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Billet de blog 2 mai 2017

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Un à la fois : pour combattre Macron le 8 mai, virer le Pen le 7

Ce débat est difficile, parce que le choix immédiat est de toute façon difficile. Des opinions diverses (entre abstention, vote blanc, vote Macron) s’expriment, elles sont respectables. Ici, on s’est efforcé de s’appuyer sur une analyse que l’on espère rationnelle, aussi dépassionnée que possible.

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 Un à la fois : pour combattre Macron le 8 mai, virer le Pen le 7

  • Nous sommes confrontés à un choix impossible entre l’ultra-libéral et la post-fasciste, un choix antidémocratique où, au bout d’un compte, l’un des deux sera élu alors que la majorité du peuple ne veut ni de l’un, ni de l’autre.
  • Pour l’avenir, il faudra en tirer la leçon et en finir avec ce type d’élection du président de la République, support essentiel de la monarchie présidentielle.
  • Cela c’est aussi l’aboutissement d’un long processus de trente ans  où des apprentis sorciers (à commencer par  Mitterrand, à finir par Sarkozy et Hollande) ont instrumentalisé et banalisé le FN pour fausser le jeu démocratique, et assurer  la pérennité de leur politique par la construction d’un diable de confort.
  • Cela dit, nous sommes dans cette situation : il nous faut voir comment sortir au mieux de ce piège, personne ne le fera à notre place, nous ne pouvons nous en laver les mains.

1) Une première réaction pour beaucoup (et la mienne) : ni l’un ni l’autre,

  • toutes les analyses montrent l’élection comme pliée : Macron sera élu.
  • l’essentiel reste alors le rapport de forces pour la suite  et pour la gauche, il parait alors évident que Macron doit être élu mais mal.
  • la solution vote blanc- abstention semble alors la meilleure. 

2) Et si l’impensable devenait  non pas probable mais possible ?

  • ce qui amène  beaucoup au doute, c’est la nullité de la campagne de Macron, son image de golden boy prétentieux, sa persistance à rejeter le vote « contre » le Pen et à réclamer un vote d’adhésion à son auguste personne et à  son projet ultra libéral.
  • cela risque de pousser une grande partie de l’électorat vers l’abstention : le meilleur agent électoral de Le Pen, c’est Macron.
  • le contraste avec la campagne de second tour de Chirac en 2002 est saisissant : lui avait su pour 15 jours prendre la mesure de l’événement, mais il était un homme politique, pas un petit prétentieux qui a oscillé entre la banque et Bercy.
  •  l’essentiel se joue non sur les voix Le Pen (son socle lui est à peu près garanti), mais sur les glissements abstentions/votes Macron qui peuvent concerner jusqu’à dimanche   5 ou 6 millions d’électeurs hésitant entre l’un et l’autre.

La défaite de Le Pen pourrait alors ne plus être certaine mais seulement probable : peut on  courir ce risque?

3)  Le Pen au pouvoir, à aucun prix

§       la démagogie sociale de Le Pen ne doit pas faire illusion, la seule différence avec Macron est que lui (comme Fillon) affiche la couleur alors qu’elle avance masquée avec  un double langage permanent (c’est la posture historique du fascisme) : elle n’est en rien un moindre mal face à Macron.

  • avec Le Pen, toutes les libertés seraient directement en cause et donc la capacité d’agir pour le progrès social : l’an dernier elle voulait interdire les  manifs. elle stigmatise  la CGT, et, dans la pure tradition vichyste, elle veut entraver le droit de grève et  mettre les syndicats sous tutelle.
  • Sans parler des conséquences pour tous ceux qui n’ont pas la bonne couleur de peau en matière de contrôle au faciès ou pire : l’élection de Le Pen serait un feu vert pour tous les amateurs de violences racistes.
  • certains se rassurent en disant qu’elle n’aurait pas les moyens de sa politique, en particulier pas de majorité à l’assemblée ; ils n’ont pas lu la Constitution de la 5ème en matière de pouvoir de nomination  par le Président qui permet de remodeler l’appareil d’Etat,  et de mettre au pas toute la haute fonction publique (elle se couchera comme sous Vichy) et en usant des pouvoirs d’exception ( article 16, état d’urgence : merci Hollande) dont on imagine clairement  ce que cela  donnerait dans ces mains là.
  • certains disent aussi que l’élection de Le Pen provoquerait un vaste sursaut populaire, mais c’est tout le contraire, chacun raserait les murs : avez-vous déjà vu un pays où après l’arrivée au pouvoir de ces gens là, il s’est produit ce type de réaction ?

