2008 - Le mouvement des droits de l'autisme 2/2

Une nouvelle vague de militants veut célébrer les fonctions cérébrales atypiques comme une identité positive, pas comme un handicap. Les opposants les considèrent comme dangereusement illusionnés. Un article du "New York Times" de 2008. 2ème partie

Traduction de The Autism Rights Movement par Andrew Solomon - New York Times - Publié le 25 Mai 2008

1ère partie

Les militants blessent-ils la communauté de l'autisme ?

4ème partie

"Il y a une grande diversité sur le spectre de l'autisme», dit-il, avec une sobriété mesurée. Il a acquiescé et a ajouté, un brin autobiographique, une phrase que beaucoup utilisent dans la communauté autiste : «Quand tu connais une personne sur le spectre, tu connais une seule personne sur le spectre." Une des clichés de l'autisme est la torpeur émotionnelle. En passant du temps avec Seidel et Ne'eman, j'ai ressenti le contraire. Ils utilisent tous deux les tonalités de la logique, mais la logique du cœur. Ils sont un peuple un peu bizarre, mais alors plus intelligent que bizarre au fond, et il y avait quelque chose dans la franchise avec laquelle Seidel et Ne'eman, et d'autres militants que j'ai rencontrés, ont exposé leurs fascinations, ce qui était rafraîchissant, relaxant même, en fait, je sentais avec eux que le talent dont je suis fier pour l'observation des subtilités sociales était aussi un tissu de mensonges inutiles.

« S’il vous plaît, n’écrivez pas sur eux ", Lenny Schafer, rédacteur en chef de l'éminent Schafer Autism Report, père adoptif d'un enfant gravement autiste, et un activiste anti-vaccin, dit. «C'est une poignée de gens bruyants qui reçoivent beaucoup d'attention médiatique, mais ne représentent pas une large bande de la communauté de l'autisme. Le mieux pour eux est de les ignorer. Ils veulent redéfinir l'autisme comme quelque chose de bien qu'Einstein et Bill Gates avaient. Ils sont en train banaliser ce que l'autisme est réellement. C'est un peu comme voler l'argent de la tasse d'étain d'un aveugle, quand vous dites que ce n'est pas une maladie. " Mark Blaxill, un parent dirigeant des anti-vaccins, les appelait« une nuisance »et a exprimé l’opinion commune qu'ils ne sont pas en fait autistes. «Il y a un militantisme lié à la célébration, la fierté et le sentiment d'identité, tout cela est beau et merveilleux », dit-il. "C’est aussi un peu triste. Quel type de personne aurait besoin d'attaquer les parents qui veulent aider leurs enfants? " John Best, mère d'un enfant autiste et auteur du blog Hating autism http://hatingautism.blogspot.com/, le dit plus durement:" Il est temps de mettre un terme à la célébration du fait d’avoir des lésions cérébrales ».

Pour moi, il semblait clair que tout le monde dans ce débat, dépense beaucoup d'énergie à vaincre les hommes de paille [?]. Alors que ceux qui cherchent un remède à l'autisme ne désirent pas (comme leurs adversaires dans le mouvement de la neurodiversité le revendiquent) effacer une sous-culture agitée de penseurs atypiques, les militants neurodiversité aussi ne s'opposent pas à l’aide des enfants - mais ils font exception pour certains traitements utilisés sur les enfants .

En faisant des recherches pour cet article, j'ai passé beaucoup de temps à parler avec des gens des deux côtés, chacun plus doctrinaire que l’autre. Jamais, depuis mes premiers reportages sur l'Union soviétique, je ne me suis trouvé autant victime d'intimidation sur ce que je dois faire et ce que je ne dois pas mentionner. Roy Richard Grinker, auteur d'un livre d’images [pellucid] Unstrange Minds qui traite de l'autisme de sa fille, a fait remarquer que les militants anti-vaccin et leurs adversaires de la neurodiversité ne partagent qu’une chose, une grande méfiance envers les motivations des chercheurs: Alors que les gens de la neurodiversité sont furieux que les scientifiques veulent guérir l'autisme, les parents anti-vaccin sont furieux qu’ils étudient les mauvaises choses. "Je l'ai comparé à la confrontation entre la conception du « dessin intelligent » et la biologie évolutionniste, que les deux utilisent le langage de la science mais avec des prémisses [premises] si différentes que le dialogue est impossible», dit Grinker.

