Justice 3 - Autisme : Guide pour le personnel et les agents de police / 1

Dossier police et justice : un guide par la National Autistic Society. Extraits : Effondrement autistique - Reconnaître et approcher des personnes autistes - Arrestations et gardes à vue.

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Traduction par Curiouser et Sarah du guide de la NAS (National Autistic Society) - Grande-Bretagne : Autism: a guide for police officers and staff

Autisme : guide pour le personnel et les agents de police (traduction complète PDF)

 Sommaire :

  • Qu’est-ce que l’autisme ?  page 2
  • Différentes appellations 4 - Caractéristiques de l’autisme 4 - Étude de cas 8
  • Reconnaître et approcher des personnes autistes page 9
  • Signes indiquant qu’une personne est peut-être autiste 10 - Réactions des policiers : à faire et à ne pas faire 11
  • Arrestations et gardes à vue page 13
  • L’arrestation 14 - À faire et à ne pas faire pendant l’arrestation 14 - Bien agir avec une personne autiste en garde à vue 15 - À faire et à ne pas faire en garde à vue 16
  • Interroger des victimes, témoins ou suspects autistes page 17
  • Avant l’interrogatoire 18 - À faire et à ne pas faire pendant l’interrogatoire 19 - Étude de cas 20 - Pendant l’interrogatoire 20 - À faire et à ne pas faire pour le déroulement de l’interrogatoire 25
  • Adultes appropriés (AAs) et intermédiaires page 27
  • Qu’est-ce qu’un Adulte Approprié ? 28 Qu’est-ce qu’un intermédiaire ? 28
  • Aide et soutien page 30
  • Société Nationale de l’Autisme 31 - Association Nationale de l’Autisme dans la Police (NPAA) 31

Extraits (pp. 9-16) :

Effondrement autistique

Un effondrement autistique (« meltdown ») est une « réponse très violente à des situations de surcharge ». Il a lieu quand la personne est complètement submergée par la situation dans laquelle elle se trouve et perd temporairement le contrôle de son comportement. Cette perte de contrôle peut s’exprimer verbalement (par ex. par des cris, des hurlements, des pleurs) ou physiquement (par ex. par des coups, des attaques, des morsures).

Un effondrement est différent d’une crise de colère. Ce n’est pas un « mauvais » comportement. Quand une personne est complètement dépassée par les événements, et qu’il lui est difficile, de par son état, de l’exprimer d’une manière appropriée, il est compréhensible que cela aboutisse à un effondrement.

Les effondrements ne sont pas le seul moyen par lequel une personne autiste peut exprimer sa surcharge. D’autres comportements, moins explosifs mais tout aussi courants, peuvent aussi se manifester, comme refuser les interactions, se mettre en retrait dans le cas de situations jugées éprouvantes, ou éviter entièrement ces dernières.

Repérer un effondrement imminent

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Nombre d’autistes vont montrer des signes de détresse avant de subir un effondrement, parfois appelés également le « stade grondement de tonnerre

». Ils peuvent commencer à montrer des signes d’anxiété comme faire les cent pas, chercher à se rassurer en posant des questions en boucle ou afficher des signes physiques comme le fait de se balancer.

À ce stade, il peut encore y avoir une chance d’éviter un effondrement. On peut notamment envisager comme stratégies le fait de : faire diversion, distraire la personne, l’aider à utiliser des techniques d’apaisement comme manipuler de petits objets ou écouter de la musique, éliminer toute forme de déclencheur potentiel, et rester soi-même calme.

Comment réagir face à un effondrement

Il faut éviter de leur crier des ordres directs, et opter pour une approche calme et détendue :

  • donnez un peu de temps à la personne ; se remettre d’une surcharge informationnelle ou sensorielle peut lui prendre un certain temps
  • demandez-lui (ou à ses proches ou amis) s’il va bien, en lui laissant le temps nécessaire pour répondre
  • essayez de créer un espace calme et sécurisé : demandez aux badauds de ne pas observer la scène et de circuler, coupez la musique forte et éteignez les lumières vives – essayez de diminuer toutes les sources de surcharge cognitive auxquelles vous pourrez penser.

