L’auteur d’un billet consacré sur ces trois questions de l’art et de la culture en politique a cru bon de fermer son article à tout commentaire. Dommage, j’aurais aimé, de la part d’un directeur de revue, davantage de précisions sur l’épineuse question de l’éducation populaire dans une perspective de politique culturelle et artistique, si toutefois, ce concept a encore un sens dans nos pays.
Le prenant de haut au nom du refus de la division, et d’une bien modeste différence d’appréciation sur le respect qu’on se porte dans la contradiction, l’auteur du billet a ainsi, donc, refusé toute discussion alors qu’il en appelle pourtant lui-même fréquemment à un grand débat national sur la question. Je renvoie donc non seulement à son texte, mais à d’autres aussi sur ce sujet. Et je tiens à préciser que ni ceux-ci ni ceux qui s’y ajouteront ne sont des “attaques”, ainsi qu’il le déclare. Il est important de s’informer mutuellement sur un sujet aussi sensible. La collectivité entière le mérite. Même divergeant entre eux sur les constats et sur les réponses à donner, leur apport est vital. C’est œuvre utile et nécessaire de porter ces réflexions au débat public, sans anathème ni stigmatisation, avec la ferme volonté de construire une société qui (re)pense, sans faire semblant, au sens, à la nature et à la fonction des partages qu'on entend revendiquer de plus en plus fort et si haut, mais si confusément, qu’on a également besoin de savoir de quoi l’on parle exactement dans l’intérêt du plus grand nombre.
Franck Lepage est de ceux-là, et d’autres comme lui, qui, un temps, sans doute trop long, ont pu se laisser abuser par les discours d’une élite artistique prétenduement éclairée et guide d'une population qu’il faudrait éduquer pour aller au théâtre et accéder aux arts, – aux Beaux–. Ce mythe ne tient plus, et les ministres qui se sont succédés ont été les ministres des artistes plus que du partage des cultures (terme préconisé par l’UNESCO, et terme qui n’est pas exempt, hélas, de simplifications, de raccourcis et de stéréotypes qui peuvent anesthésier la réflexion, la nuance d’idées, la construction d’un projet réel de vie avec d’autres, des étrangers, des inconnus, des nouveaux venus.
Reza, grand reporter-photographe international, a réussi à mettre des appareils de communication (photo, radio, vidéo...) entre les mains de personnes traumatisées dans le monde : en Iran, en Afghanistan, au Sri-Lanka, dans les quartiers défavorisés de Sicile, et ces personnes ont alors été capables de mettre en scène leurs existences, de dire ce qu'elles aimaient dans la vie, ce qu’elles attendaient des pouvoirs... L'art et la culture, ce ne sont pas que de simples mots, dans ces cas-là, ce ne sont pas des échanges ou des partages blablatés, mais vécus dans le for intérieur de collectivités entières (projection de films en rase campagne !... émissions radios de femmes informant sur leurs travaux, leurs projets, leurs préparatifs... activités, animations et créations collectives sur les situations vécues...). C'est une participation active à la démocratie... Et l’on ne parvient pas, ici, en France, à s’entendre autour d'une politique qui mettrait les gens en présence, en face de leurs conditions de vie ?!...
Aux partis qui réfléchissent au fait que les arts et les cultures aient des places reconnues dans la cité, je réclamerai la mise en œuvre de structures pour l’expression critique de nos existences, afin de les mesurer avec d’autres. De confronter nos existences à celles des autres. Là où nous nous trouvons, en les recevant, en allant les trouver, en s’accueillant respectivement, en traitant nos divergences, en parlant sans se fâcher de choses qui fâchent. Et, parler, pourquoi pas ? par exemple...
... de la souveraineté de la Palestine avec des Israëliens ?
... de la reconnaissance des persécutions contre les Arméniens avec des Turcs ?
... du référendum d'autodétermination sahraouie avec des Marocains ?
... de l’accès aux ressources naturelles avec des Indis, des Pakistanais, des Tamuls, des Bengalis, des Sri-Lankais ?
... d’autres utilisations de l’eau et des ressources énergétiques avec des Français et des Européens ?...
Et même !... je pense très sérieusement à réunir pour publication l'ensemble des textes d'artistes, d'intellectuels et de politiques qui voudront bien me donner leurs points de vue en matière d'art et de culture : la période électorale le demande.
Jean-Jacques M’µ