  • Certains militants s'opposent au dépistage de l’autisme, craignant que cela conduira à l'eugénisme. Leur crainte est légitime: comment les parents réagiraient-ils s'ils pouvaient identifier un fœtus autiste ?

L'idée que les vaccins causent l'autisme a eu un regain en mars, lorsque les Centers for Disease Control ont conclu un règlement avec les parents d’un enfant de 9 ans, Hannah Poling, au motif que ses symptômes autistiques ont été causés par les vaccins qui a aggravé une maladie mitochondriale sous-jacente. Cela a été largement interprété comme signifiant que le côté les anti-vaccins avaient gagné, une conclusion fausse qui rend fous les militants de la neurodiversité. "Je proteste contre l’entière caractérisation des personnes du spectre autistique comme toxiques. C’est scientifiquement incorrect et symboliquement offensant», dit-Seidel.

La recherche la plus importante de l'autre côté est faite par Michael Wigler au Cold Spring Harbor Laboratory, qui considère l'autisme "entièrement génétique», bien qu'il souligne que ces causes génétiques sont extrêmement complexes, impliquant pas moins de 200 gènes, et que la manière dont ils se traduisent dans les comportements n'est pas encore bien comprise. Même la recherche comme celle de Wigler est parfois opposé par ceux vantant la neurodiversité, qui craignent que ce processus mène à l'eugénisme. Cette crainte est légitime: Quatre-vingt pour cent des grossesses qui ont un test positif pour le syndrome de Down sont interrompues. Comment les parents réagiraient-ils s'ils pouvaient identifier un foetus autiste? «Il y a de sérieux problèmes avec les contribuables et les fonds de charité de bienfaisance pour aller vers ce type de recherche», selon Ne'eman. "Nous avons besoin d'une garantie que chaque dollar donné à des causes de l’autisme est utile pour les personnes autistes."

Je suis mal à l'aise avec cette position anti-scientifique, mais n'en était pas moins ému par la vision glorieuse des militants d'un monde qui pècherait plutôt par excès d'acceptation que par la pathologisation de la différence. Quand j'ai parlé aux parents d'enfants autistes sèvères, cependant, la perspective de la neurodiversité pouvait sentir tout à fait hors de propos. Jennifer Franklin Nash vivait heureux à New York lorsque sa fille de 2 ans, Anna Livia, a été diagnostiquée. Elle a décidé que le meilleur traitement serait une rigoureuse ABA (Applied Behavior Analysis), programme qui pourrait faire face aux violentes crises de colère d’Anna Livia. Comme il n'y avait pas de tels programmes à New York, elle a demandé hors de la ville. Quand Anna Livia a été acceptée dans une école dans le New Jersey, Nash et sa fille s'y sont installées, l'époux de Jenny, un chirurgien à Sloan-Kettering, ne pouvant pas partir. Jenny vit maintenant dans une communauté où elle ne connaît personne. ABA doit être pratiquée non seulement en tête-à-tête pendant une longue journée d'école, mais aussi tout le temps à la maison, et ainsi de tous les jours, Jenny attend qu’Anna Livia revienne à la maison à 4 heures et travaille ensuite avec elle sans s’arrêter jusqu'à 21 H, renforçant avec des discours et actions appropriés, accumulant les récompenses pour tout ce qui est bien fait et les punitions pour tout ce qui est fait mal. Quand Anna Livia va au lit, Jenny s’apaise en regardant des films. Elle se réveille à 7 heures pour faire le petit déjeuner de sa fille et faire en plus l’ABA jusqu'à ce que l'autobus arrive. Fatiguée, elle remonte dans le lit pour être assez capable de faire face lorsqu’il sera près de 16h.

Les autistes sont-ils malheureux ? Ou est-ce leurs parents ?
5ème partie

Diplômée de Brown avec une M.F.A. de Columbia, poète douée publiée dans The Paris Review, elle a les accusations des gens de la neurodiversité qui retentissent à ses oreilles. L’ABA a cependant eu des effets positifs. Anna Livia ne s'engage plus dans des comportements d'automutilation etn’a que quelques crises de colère. Son vocabulaire, bien que faible pour son âge, a augmenté. «Je ne voudrais rien de plus pour elle que de développer la prise de conscience qui lui permettrait de se joindre au mouvement de la neurodiversité», explique Mme Nash. «Si elle décide de communiquer sans parole, ce sera son choix, et j'aimerais qu'elle soit capable de tels choix. C'est mon fantasme qu'un jour ma fille aille dire à son thérapeute quelle mère terrible j'ai été en la forçant à faire tout cette ABA. Quand cela arrivera, je saurais que j'ai réussi. "