Étude de cas n°1: Police du HAMPSHIRE

Un jeune homme a été arrêté pour une série d’agressions à caractère raciste envers le personnel médical d’un hôpital public. Il s’y trouvait à cause d’un problème médical d’ordre physique. A chaque fois qu’un membre du personnel noir ou asiatique s’approchait de lui, il s’en prenait à lui et se mettait à lui crier dessus. Il se montrait calme et obéissant avec le personnel blanc.

Sa mère ne savait pas expliquer pourquoi il avait une telle réaction face aux minorités ethniques visibles.

Nous avons fait appel à un organisme local consacré à l'autisme qui lui a parlé afin de déterminer ce qui se passait. Ils ont découvert que si, d’un côté, il comprenait ce que disaient des personnes ayant le même accent local (du sud) que lui, de l’autre, il avait beaucoup de mal à comprendre les personnes avec des accents différents. Dans le cas de personnes lui parlant avec un très fort accent, il ne comprenait rien à ce qui lui était dit.

Par conséquent, lorsqu'il voyait quelqu'un qu'il pensait ne pas pouvoir comprendre, il prenait peur, se sentait contrarié, et réagissait alors de manière violente. Il n’était pas en mesure de verbaliser son anxiété, et avait associé dans son esprit les membres du personnel noirs ou asiatiques et son incapacité à communiquer.

Nous avons élaboré pour lui un papier officiel afin d’expliquer le fait qu’il devait, dans la mesure du possible, parler à quelqu’un ayant un accent local.


Reconnaître et approcher des victimes, témoins ou suspects autistes

 Chaque personne autiste est différente, et il n’est pas toujours facile au début de déterminer si une personne l’est. Cependant, si le comportement et les réactions d’une personne semblent inhabituels, il faut se demander dans quelle mesure cette personne pourrait être autiste.

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Les procédures recommandées pour approcher et parler à des personnes autistes sont similaires à celles que vous utiliseriez pour approcher n’importe quelle autre personne potentiellement vulnérable dans une situation stressante.

Signes indiquant qu’une personne est peut-être autiste

Le comportement de la personne

De nombreuses personnes autistes n’ont pas reçu un diagnostic officiel, ou peuvent ne pas savoir elles-mêmes qu’elles sont autistes. D’autres peuvent faire le choix de ne pas révéler qu’elles se situent sur le spectre autistique.

Vous pouvez penser qu’une personne est potentiellement autiste parce qu’elle présente les caractéristiques suivantes :

Est-ce que la personne à laquelle vous avez affaire…

  • établit le contact visuel (ou ne le fait pas) de façon inhabituelle, et a un comportement inapproprié, imprévisible ou inhabituel ?
  • semble avoir des difficultés à vous comprendre ?
  • trouve difficile de vous parler ?
  • répète ce que vous ou une autre personne lui dites ?
  • se montre très honnête, au point d’être impoli ou grossier ?
  • semble inhabituellement anxieux, agité, voire même effrayé par vous ?
  • présente un comportement avec des côtés répétitifs, obsessionnels ?
  • se montre très sensible au son, à la lumière ou au toucher ?
  • semble ne pas réaliser les conséquences de ce qu’elle a pu faire ?

Ce sont tous là des signes indiquant que la personne est peut-être autiste.

