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Billet de blog 29 juin 2022

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INSAR : différences cérébrales en corrélation avec cognition et non avec diagnostic

Comparaison entre les scanners cérébraux et les diagnostics d'autisme : les différences portent sur la cognition et l'hyper activité, mais pas sur le diagnostic.

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https://www.psychologytoday.com/us/blog/inspectrum/202205/new-research-may-change-how-we-think-about-the-autism-spectrum 

Traduction par Pascale Castonguay, Coordonnatrice du Réseau national d'expertise en trouble du spectre de l'autisme (RNETSA) - Québec

Une nouvelle recherche pourrait changer notre façon de voir le spectre de l'autisme

Le discours d'ouverture de l'INSAR suggère que les différences cérébrales sont en corrélation avec la cognition - et non avec le diagnostic.

Posté le 16 mai 2022 | Révisé par Davia Sills

Le discours d'ouverture de l'INSAR suggère que les différences cérébrales sont en corrélation avec la cognition - et non avec le diagnostic.

POINTS CLÉS

  • La Dr Evdokia Anagnostou a présenté les résultats d’études de neuroimagerie lors de la réunion annuelle de l'International Society for Autism Research 2022.
  • Il convient de noter que les différences cérébrales se sont concentrées sur les dimensions de la cognition et de l'hyperactivité, et non sur le diagnostic.
  • Ces résultats suggèrent que nous devons reconsidérer la façon dont nous classons la neurodivergence.

Evdokia Anagnostou, neurologue pour enfants à l'Université de Toronto, a lâché une bombe dans son discours d'ouverture samedi lors de la réunion annuelle de l'International Society for Autism Research1 (INSAR) à Austin, au Texas, qui pourrait remettre en question la validité du diagnostic du trouble du spectre de l’autisme (TSA).

Ce que les scanners cérébraux nous disent sur le trouble du spectre de l’autisme

Anagnostou et ses collègues avaient entrepris d'utiliser la neuroimagerie pour identifier les différences cérébrales propres au TSA, par rapport à d'autres différences neurodéveloppementales comme le TDAH, le TOC ou la déficience intellectuelle. Et ils ont constaté que les différences cérébrales se regroupaient en différents groupes - mais pas en fonction du diagnostic. En fait, les scanners cérébraux ne pouvaient pas distinguer les enfants qui avaient reçu un diagnostic de TSA de ceux qui avaient reçu un diagnostic de TDAH ou de TOC.

"La Dr Anagnostou a rapporté les données de plusieurs articles qui ont examiné plus de 3 500 enfants", m'a expliqué le Dr Alycia Halladay, responsable scientifique en chef de l'Autism Science Foundation2. "Ces études ont examiné de multiples caractéristiques structurelles et fonctionnelles du cerveau - y compris la gyrification corticale (la façon dont le cerveau se plie dans le cortex), la connectivité des différentes régions du cerveau et l'épaisseur de la zone corticale - et n'ont trouvé aucune différence en fonction du diagnostic."

Des regroupements ont bien émergé, mais ils se faisaient selon des axes totalement différents. Halladay ajouta que "les cerveaux eux-mêmes étaient plus similaires en fonction des capacités cognitives, de l'hyperactivité et du comportement adaptatif." En d'autres termes, les cerveaux des enfants autistes légèrement affectés ressemblaient beaucoup plus aux cerveaux des enfants atteints de TDAH qu'à ceux des enfants autistes sévères.

La validité du diagnostic de trouble du spectre de l’autisme pourrait être remise en question

Si elles sont reproduites, ces découvertes pourraient avoir d'énormes répercussions sur notre cadre de diagnostic actuel. Au cours de la période de questions et réponses qui a suivi son exposé, Mme Anagnostou a décrit deux enfants qui portaient tous deux le diagnostic d'autisme; l'un était très légèrement atteint, tandis que l'autre avait un comportement tellement désordonné que "même leur chauffeur de bus sait" qu'il est autiste. "Ces enfants devraient-ils avoir le même diagnostic ?" a-t-elle demandé.

À l'heure actuelle, c'est le cas, mais de nombreux intervenants de la communauté de l'autisme sont de plus en plus mécontents de l'introduction par l'American Psychiatric Association du diagnostic global de TSA dans la révision de 2013 du Manuel diagnostique et statistique (DSM-5) pour remplacer des catégories plus étroitement définies, notamment le syndrome d'Asperger, le trouble envahissant du développement non spécifié (TED-NS) et le trouble désintégratif de l'enfance.

En 2021, la Commission Lancet - un groupe de 32 chercheurs, cliniciens, autistes et membres de leur famille - a demandé la création d'une nouvelle étiquette, "autisme profond", qui distinguerait les autistes souffrant également de troubles cognitifs et du langage et nécessitant une surveillance permanente. "Les données d'Anagnostou convergent bien avec la proposition de la Commission Lancet", a observé Halladay. "Elles fournissent des preuves biologiques pour une catégorie qui, à l'origine, était définie uniquement par des critères externes."

À tout le moins. La véritable question est de savoir si ces travaux exigent une réimagination encore plus radicale de notre classification des différences neurodéveloppementales. Si, comme le démontrent les données d'Anagnostou, la cognition et l'hyperactivité sont beaucoup plus corrélées aux différences cérébrales que des variables comme le déficit social qui ont été considérées comme des symptômes fondamentaux de l'autisme, alors il est peut-être temps d'abandonner notre modèle actuel et d'introduire de nouveaux diagnostics basés sur ces dimensions plus saillantes. L'alignement de notre système de diagnostic sur la biologie sous-jacente est la première étape du développement d'interventions ciblées pour certains des comportements les plus intraitables et les plus dangereux manifestés par les personnes présentant une déficience intellectuelle, tels que l'agression, la fugue, l'automutilation et le pica (la compulsion à manger des objets non comestibles).

Comme l'a dit Mme Anagnostou au début de son exposé, "la nature ne lit pas le DSM". Mais, à mesure que notre compréhension du cerveau progresse, le DSM ne devrait-il pas refléter ces divisions dans la nature?

A propos de l'auteur : Amy S.F. Lutz est l'auteur de Each Day I Like It Better : Autism, ECT, and the Treatment of Our Most Impaired Children, et est la présidente de la Fondation EASI.

1 Qui se traduit par Société internationale de recherche sur l'autisme

2 Qui se traduit par : Fondation pour la science de l'autisme


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