Le pêcheur autochtone et le touriste

Une légende fortement ancrée dans nos mentalités prétend que même lorsque le pêcheur du bout du monde peut toujours faire une grande quantité de prises qui le rend capable effectivement de nourrir sa famille et satisfaire ses besoins immédiats, il ne pourrait tout de même pas se payer les services de ceux qui vivent dans l'économie capitaliste : des voyages en avion, des autos, des ordinateurs...

Pêcheur au Cormoran en Chine © Inconnu Pêcheur au Cormoran en Chine © Inconnu

En réalité il s'agit d'un rapport de forces.

Jusqu'à présent, quand l'habitant de l'économie libérale a faim, il paie toujours pour se nourrir. Et celui qui travaille continue de le servir et le nourrir.

Avec la mondialisation du marché, le rapport de forces est devenu intenable par la suprématie du monde occidental ; inutile d'énumérer la liste des occasions historiques manquées, partout et de tout temps, il aurait fallu que les travailleurs, chez eux et à l'étranger, pussent imposer leurs conditions, et soumettre leurs produits et leurs services à ceux qui se trouvaient en position de besoin. Ça ne s'est pas fait : si fictive et virtuelle que soit la monnaie, elle domine les rapports entre l'offre et la demande. 

Et l'on sait bien, aussi, qu'aujourd'hui ce qui se déroule sous nos yeux, c'est même l'exact contraire du rapport idéal pour ceux qui produisent. En fRance, le repli sur soi nationaliste qui prétend résoudre les questions sociales par le refus de l'immigration va en réalité, par la fermeture des frontières, fabriquer davantage de personnes en situation irrégulière qui se trouveront contraintes d'accepter de travailler des journées entières pour quelques euros non déclarés, poussés par la nécessité de survivre.

C'est la configuration du travail qui s'impose de plus en plus, fabriquant une nouvelle forme d'esclavage.

La violence des rapports sociaux et de classe

Les rapports sociaux sont de domination, nous en sommes tous convaincus, et la dette est le support-levier de cette domination. Des spécialistes pourraient certainement traiter des communautés « préhistoriques » non étatiques*, par opposition à celles que dominent les classes, à travers des États qui ne sont que le fer de lance des créanciers-donateurs. La réflexion manque, à gauche surtout, pour traiter le plus concrètement possible les rapports sociaux non seulement antérieurs à l'époque capitaliste, mais sous-jacents à l’économie qui en résulte pour chacun, obligé de considérer en toutes occasions le maximum de gains et le minimum de pertes... sans aucune égalité entre les individus, sans aucune équité, sans aucune solidarité, sans aucune protection...

Comme au début du XXe s., il y a actuellement dans nos villes de plus en plus d'endroits où le camion passe prendre des « volontaires » (sic !)  à la journée pour un travail ingrat à peine rétribué, sans aucune déclaration de salaire. 

Guerre des dominateurs créanciers contre l'humanité débiteuse 

C'est à cette élimination de la dette par l'élimination des endettés que tend ce qu'on appelle « la droitisation » de nos sociétés.

Le néo fachisme contemporain n'est qu'une violence arbitraire de plus qui tend à réduire légalement par à-coups les pouvoirs et les possibilités, les droits et le droit de vivre lui-même, de chaque strate des populations qui composent ces sociétés où nous vivons. Nous sommes à terme tous menacés, moralement, mentalement, et physiquement.

La querelle autour du vote ou pas, et des suites qu'auront les élections est une fausse querelle, car les outils politiques sont systématiquement déplacés vers un régime policier omnipotent qui est déterminé à maintenir en place la domination des puissants, les grands patrons d'affaires et les grands propriétaires fonciers, les uns et les autres constitués par la confiscation des ressources et l'accaparement des terres, l'exploitation des mains d'œuvres.

Combien de temps les couches moyennes vont-elles prendre pour s'aviser de ces mécanismes qui révèlent à quel point elles sont, quoi qu'elles fassent, les complices de cette guerre des riches contre les pauvres ?... Le renversement, s'il était jamais possible, ne pourrait advenir que du refus absolu de collaborer avec des pareilles forces mortelles pour l'humanité, l'environnement et la planète. Nous ne sommes pas si sûrs que les seuls capables d'inverser cette tendance lourde aient d'autres préoccupations que de se faire offrir à manger au meilleur coût.

Jean-Jacques M’µ

 

* Lire sur ces questions : Jean Monod, Du pillage au don, en collaboration avec Diane Baratier, éditions de l'Harmattan, 2014, et la collection Éclipses, qu'il vient d'ouvrir chez ABC’éditions avec Ouranos ou les trois fonctions de la religion dans l'État, ABC’éditions, 2015.

Complément logique : ne plus produire ou consommer ce qui tue, c'est l'arme absolue, même l'armée ne peut rien contre le boycott. 

i-boycott.org - Le boycott - Extrait "La belle Verte" | Facebook © i-boycott.org

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