Réaction des policiers : à faire et à ne pas faire

A faire

  • Ne le prenez pas mal si la personne vous semble trop proche. Les personnes autistes peuvent ne pas comprendre la notion d’espace personnel. Elles peuvent envahir le vôtre, ou avoir elles-mêmes besoin d’un espace personnel plus grand.
  • Veiller à ce que la situation reste calme.
  • Être conscient que votre comportement ou vos paroles peuvent être source de confusion pour une personne autiste, de la même manière que certains comportements autistes peuvent vous sembler inattendus.
  • Si possible, couper les sirènes ou les gyrophares.
  • Voir si la personne est blessée, de la manière la moins invasive possible. Les personnes autistes peuvent ne pas vous signaler une blessure ou même ne pas en être elles-mêmes conscientes, de par une sensorialité différente.
  • Expliquez clairement la situation et les questions que vous allez poser. Si vous amenez la personne à un autre endroit, expliquez-lui clairement où et pourquoi vous l’emmenez.
  • Utilisez des aides et supports visuels, comme des dessins ou des photos, afin d’expliquer ce qui se passe. Si la personne peut lire, mettre par écrit les informations peut se révéler utile. Les personnes autistes comprennent souvent mieux les informations visuelles que les paroles orales.
  • Conservez un langage clair, simple et concis : recourez à des phrases courtes et à des demandes directes.
  • Accordez-lui du temps supplémentaire pour répondre.
  • Utilisez le nom de la personne au début de chaque phrase, de façon à ce qu’elle sache que vous vous adressez à elle. Donnez des instructions claires et directes, étape par étape ; exemple : « Jacques, sortez de la voiture s’il vous plaît ».
  • Posez des questions directes, claires et ciblées sur une chose à la fois pour éviter de semer la confusion. Une personne autiste est susceptible de répondre à votre question sans comprendre les implications induites par son discours, ou elle peut acquiescer à ce que vous dites simplement parce qu’elle croit que c’est ce que l’on attend d’elle.

A ne pas faire

  • Tenter d’empêcher la personne de s’auto-stimuler (flapping), de se balancer, ou de faire d’autres mouvements répétitifs – cela peut faire partie d’une stratégie visant à se calmer soi-même.
  • Les personnes autistes sont susceptibles d’avoir avec elles un objet qui les rassure, comme un bout de ficelle ou de papier. Le leur enlever peut augmenter leur anxiété et leur désarroi, il n’est donc pas recommandé de le faire sauf nécessité impérieuse.
  • Toucher la personne ou utiliser les menottes si la situation n’est pas dangereuse ou n’engendre pas de menace vitale, étant donné que les autistes peuvent avoir des réactions de stress intense à cause de leur sensibilité aiguë et exacerbée.
  • Élever la voix.
  • Être sarcastique, ironique ou recourir à des figures de style. Les personnes autistes peuvent prendre les choses au pied de la lettre, ce qui peut créer de profonds malentendus. Voici par exemple quelques expressions pouvant semer la confusion chez quelqu’un interprétant ce qui est dit au premier degré : « Tu me fais marcher », « Tu as retourné ta veste ? », « Ça m’a tapé dans l’œil ».
  • S’attendre à ce que la personne réponde immédiatement à vos questions ou vos instructions, étant donné qu’elle peut avoir besoin de temps pour intégrer ce que vous lui avez dit. Laissez-lui suffisamment de temps pour répondre.
  • Interpréter le fait que la personne évite le contact visuel comme un signe d'impolitesse ou un indice suspect.
  • Considérer qu’elle fait preuve d’impolitesse ou d’insolence en répétant comme un perroquet ce que vous dites. Une réaction de ce type peut être de l’écholalie (répétition d’une question ou d’une phrase), assurez-vous donc que la personne a bien compris votre question.

Arrestations et gardes à vue

 Être arrêté(e) et mis(e) en garde à vue (surtout dans une cellule), même pour une courte durée, peut être pour quiconque une épreuve génératrice d’anxiété. Pour une personne autiste, qui a besoin de sa routine, est angoissée par l’incertitude, et peut avoir des hypersensibilités sensorielles ou nerveuses, cela peut s’avérer particulièrement difficile.

L’arrestation

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En raison de difficultés sensorielles et de communication, la détresse provoquée par une arrestation sera certainement plus importante pour des personnes autistes.

Les personnes autistes sont vulnérables, il faut donc faire des adaptations raisonnables.