Des parents comme Nash sont disposés à essayer n’importe quoi qui marcherait - et les thérapies possibles abondent, des traitements par voie alimentaire aux thérapies correctives des vaccins, en bonne place la chélation, un procédé pour éliminer les métaux de l'organisme qui est risqué et sans preuve. Même les partisans les plus enthousiastes des traitements pharmacologiques (y compris un protocole Lupron qui est fondamentalement de la castration chimique) admettent qu'ils sont très expérimentaux. La communauté de la neurodiversité ne les voit que comme des expériences médicales dangereuses sur les enfants handicapés.

Beaucoup de gens de la neurodiversité dénoncent aussi l'ABA. Camille Clark, qui publie un blog Autism Diva http://autismdiva.blogspot.com/, me dit qu'elle s’oppose à l'objectif du traitement, qui est de rendre l'enfant autiste "impossible à distinguer de ses pairs." ABA, dit-elle, "peut faire un simulacre-très-neurotique [neurotypique] d'un enfant normal qui peut réussir un acte ‘normal’ dans certaines-situations-limitées, mais il n'existe pas de moyen pour former un gosse à être «normal» intérieurement en utilisant les méthodes d’entraînement des chiens/pigeons/dauphins. " Clark soutient que ses adversaires dénaturent cette perspective comme une insistance pour que les enfants autistes soient laissés à «’pourrir »." (Schafer, pour l’un, les a appelés «pro-suppuration.") Mais Clark défend l’idée que faire pression contre les thérapies nocives est à l'opposé de prôner l'abandon des enfants vulnérables. "Un parent aimant ne s'attendrait pas à ce qu’un enfant sans mains se tue pratiquement lui-même en tentant de maîtriser le piano, et les parents d'enfants autistes ne devraient pas s'attendre à ce que leur enfant soit jamais « normal ». Point."

À bien des égards, la question est de savoir si ce sont les personnes autistes ou leurs parents qui sont malheureux et ont besoin d’accompagnement. Assez souvent, les militants de la neurodiversité le soutiennent à juste titre, les parents d'enfants autistes confondent leur malheur avec celui de leurs enfants. Les parents sont à une place difficile pour déterminer comment y répondre. Qui devrait être traité, et qui laissé seul? Une grande partie du débat porte sur des idées divergentes de l'amour. Les gens anti-vaccin croient que les familles qui n'acceptent pas leur hypothèse négligent leurs enfants, les gens de la neurodiversité croient que les parents qui décrivent leurs enfants autistes comme des malades les insultes. Thomas Insel, directeur du NIMH, m'a dit: «Je suis à un point où je pense que les parents savent probablement sur l'autisme plus que les scientifiques, et j'ai entendu des familles dire :« Je ne changerais pas l'autisme de mon enfant pour rien au monde, ça a été la meilleure expérience de ma vie. " J'admire ça, mais même ainsi, si vous pouviez vous débarrasser de l'autisme, je dirais, allez-y. Il y a plein d'autres défis dans la vie qui peut rendre les gens malheureux, laissez au moins les gens y faire face sans avoir à porter des couches. "

Alex Plank © Henry Leutwiler Alex Plank © Henry Leutwiler
J'ai été intéressé comme tout le monde m'a parlé des soins. Il y a des milliers de pages Web consacrées à plaider pour une cure, plaidant contre une cure, de discuter quand et comment un remède devrait être administré. Le fait que tout cela est embourbé dans l'hypothétique ne dissuade pas les deux côtés. Alex Plank, qui a fondé le Wrong Planet Website http://www.wrongplanet.net/, qui compte plus de 19.000 membres, déclare:
"Dès lors qu’aucun remède n’existe, je ne dois pas y être opposé ou pour lui. La question est maintenant de composer avec les personnes autistes qui figurent déjà sur cette planète. Les organisations ayant les meilleures relations ont été fondées par des parents de personnes autistes, qui ne vont pas avoir les mêmes priorités que les personnes autistes, surtout si l'idée de réussite de ces parents est de faire de leur enfant le même qu’eux. " Seidel est d’accord. « Je ne m'oppose pas à la recherche d'un traitement qui pourrait être utile dans l'avenir aux gens qui le veulent, mais je suis préoccupé par la façon de rendre la vie positive pour les gens sur le spectre autistique qui sont ici aujourd'hui, un groupe qui se trouve inclure mon propre enfant. "

