Forme atypique de marche chez les souris porteuses de mutations liées à l’autisme

Les souris modèles de deux troubles génétiques liés à l’autisme, dont le syndrome de Williams, montrent des anomalies dans leurs schémas de mouvement.

spectrumnews.org Traduction par lulamae de "Unusual gait marks mice with mutations related to autism"

Par Emily Anthes / 20 Octobre 2019

Grands pas : les souris modèles d’un trouble lié à l’autisme montrent un pas anormalement long dans la course. Grands pas : les souris modèles d’un trouble lié à l’autisme montrent un pas anormalement long dans la course.

Les souris modèles de deux troubles génétiques liés à l’autisme montrent des anomalies dans leurs schémas de mouvement. Ces résultats pourraient aider les scientifiques à répondre aux handicaps moteurs qui accompagnent souvent l’autisme.

« Les modèles génétiques chez les souris constituent un moyen vraiment prometteur d’observer le développement de la marche, d’une façon qui apporte des informations génétiques à haut rendement », confie Claire Weichselbaum, étudiante diplômée au laboratoire Joseph Dougherty, à l’Université de Washington, à Saint Louis dans le Missouri. La façon de marcher est problématique chez de nombreux autistes. « Mais personne n’a vraiment étudié ce problème sous l’angle du développement, de manière très standardisée, pour comprendre comment ces changements dans la démarche surviennent. »

Claire Weichselbaum a présenté ces résultats inédits aujourd’hui, à la rencontre annuelle 2019 de la Société de Neurosciences, à Chicago, dans l’Illinois.

Les souris sur lesquelles cette étude a porté conjuguent des caractéristiques de la neurofibromatose de type 1 (NF1), ou du syndrome de Williams, deux troubles apparentés à l’autisme.

La NF1 se caractérise par des tumeurs bénignes et résulte des mutations d’un gène du même nom. Les personnes affectées par le syndrome de Williams, lequel s’exprime par l’absence d’une partie du chromosome 7, sont souvent très sociables et ont des retards de développement. Aussi bien la NF1 que le syndrome de Williams peuvent engendrer des problèmes moteurs.

Schéma persistant

Les chercheurs ont analysé la démarche chez 26 souris avec des mutations de la NF1 et 13 souris avec des délétions du syndrome de Williams, à cinq reprises, du sevrage à l’âge adulte. Ils ont utilisé le système d’imagerie DigiGait pour enregistrer des vidéos, faire des captures d’images digitales d’empreintes de pattes, et extraire des informations sur la démarche, en faisant courir les souris sur un tapis de course motorisé.

Des signaux persistants : les problèmes de démarche chez une souris modèle de la neurofibromatose apparaissent précocement et perdurent à l’âge adulte. © Spectrum

« C’est un procédé très utile pour recueillir des données sur les différences très subtiles dans les caractéristiques spatiales, temporelles et posturales de la démarche », affirme Claire Weichselbaum.

Les souris NF1 doivent faire des enjambées plus longues que les souris typiques, comme l’ont remarqué les chercheurs. Des différences dans le chronométrage du cycle de la marche ont été également mises à jour, avec un temps plus long dans la phase « d’appui » - quand la patte entre en contact avec le sol. Ces caractéristiques, ainsi que plusieurs autres anomalies discrètes, apparaissent de bonne heure, et demeurent à l’âge adulte.

« Ce n’est donc pas le développement de la marche qui est retardé », annonce Claire Weichselbaum. « Cela apparaît bien comme un phénotype développemental et persistant, au caractère précoce. »

Les souris avec syndrome de Williams ont, quant à elles, uniquement des problèmes transitoires. Les jeunes souris marchent avec les pieds tournés vers l’extérieur, au lieu de pointer droit devant. Mais le problème s’arrange à l’âge adulte.

L’équipe analyse actuellement la démarche chez une souris modèle du syndrome Phelan Mc Dermid, correspondant à l’absence du gène SHANK3, qui entraîne l’autisme. Pour ce faire, ils projettent de suivre la même méthode d’étude de la démarche que celle utilisée auprès des autres souris modèles d’autisme.

Pour d'autres rapports de la réunion annuelle 2019 de la Society for Neuroscience, veuillez cliquer ici.

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