À faire et à ne pas faire pendant l’arrestation

A faire

  • Limiter les contacts physiques au strict minimum, en évitant si possible l’usage de menottes ou d’autres contraintes.
  • Vérifier si la personne porte sur elle une source d’informations sur ses besoins, la lire et suivre les conseils donnés.
  • Expliquer simplement et avec calme où vous emmenez la personne et pourquoi vous l’arrêtez. Dites-lui à quoi elle devra s’attendre en arrivant au lieu de détention.
  • Appeler au préalable le personnel de détention, pour les avertir si la personne semble stressée. Demander si des arrangements peuvent être pris pour éviter qu’elle attende dans un lieu de réception trop fréquenté.
  • Prévenir le sergent de poste que le détenu est autiste, et expliquer les soucis que cela peut entraîner.
  • Informer la personne de ses droits clairement et calmement.

A ne pas faire

  • Se précipiter en procédant à une arrestation, sauf si c’est la seule possibilité.
  • Élever la voix ou brusquer la personne, sauf absolue nécessité.
  • Se servir des sirènes et des gyrophares, si vous pouvez l’éviter.
  • Garder ou transporter une personne autiste non accompagnée à l’arrière d’une camionnette de police. Elle pourrait devenir très angoissée et nécessiter une intervention immédiate ou des premiers secours.
  • Essayer d’empêcher la personne de se balancer ou de faire d’autres mouvements répétitifs – ce sont des mécanismes pour se calmer, et elle ne les contrôle peut-être pas.
  • Enlever les objets « de réconfort », comme les bouts de ficelle ou autres petits objets, à moins que ce ne soit nécessaire. Cela pourrait augmenter son anxiété.

Bien agir avec une personne autiste en garde à vue

Il peut être difficile pour une personne autiste de reconnaître automatiquement et de protéger ses intérêts personnels. En détention policière, cela peut poser des problèmes.

Pour cette raison, l’Adulte Approprié a un rôle important à jouer à toutes les étapes de la procédure de garde à vue (voir page 28).

Certains autistes peuvent avoir des handicaps ou des troubles mentaux en plus de l’autisme. Parmi ceux-ci, on peut trouver la surdité, la paralysie cérébrale, les difficultés d’apprentissage, l’épilepsie, le TDAH et la dyslexie.

Les problèmes de santé mentale, notamment le stress, la dépression, les pensées suicidaires, tentatives de suicide et suicide, sont plus courants chez les autistes que chez les autres personnes. C’est pourquoi il est capital de reconnaître les suspects autistes et de les traiter comme des personnes vulnérables pendant leur détention en garde à vue.

À faire et à ne pas faire en garde à vue

A faire

  • Rester vigilant sur la possibilité de se trouver face à un cas d’autisme non déclaré.
  • Garder la personne en détention dans un endroit qui soit le plus calme possible, et essayer de la rassurer.
  • Réagir si la personne se montre particulièrement sensible à certaines matières, comme celles des couvertures ou des vêtements de police.
  • S’assurer que les mesures de sécurité adaptées soient mises en place, pour minimiser les risques d’auto-mutilation et autres blessures.
  • Garder en tête que les signes d’autisme peuvent varier en fonction des niveaux d’anxiété et de stress.
  • Laisser la personne conserver avec elle ses objets de réconfort, s’il n’y a pas de risque qu’elle se blesse avec.
  • Identifier et faire venir un Adulte Approprié adéquat sans tarder.
  • Pensez à demander l’avis d’un professionnel de l’autisme si vous ne pouvez pas faire venir un Adulte Approprié comprenant les besoins et difficultés spécifiques de la personne.
  • Assurez-vous que la personne comprenne qu’elle est en garde à vue, pour tant de temps, et qu’elle peut s’attendre à telle ou telle chose.
  • Evitez d’être trop précis sur les horaires si ce n’est pas nécessaire. « Je reviens dans une minute » peut être interprété littéralement et causer de l’anxiété, si vous ne revenez pas effectivement une minute après.
  • Identifier et accéder à ses exigences alimentaires.

A ne pas faire

  • Être trop nombreux autour de la personne. Elle peut répondre plus facilement en présence d’un nombre minimal de policiers et de membres du personnel.
  • Faire des bruits forts et soudains. Si une personne autiste est gardée dans une cellule, le battement de la porte peut être très pénible pour elle, et les cris des autres prisonniers lui faire très peur.

A  suivre

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