Mais bien sûr, certaines personnes autistes ne veulent pas être guéries, maintenant. Jonathan Mitchell, un autiste qui publie un blog contre la neurodiversité, déclare: «La plupart des personnes ayant un trouble du spectre autistique, n'ont jamais exprimé leurs opinions sur un blog quel qu’il soit et ne le feront jamais. Les « neurodiverse » atteignent souvent un public vulnérable, comme beaucoup de personnes sur le spectre ayant une faible estime de soi. La Neurodiversité fournit une solution d'échappement tentante. »

Y-a-t’il une voie vers un juste milieu ?
6ème partie

La conceptrice du matériel de contention pour le bétail Temple Grandin, auteur du classique sur l'autisme « Thinking in Pictures » a longtemps été la voix publique de l'autisme. La Neurodiversité est apparue après qu'elle ait commencé à se collecter avec la « fierté autiste », et bien qu'elle lui ait permis d’exister, c’est trop tard pour elle d’en bénéficier. Grandin a fait valoir que c’est à la fois à la personne autiste et à la société d'apporter des aménagements. "Je ne vais pas faire tout ce que les neurotypiques veulent, mais vous devez aller à mi-chemin», dit-elle. "Nous avons eu nos comportements réprimés. Nous avons eu des dîners de fantaisie chez ma grand-mère, et on s’attendait à ce que je m’assoie à la table de Mamie pendant vingt minutes sans que je puisse monopoliser la conversation. Vous ne pouvez pas rentre non-geek les geeks, mais vous pouvez être un geek poli. L'autisme est un continuum allant du génie à la personne très handicapée. Si vous vous débarrassez de toute la génétique de l’autisme, vous vous débarrassez de scientifiques, de musiciens, de mathématiciens. Certains gars avec un haut niveau de fonctionnement et le syndrome d'Asperger ont développé la première pointe en pierre, elle n'a pas été développée par les sociables posant autour du feu de camp. Le problème, c'est que vous parlez à des parents ayant un gosse avec un faible niveau de fonctionnement, qui ont un adolescent qui continue d'aller ‘aux toilettes dans son caleçon’ et qui se mord lui-même tout le temps. Ce gars détruit la maison, et il ne tape pas [à la machine], peu importe les claviers que vous mettez à sa disposition [allusion à la communication facilitée]. Sa vie est misérable. Ce serait convenable si vous pouviez éviter les formes les plus sévères de l'autisme non-verbal. "

Le désir de Grandin de trouver un terrain intermédiaire trouvait un écho en moi. S'il y a une chose que tout le monde dans l'autisme semble reconnaître, c'est la confusion fréquente entre ce qui est qualifié comme «malade», et ce qui est qualifié de "bizarre." Certains des geeks, dans le langage de Grandin, sont autistes, certains sont juste geeks. Certains n'ont aucun langage pour établir des relations sociales, d'autres sont fortement verbaux, mais incapables de comprendre les règles sociales, d'autres sont paralysés par l'anxiété, ou ont une hypersensibilité sensorielle qui les amènent à s’isoler. Certains enfants ont un usage parfait du langage, et d'autres font des écholalies (répétition inutile de phrases entendues), et d'autres encore ont un langage de communication de base, mais pas plus ; Alison Singer, un vice-président exécutif de Autism Speaks, m'a dit que sa fille accédait enfin au langage "ce qui signifie qu’elle dit," je veux du jus », et non pas qu'elle dise,« Je sens que vous ne comprenez pas comment mon esprit fonctionne. "

C’est aussi possible que ce qui a été compris comme des déficits émotionnels sont en effet quelque chose d’un peu différent : des déficits de communication ou de surcharge sensorielle. "La perception que l'émotion fait défaut chez des gens comme nous , est tout à fait inexacte", Ne'eman dit. « C'est l'échec de la société d’arriver à comprendre les styles de communication des autistes." Pour beaucoup d’Asperger ou autistes, Autism Diva Clark souligne, " être juste en présence des autres, c’est autant de travail que d'accueillir une grande fête pour une personne normalement sociale. " Elle m'a dit que les parents devaient apprendre à ne pas prendre personnellement si leur enfant ne montre pas d'affection de façon typique: Si les enfants sourds ne peuvent jamais dire « Je t'aime », fait-elle valoir, cela ne veut pas dire qu'ils ne ressentent pas l'amour. Seidel est d'accord avec elle, au niveau de sa propre relation avec son gosse, qui a effectivement un côté affectueux - avait-elle dit -, et quand il a commencé à s’épanouir, son enfant pouvait lui faire du thé, ce qui était une forme d'amour. "Pourquoi devrais-je forcer quelqu’un au contact des yeux ou à des étreintes si ce n'est pour lui que des parasites?" demande-t-elle.

