer) à mon allocution, en déformant mes propos et en se focalisant sur quelques phrases décontextualisées qui ne sauraient donner un aperçu fiable du message que j'ai voulu faire passer.

En attendant la mise en ligne de l'enregistrement vidéo de la conférence, qui permettra à chacun de se faire son avis, je tiens à clarifier certains éléments via cet article, sous la forme d'un droit de réponse.

Suite tristanyvon.over-blog.com/2019/09/precisions-sur-mon-intervention-lors-du-congres-autisme-europe-2019-reponse-a-cle-autiste.html


Extraits de l'étude du sondage Asperansa par Amélie Tsaag Varlen

2.7.5 Avez-vous des enfants ?

134 (27,7 %) : Oui

350 (72,3 %) : Non

            484 personnes ont répondu à cette question. La grande majorité des répondants (72,3 %) n’ont pas d’enfants, ce qui marque une nette différence avec le taux de maternité et de paternité dans la population générale.

Des explications possibles peuvent être à creuser dans la faible qualité de vie (ressources, emploi), n’incitant pas à fonder une famille.

2.7.6 Si non, voulez-vous en avoir ?

100 (32,1 %) : oui

212 (67,9 %) : non

            312 personnes ont répondu à cette question. Il y a une marge d’erreur conséquente, 350 personnes ayant déclaré ne pas avoir d’enfants à la question précédente. Le désir d’enfants apparaît peu fréquent, puisque moins d’un tiers des répondants l’expriment

2.7.7 Dans les deux cas (de la question 2.7.6), pourquoi ?

280 personnes ont répondu à cette question ouverte, une trentaine de répondants à la question précédente n’ayant donc pas fourni de réponse à celle-ci.

            La grande majorité des répondants s’expriment concernant leur choix de ne pas avoir d’enfants. Des émotions de peur sont fréquentes : « c'est inconcevable, ça me terrorise » ; « les bébés me terrifient » , ou encore « peur de reproduire des maltraitances », parfois en raison d’une enfance chaotique. De nombreux répondants ont le sentiment d’avoir trop de difficultés à gérer leur propre vie pour accepter la responsabilité d’un enfant. Le temps et les responsabilités induites par l’éducation d’un enfant sont évoqués, de même que la peur de vivre une grossesse et un accouchement. Des répondants estiment que l’avenir est trop incertain pour mettre des enfants au monde, ou encore que la planète est surpeuplée, réponse dont la fréquence apparaît élevée (au moins une dizaine de fois). Quelques réponses font appel à l’humour : « C'est plus difficile à entretenir qu'une orchidée et ça ne reste pas en pot ». Certains répondants rappellent que l’absence de désir d’enfant découle de leur asexualité ou de l’absence de volonté de vie en couple, parfois en des termes cinglants : « pas envie de devoir me coltiner une relation avec un homme sexiste, intolérant... ».

            Des particularités sensorielles sont citées, évoquant un problème avec les pleurs des bébés, leur odeur (« ça fait du bruit et ça sent mauvais »), ou encore la fatigue qu’ils génèrent.        

            La peur d’avoir des enfants eux-mêmes autistes, ou avec des pathologies, est citée au moins six fois, celle d’avoir des enfants qui ne soient « ni autistes ni zèbres » l’est une fois. Un répondant estime : « je ne pense pas que ce soit souhaitable pour un enfant d'être élevé par un parent autiste ». Ces faits découlent sans doute largement du manque d’auto-estime déjà constaté dans la section relative au permis de conduire.

            Les réponses concernant le désir d’enfants, plus rares, sont aussi moins détaillées, plusieurs répondants expliquant dans quelles circonstances leurs enfants ont été conçus, leur volonté de « fonder une famille », le fait d’avoir répondu au désir de l’autre membre du couple, la volonté de transmettre leurs gènes (deux fois), ou encore une peur de regretter de ne pas avoir « tenté l’expérience » de la maternité ou de la paternité.

            Quelques personnes répondent plus factuellement être trop âgées (ménopause notamment) pour avoir des enfants.

NB (JV) : Les réponses étaient légèrement majoritairement celles de femmes, ce qui ne correspond pas à la répartition hommes/femmes dans l'autisme. La moitié des répondants n'avaient pas encore de diagnostic (sans que cela entraîne des différences significatives dans les réponses). Le niveau de diplôme était assez élevé, ainsi que le niveau d'emploi. Les répondants s'identifiaient en général comme autistes Asperger.


PS : Par Tristan Yvon, intervenant au congrès d'Autisme Europe
La neurotypie, vue par Tristan Yvon, autiste Asperger

https://www.bloghoptoys.fr/la-neurotypie-vue-par-tristan-yvon-autiste-asperger

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.