 En résumé : Macron  n’est en rien une perspective « progressiste », que ce soit sur sa politique générale ou sur la démocratie et les libertés, mais on pourra se battre. Dans un régime fasciste, on sera écrasé. Il y a un saut qualitatif terrible, ceux qui confondent notre régime actuel, si détestable soit-il, et le fascisme ont oublié ce qu’était le fascisme.

4)  Le sens du vote : contre le Pen

  • la ligne politique concernant Macron et Le Pen doit rester ni l’un ni l’autre : l’un comme l’autre doivent faire l’objet d’une opposition totale. Dès le 8 Mai, il faudra combattre Macron, s’il est élu et le mettre en échec  aux législatives. il n’est donc pas question de se laisser « macroniser » comme la majorité du PS y semble prête.
  • mais  sur le choix immédiat, on est coincé : le bulletin Macron est le seul qui empêche l’élection de le Pen ; il n’y a pas un bulletin « contre les deux », ou « Macron-faute de mieux », hélas.
  • Macron, de toute façon sera illégitime d’emblée sur la politique qu’il entend suivre : les sondages indiquent que les deux tiers de ceux qu vont voter pour lui  ont pour motivation de jeter Le Pen, et pas un vote d’adhésion.

Il faudra de toute façon nous battre, mais dans un contexte fortement différent dans les deux hypothèses ; la démocratie bourgeoise et le fascisme ce n’est pas la même chose, et ceux qui, dans le passé ont fait cette confusion l’ont payé très cher. 

5)   Les législatives : la dynamique unitaire, recours contre Macron  

Quelques données

  • le scrutin du 23 avril avec le score de JLM, est un facteur d’espoir pour une gauche ressourcée et débarrassée de l’hégémonie du PS mais en même temps cette gauche reste globalement à un niveau faible (moins de 30 %) ce qui rend difficile d’espérer une majorité  
  • il faut se souvenir qu’il n’y a pas de transcription  automatique entre la présidentielle et les législatives, les fluctuations peuvent être brutales.
  • l’électorat de JLM ne se réduit pas à la FI[1], c’est ce qui explique d’ailleurs son succès : il n’y a qu’à voir les scores impressionnants dans les villes communistes ou ex communistes, ou l’apport important en fin de campagne d’un électorat dont la préférence  initiale était Hamon. Surtout, ce succès est l’ombre portée du grand mouvement contre la loi travail l’an dernier.  Cette diversité doit se traduire dans des candidatures unitaires.

Des perspectives

  • cette  dynamique unitaire   entre les forces qui ont soutenu JLM (FI, PCF, Ensemble) étendue  si possible à la fraction Hamon du PS, permettrait d’amplifier le résultat de la présidentielle et d’aboutir à un puissant groupe parlementaire (200 sièges gagnables dans cette hypothèse), dans une assemblée où Macron n’aurait pas de majorité  et pourrait être contraint de remballer ses ordonnances.
  • à l’inverse, sans unité, la gauche radicale pourrait être réduite à une poignée de sièges ( en 1958, le Pcf avait eu 18 % des voix et 10 sièges), et alors l’opposition à l’assemblée, ce serait le FN  (renforcé par la droite des Républicains )avec tout ce que cela promet sur le moyen terme.

 Il est possible de réduire Macron à une victoire à la Pyrrhus, de construire une opposition véritablement de gauche et qui préparera l’avenir tout en appuyant le mouvement social à condition que la dynamique unitaire se mette en place très vite.

 L’essentiel pour faire face au néo libéralisme est de poursuivre un processus de reconstruction politique à gauche, en articulation avec le mouvement social : cela serait impensable avec le fascisme au pouvoir, il convient donc de lever l’hypothèque Le Pen le 7 mai pour s’occuper de Macron dès le 8.


[1] j’ai d’ailleurs moi-même , sans me reconnaître dans la FI voté JLM tout simplement parce qu’il était le candidat qui correspondait le mieux à ce que je souhaite, en dépit de critiques que je maintiens cf https://blogs.mediapart.fr/jjduch/blog/180417/melenchon-un-choix-de-raison

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