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Billet de blog 10 nov. 2018

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Mouvement contre la hausse des carburants, l’essentiel, c’est le fond

On peut s’interroger à l’infini sur ceux (en règle générale au départ largement inorganisés) qui ont lancé ce mouvement et aussi sur ceux qui pourraient tenter de le récupérer, mais l’essentiel est ailleurs : ce mouvement est-il légitime dans la protestation qu’il exprime ?

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On peut s’interroger à l’infini sur ceux (en règle générale au départ largement inorganisés) qui ont lancé ce mouvement et aussi sur ceux qui pourraient tenter de le récupérer, mais l’essentiel est ailleurs : ce mouvement est-il légitime dans la protestation qu’il exprime ?

La réponse est incontestablement oui, d’un point de vue du progrès social, de la justice fiscale et sociale, et du point de vue écologique.

Les positionnements sur ce sujet sont très révélateurs de la réalité des orientations de chacun, et un certain nombre de masques tombent.

 I La transition écologique prétexte à la paupérisation ?

1) Une baisse du niveau de vie « fatale » ?

  • Je suis de plus en plus convaincu que « la transition écologique » est la nouvelle version de Tina[1]. Un tas de bons apôtres se succèdent pour expliquer que « chacun doit faire un effort » (pas Bernard Arnault quand même !) et qu’il faut la « décroissance », « réduire notre consommation », « se rationner ».
  • La culpabilisation individuelle face au réchauffement climatique, l’incitation à chacun à « faire un effort », tout cela n’est qu’une nouvelle version de la pédagogie du renoncement à l’œuvre depuis plus de trente ans où on explique aux travailleurs (pas aux actionnaires du CAC40), qu’il faut réduire leurs salaires, supprimer des emplois à cause de la compétitivité, de la mondialisation etc, etc…. Simplement l’habillage du discours change.
  • Tous ceux qui affirment qu’un recul du niveau de vie de la grande masse de la population est inévitable sont en convergence volontaire ou involontaire avec Macron .[2]
  • Macron lui ne se contente pas d’en parler mais le pratique : loi travail, blocage des traitements dans la fonction publique, saignée des retraités, détournement des ressources de la sécurité sociale.

2)La hausse de la fiscalité des carburants, une redistribution à l’envers ?

  • Comme toute fiscalité indirecte, la taxe sur les carburants est fondamentalement injuste et anti redistributive : un automobiliste, selon la distance parcourue, paiera la même somme qu’il gagne 1500 €,3000 €, 5000€. En l’occurrence, c’est encore pire puisque les plus modestes sont contraints d’habiter plus loin (foncier moins cher). Le bobo qui habite dans un centre ville sera épargné : « tout le monde doit faire un effort » mais…
  • Il est intéressant de voir certaines grandes ONG et publications « écologistes » sortir du bois pour soutenir Macron de manière plus ou moins ouverte.

Pour la FNH, Mme Pulvar affirme «le problème n’est pas l’augmentation des taxes, mais leur utilisation» et plus clairement dans « Alternatives économiques », Monsieur Pascal Canfin, ex sous ministre de Hollande, recyclé au WWF(et pressenti un temps pour remplacer Hulot), soutient clairement la mesure en affirmant qu’une voiture électrique coûte déjà moins cher qu’une essence ou une diesel ce qui est totalement faux. Ces gens là ont choisi leur camp. et ce n’est pas celui de ceux qui travaillent.

 II La hausse des prix pour inciter à d’autres choix de mobilité ?

L’argumentation macronienne renvoie la responsabilité aux individus, dans une logique purement libérale : les hausses devraient les conduire à d’autres choix : c’est une imposture !

Il est exact que les distances entre domicile et travail ont fortement augmenté, mais cela tient à des évolutions structurelles que les individus subissent.

  • L’étalement urbain est une réalité

 Cela tient à l’évolution du prix du foncier, seuls les plus aisés peuvent encore se loger en centre ville à Paris ou dans les grandes métropoles. Les plus modestes eux sont relégués loin à la périphérie. Les attaques contre le logement social renforcent cette tendance. Le parc immobilier se renouvelle sur un siècle : il faudra donc durablement faire avec cette donnée.

2)Le travail est de plus en plus loin

Ceux qui perdent leur emploi sont amenés à retrouver du travail toujours plus loin. Les projets de Macron de durcissement de l’indemnisation chômage conduisent à aggraver encore cette situation

3)80% de la population au moins dépend de la voiture pour la vie quotidienne

C’est flagrant dans nos campagnes.

Mais c’est aussi le cas, avec des distances moindres, dans toutes les banlieues : il faut prendre la voiture dans la vie quotidienne, que ce soit pour faire ses courses, pour des problèmes de santé, pour des sorties culturelles, pour aller à la gare qui peut être à des kms…

Les transports en commun ne répondent ; dans leur état actuel, que de manière très imparfaite à ces besoins.

4) L’incitation à d’autres choix, une farce

La thématique « on vous taxe pour vous inciter à prendre une voiture électrique pour sortir du pétrole » n’a aucun sens.

  • une Zoé coûte (batterie comprise) 32000 € environ, avec la prime de 6000 €, 26000 €, à comparer avec une Clio 14000 à 18000 €, selon les modèles. Certes les prix vont évoluer (parité annoncée après 2020) mais aujourd’hui c’est la situation.
  • selon les projections les plus optimistes, il y aurait 20 % de voitures électriques vers 2030.

 Donc pour la grande majorité de la population, on taxe sans alternative visible même sur le moyen terme, sauf pour les plus aisés. Tout cela n’apporte alors aucune solution au problème réel et grave du CO2 : les gens continueront de se chauffer, ils continueront de traverser le département (pas la rue) pour aller bosser, on leur fera payer toujours plus et ils rogneront sur le reste : l’alimentation, le chauffage, les loisirs, les vacances...

