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Billet de blog 18 avr. 2017

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Mélenchon, un choix de raison

J’ai eu (j’ai toujours) de fortes réticences sur la candidature de JLM (pour qui j’ai voté avec enthousiasme en 2012) mais dans la situation nouvelle où nous sommes et où JLM peut accéder au second tour, le choix est clair : d’un côté une avancée possible, sans doute avec beaucoup d’incertitudes et de risques et de l’autre, avec Fillon ou Macron, un effondrement sans retour de la société

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J’ai eu (j’ai toujours) de fortes réticences sur la candidature de JLM (pour qui j’ai voté avec enthousiasme en 2012) mais dans la situation nouvelle où nous sommes et où JLM peut accéder au second tour, le choix est clair : d’un côté une avancée possible, sans doute avec beaucoup d’incertitudes et de risques et de l’autre, avec Fillon ou Macron, un effondrement sans retour de la société et la porte grande ouverte pour Le Pen en 2022.

I   Vis-à-vis de Mélenchon, toujours des réserves

  • Je n’approuve toujours pas  la manière dont Mélenchon a lancé de manière « autoproclamée » sa candidature, parce que tout changement véritable implique la participation sur un pied d’égalité de forces qui ont des convergences fortes mais aussi des divergences.
  • J’ai toujours des divergences sur certains aspects du programme de JLM[1], je pense notamment que ce programme, dans une inspiration social-démocrate classique, mise trop sur le canal étatique et pas assez sur l’intervention des travailleurs dans la gestion des entreprises comme dans celle des organismes sociaux [2]
  • Je pense aussi que toute la démarche laisse beaucoup trop peu de place au mouvement social, à la prise en compte des positions des organisations syndicales dans chaque entreprise, dans chaque branche.

 Tout cela pour dire que, contrairement à ce qu’affirme une propagande délirante, la candidature de Jean-Luc Mélenchon n’a rien « d’extrême gauche », elle s’inscrit au contraire dans une continuité socialiste « de gauche » : il n’est qu’à voir comment JLM affiche toujours son affection personnelle (ce qui le regarde) et politique pour François Mitterrand alors que celui-ci a été l’homme de la casse de l’industrie française, de l’aliénation de notre indépendance nationale au profit de l’Europe du grand capital.

II   D’un côté, tout à perdre, de l’autre la capacité d’avancer.

 Mais en rester à ces critiques ne serait qu’une position de confort, dans la situation concrète où nous sommes et devant l’alternative nette qui s’offre à nous

  1. une catastrophe économique et sociale historique, nous ramenant un siècle en arrière : l’élection de Macron ou de Fillon, l’un des deux frères siamois, signifierait cela avec en prime le terrain dégagé en 2022 pour le Pen.
  2. de l’autre côté, avec l’élection possible de JLM la capacité d’une avancée, du début d’une dynamique[3] qui sera à concrétiser en créant le rapport de forces et avec la mobilisation du mouvement social
  • L’élément nouveau est que JLM peut être au second tour et qu’il gagnera face à Le Pen. Les 3 autres candidats de gauche (Hamon, Poutou, Arthaud), même si j’ai aussi des divergences sérieuses avec eux, sont tout à fait respectables et je désapprouve certaines attaques polémiques à leur encontre ne serait ce que parce qu’à l’arrivée personne ne gagnera seul et qu’il faudra bien se rassembler, mais seul JLM peut l’emporter, face à la triade infernale Fillon-Macron-Le Pen.

Mon vote sera donc pour JLM, sans ralliement mais sans hésitation

III   Une question majeure et vitale : la paix

Dans l’actualité récente, l’aggravation de la situation internationale me fait confirmer mon choix et j’approuve ici pour l’essentiel la position parfaitement responsable de JLM :

  • Assad est certes un dictateur sanguinaire, mais ce n’est pas une raison pour se lancer dans une aventure militaire en Syrie : apparemment, l’équipée Bushiste en Irak face à un dictateur tout aussi peu recommandable et qui a débouché sur une catastrophe de grande ampleur n’est pas une leçon suffisante pour certains
  • Poutine n’est pas ma tasse de thé mais ce n’est pas pour autant qu’il faut faire la guerre à la Russie, ce qui garantirait notre destruction mutuelle : tout cela pour les beaux yeux des néo nazis ukrainiens, de ceux qui réhabilitent les collaborateurs directs de la Shoah par balles et qui défilent dans les rues de Kiev en criant « Juden Rauss ».

 L’atavisme atlantiste est si fort chez certains, y compris à gauche qu’il fait perdre à beaucoup le sens de la raison . et la raison aujourd’hui, c’est que pour notre sécurité, nous devons sortir de l’Otan pour n’être en rien associés à la prochaine lubie d’un Trump ( dont l’équilibre ne semble pas la vertu majeure) que ce soit au Moyen-orient, en Europe de l’est ou en Extrême Orient.

Voter JLM, c’est voter pour la paix et en soi, cette raison est à elle seule suffisante 

IV   Des questions lourdes pour la suite

  • si JLM est au second tour, un rassemblement beaucoup plus large s’imposera pour aboutir à son élection
  • ce sera encore plus vrai pour les élections législatives où avec un socle initial de voix de gauche autour de 30 %, il n’y aura aucune chance de l’emporter sans une union allant de la FI au PCF, à EELV et la fraction Hamon du PS. Sans cela, la victoire à la présidentielle ne serait qu’un feu de paille. Et c’est dire que le mot clé ne pourra être que rassemblement, convergence[4] et non pas ralliement.
  • la question européenne est cruciale, et elle risque de nous percuter beaucoup plus vite qu’on ne croit . Il est effet à prévoir que la réaction des marchés devant le péril (réel pour eux) soit d’organiser la fuite massive des capitaux et la hausse des taux d’intérêt, ne serait ce que pour peser sur les législatives, panique aidant.
  • la riposte devra, dans un délai de quelques jours, associer le contrôle des capitaux et le financement direct par la banque de France (et au-delà par tout le système bancaire qui devrait passer sous contrôle) : tout cela étant parfaitement contraire aux traités européens. La réaction de la Bce pourrait être, comme pour la Grèce, de couper les liquidités, ce qui revient alors à une sortie de fait au moins temporaire de l’euro[5]

C’est dire que le bel ordonnancement plan A /plan B risque d’être perturbé avant toute négociation par une agression des marchés, soutenus par la BCE .

Le choix sera alors entre la capitulation ou l’affrontement la France ayant certes infiniment plus de moyens à ce jeu que les malheureux grecs.


[1] https://blogs.mediapart.fr/jjduch/blog/100217/le-programme-de-jean-luc-melenchon-elements-critiques

[2] Pourquoi par exemple maintenir et renforcer la CSG, qui depuis Rocard permet de minorer la part de la cotisation sociale, et est l’instrument de la mainmise de l’état sur la sécurité sociale, alors que la grande question est de revenir, pour ce qui est la propriété des travailleurs, à la gestion par les représentants élus des assurés sociaux, comme à l’origine ?

[3] les cris de harpies de certains (le chroniqueur boursier de France info : « on s’apprête à vivre une semaine de stress » ou Gattaz dans le Monde, ou le pauvre Hollande) sont le signe que la bourgeoisie s’inquiète  de la tournure que tout cela pourrait prendre pour ses chers profits, tant mieux.

[4] cela sans nier les différences de position et les contentieux mais qu’il faudra bien dépasser comme la Résistance avait su les dépasser

[5] voir à ce sujet http://russeurope.hypotheses.org/5906

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