L'ironie, bien sûr, est que l'empathie, la qualité même en cause dans la définition de l'autisme peut être difficile à trouver entre ces factions belligérantes. C’est le rejet des militants de la neurodiversité, mais c’est aussi de l'intolérance de leur part, et en faisant ces interviews, j’avais parfois l'impression de regarder comme à Wimbledon ; çà me donnait mal au cou. Dans le film Autism Every Day, Alison Singer se décrit se rendant à New York pour voir des écoles pour les enfants autistes, en étant submergée par la tristesse désespérée des salles de classe, et en imaginant, alors qu’elle retournait par le pont George Washington, de se jeter du pont avec sa fille.

Les gens de la neurodiversité ont fait leurs choux gras avec cela; Ne'eman a établi un lien entre ces observations et le meurtre d'enfants autistes, en disant que Autism Speaks était «moralement complices de ces meurtres." C'est manquer de respect envers Singer et Jenny Nash et autres mères comme elles que de suggérer que leurs luttes sont autre chose de moins que de la passion amoureuse. Les enfants autistes semblent fréquemment inspirer, en vertu des soins supplémentaires dont ils ont besoin, un tourbillon désespéré, énorme d'adoration, fantastiquement puissant, même quand il est mélangé de frustration et de tristesse. L'amour fondé sur l'espoir est tout aussi profond que celle qui repose sur l'acceptation. La balance est infiniment délicate. «Lorsque votre enfant a 12 ans et pas éduqué à être propre, ou se tape la tête à 15 ans, quand votre acceptation est avisée et quand empêche-t-elle la récupération?" demande Insel, le Directeur du NIMH.

Les facultés des autistes qui échappent à leurs homologues non autistes.
7ème partie et fin

Pour compliquer, la personnalité et la maladie ne sont pas si faciles à démêler, rendant des mesures absolues de handicap presque impossible. Hyman, l'ancien chef du NIMH, explique: «Certaines personnes atteintes d'Asperger ne peuvent pas comprendre pourquoi ils ont tant de peine. D'autres se demandent pourquoi on les considère comme un cas clinique. " Certaines personnes autistes sont brisés par leurs déficits sociaux, alors que d'autres manifestent peu d'intérêt dans l'amitié. Ceux qui ont dit tout au long de leur vie, qu'ils sont bizarres et aberrants sont moins susceptibles de se sentir bien qui ils sont que ceux qui reçoivent des messages de soutien. Il n'est pas possible de séparer la personne et l'autisme et de dire que certaines choses sont la "vraie" personne tandis que d'autres sont la « maladie ", mais il est possible de voir qu'il y a des autistes contents et d’autres déprimés, la gamme complète de personnalité de la population neurotypique.

Indépendamment de la personnalité, indépendamment des handicaps sociaux, certains autistes ont des aptitudes qui échappent à leurs homologues non autiste - pensée spatiale, par exemple - qui remettent en cause le modèle du handicap, comme l’énigme de Ne'eman à la fois doué et handicapé. "Mon enfant a une capacité de se concentrer intensément", a déclaré Seidel. «Les choses peuvent être difficiles si l'enseignant veut vous déplacer toutes les quinze minutes. Mais ce n'est pas de la bêtise. Un supercalculateur Cray est utilisé pour des calculs énormes qui impliquent la manipulation de masses de données. Un des ordinateurs les plus puissants , il fonctionne avec une telle chaleur qu’il doit être conservé dans un bain de refroidissement liquide. Est-ce que le Cray est défectueux, car il exige ce type d’environnement à entretenir pour son fonctionnement? Non! It kicks ass! C'est ce que mon gosse est pareil. Il a besoin d'appui, a besoin d'attention, et il est incroyable. "