 Le seul résultat tangible est que le pouvoir prend toujours plus à ceux qui travaillent au bénéfice des rentiers du CAC40.

 III Pour faire face à l’enjeu écologique, des choix structurels

Oui, il faut réduire notre dépendance au pétrole, pour des raisons économiques (des importations de plusieurs dizaines de milliards d’euros) et écologiques. Oui, il faut réduire l’usage de la voiture mais cela ne peut se faire en niant le besoin de mobilité des gens mais en leur offrant une alternative de mobilité.

1) Mobilité des personnes

  • Développer massivement les transports en commun intra urbains(et passer progressivement à la gratuité), sauver les petites lignes, restaurer les TER : cela devrait permettre de faire basculer une partie des déplacements de la voiture vers les transports collectifs, en privilégiant les modes électrifiés reliés au réseau : train, tram, trolley.
  • Sur les transports inter urbains, une meilleure articulation du TGV (à développer sur le long terme)et des TER devrait aussi réduire l’utilisation de la voiture. La taxation du kérosène (en commençant par les transports intérieurs) devrait aussi faciliter un transfert de l’aérien vers le train. Là où on peut développer les infrastructures (pistes cyclables, garages) le vélo (électrique) peut être une solution partielle sur les trajets courts.

Il s’agit de réduire la place de la voiture, ce qui ne veut pas dire la supprimer (cf III 3)

2) Sur les transports de marchandises

  • Relocaliser des productions : cela fera moins de camions sur les routes et de super containers sur les mers
  • Redévelopper le fret ferroviaire avec les investissements indispensables (lignes dédiées, gares) quelques lignes de ferroutage sont ouvertes (Calais Turin, Calais Le Boulou par exemple).Il faut impérativement ouvrir d’autres lignes sur tous les grands axes : Paris frontière de l’Est, Paris Bayonne, Paris Bretagne, Paris Marseille...
  • Une taxe carbone sur les longues distances doit être mise en place pour inciter les camions à passer par le ferroutage qui continuent à prendre la route sur ces parcours doivent être pénalisés.

3) La place de la voiture individuelle

La réduction de l’usage de la voiture devrait être pour demain, sa disparition sera à une échéance beaucoup plus lointaine.

  • si on excepte les centres villes, il restera des besoins importants que les transports en commun, qu’on ne peut multiplier à l’infini, couvriront encore peu ou mal aussi bien dans nos campagnes qu’en grande banlieue.
  • la voiture électrique a le double avantage de réduire la dépense énergétique d’une manière considérable pour le même trafic[3] (dans un mix électrique décarboné) comme les émissions de CO2 (80% en France sur le cycle de vie[4]) . La bascule sur l’électrification est donc inéluctable mais seulement sur le moyen terme (20 ou 25 ans).
  • Elle n’est pas une panacée: recours aux terres rares, avec des graves problèmes de pollution (en Chine), de pérennité des ressources en matériaux et surtout de dépendance géopolitique (vis à vis de la Chine)
  • Il faut donc avancer sur plusieurs solutions pour limiter une dépendance qui pourrait être encore plus forte que celle d’aujourd’hui sur le pétrole. Pour cela il faut minimiser l’utilisation des ressources et les coûts.
    • Avancer sur la prospection et l’exploitation des terres rares et des matériaux clés (cobalt surtout) dont ne peut laisser le monopole aux Chinois
    • Développer d’abord la petite voiture électrique légère pour un usage uniquement urbain (50/60Kms d’autonomie, 50Kmh).
    • Privilégier l’hybride rechargeable sur le tout électrique : le besoin en batteries est de 20 % d’une électrique pure(donc coût et consommation de ressources en conséquence). Avec une autonomie de 60 à 80 km, on couvre les déplacements quotidiens en électrique (en moyenne 70% des déplacements, ce qui réduit d’autant la consommation d’essence.)
    • Développer les formules partagées au niveau du Bourg, du quartier en s’inspirant du modèle Autolib pour maximiser l’usage d’un véhicule et l’utilisation des ressources.

 4)Un effort de grande ampleur et sur la durée en terme d’investissements et de mutation industrielle

  • Cela demande de gros investissements, des efforts de recherche, la mise en place de nouvelles chaînes industrielles, notamment si on ne veut pas tout acheter aux Chinois
  • Tout cela demande beaucoup d’argent public, à prendre là où il est, pas sur le type qui se fait ses 100 kms par jour mais chez les premiers de cordée.
  • Tout cela demande du temps : on ne met pas en place une nouvelle ligne ou gare en 6 mois, ni une nouvelle usine mais plutôt en 5 à10 ans. Les injonctions catastrophistes pour régler la question « immédiatement » sonnent dans le vide

 La solution n’est en rien dans la culpabilisation individuelle mais dans la relance sur la durée de politiques publiques, dans la place des services publics, avec des moyens financiers importants.

[1] Tina « There is no alternative » Thatcher

[2] Autre chose est la réorganisation globale de la production pour mieux répondre aux besoins sociaux prioritaires de chacun, mais c’est tout le contraire du rationnement que l’on nous veut nous vendre.Ne pas oublier qu’une véritable transition implique de disposer de moyens importants, financiers et industriels 

[3] Le moteur à explosion a un rendement de 20 %, le moteur électrique de 80%

[4] C’est valable seulement si la France maintient un mix électrique décarboné. voir à ce sujet

https://blogs.mediapart.fr/jjduch/blog/171018/climat-quelques-elements-de-references

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