Est-ce vouloir le beurre et l’argent du beurre ? Il me semble que dans l'après-ADA Amérique [ ?], c’est tabou de dire que le handicap est souvent désagréable non pas à cause d'une structure sociale tyrannique qui construit le handicap comme un négatif, mais parce que le large éventail des compétences normatives sont, en fait, utiles, alors que leur absence est, faute d'un meilleur mot, invalidantes. Comme Koplewicz, le chef de l'organisation qui a sorti les annonces anti-autisme, le dit, «Si vous êtes de petite taille, vous vous tenez sur les doigts de pied, si vous êtes une personne faible, vous vous qualifiez pour l'hébergement. Ils ne peuvent pas jouer sur les deux tableaux. "La question est de savoir comment donner aux gens le maximum de dignité et aussi leur donner la capacité maximale de fonctionner dans ce monde défini par la majorité.

Est-ce que la neurodiversité peut amener des changements de manière suffisamment efficace pour remplacer la tyrannie de la neurologie typique? Kathleen Seidel dit: «Le mot incurable sonne de façon totalement dévastatrice, mais vous pouvez aussi considérer que cela veut dire que l'autisme est durable. En regardant ce bijou à travers différentes facettes, je ne banalise pas les défis des personnes qui font face à d'énormes obstacles, je suis en train de regarder la situation dans son ensemble, y compris la belle partie de celui-ci. L'autisme est autant une partie de notre humanité que la capacité de rêver. C'est l'une des possibilités dans notre monde. C'est une partie de la condition humaine – ou des conditions, comme cela peut-être le cas ».

Je me suis livré à ce récit avec mes rudiments propres de neurodiversité. J'ai été sévèrement dyslexiques dans l’enfance et ai souffert de dépression aiguë à l’âge adulte. Ma mère a consacré une grande partie de sa vie à éradiquer ma dyslexie, mais je suis presque incapable d'écrire à la main et je me demande si j'aurais pu être écrivain avant l’époque des claviers. Je prends sept médicaments pour garder ma dépression en lisière, j'ai été un critique virulent des gens qui idéalisent cette condition. Et pourtant, alors que je n'aurais jamais choisi d'avoir la dyslexie et aimerait m’en débarrasser, je ne peux m'empêcher de me demander si ma passion pour l'expression écrite venait en partie de la louange infinie dont j’étais abreuvé chaque fois que je sortais un mot. Dans mon livre The Noonday Demon, j'ai écrit comment me collecter avec la dépression m'avait donné force et profondeur et j’ai déclaré que si la dépression majeure est une maladie horrible qui doit être effacée de l'expérience humaine, l’éventail de l'humeur qui inclut une extrême tristesse est essentiel à notre capacité d'aimer. Je ne serais pas moi-même sans ces « diversités ».

J'étais très sceptique au départ sur le mouvement de la neurodiversité, mais il s'avère que l'autisme est à la connaissance ce que la dépression est à l'humeur et que les mêmes nuances peuvent s’appliquer. L'autisme sévère est une affliction terrible qui doit être guérie; l’autisme « léger » peut faire partie d'un éventail précieux que nous ne voudrions pas compromettre. Comme avec la dépression, il peut y avoir une tyrannie des personnes axée sur un soin qui sont réfractaires au sens que des personnes trouvent dans leurs luttes, et il peut, également, y avoir une insensibilité de la part de « chercheurs de sens » aux souffrances aiguës rencontrées par d'autres . La différence cruciale est que la dépression est maintenant largement traitable (bien que certaines ne sont pas soignables) et l'autisme est en grande partie impossible à traiter (malgré le succès partiel des programmes de comportement). Il est improductif de pester contre l'incurable, si vous pouvez apprendre à l'aimer, c'est votre meilleure chance de bonheur. Pour certaines personnes, l'amour va de soi, pour d'autres, il est acquis par la lutte ; d'autres ne peuvent pas faire plus que d’y prétendre. Même si les militants de la neurodiversité peuvent étaler leur savoir et, parfois, se draper dans des arguments suffisants, ou spécieux, ils montrent également la voie d'un tel amour, un modèle d'acceptation sociale et d'acceptation de soi qui a la capacité de rénover toute la vie.


Voir aussi Le concept de neurodiversité divise la communauté de l'autisme

Lors de la réunion annuelle de l'International Society for Autism Research (INSAR) à Montréal, le concept de neurodiversité a fait l'objet d'un vaste débat. Il divise la communauté de l'autisme, mais ce n'est pas nécessaire, selon le point de vue de Simon Baron-Cohen (30 avril 2019).

Publié le 31 aout 2019.

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