L'Afrique centrale des tyrans, nouveaux et grands "panafricanistes"

Le plus grand panafricaniste de tous les temps serait Paul Biya 83 ans, 34 ans de règne. Déjà candidat vainqueur incontestable et incontesté de sa parodie d’élection présidentielle annoncée avant 2018. Ce n’est pas chez notre doyen des autocrates panafricanistes d’Afrique centrale que vous verrez un opposant –de surcroît ancien ponte de son régime– contester haut et fort sa réélection frauduleuse.

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Réflexion sur les nouveaux "panafricanistes" d'Afrique Media au Cameroun.

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Par Rebecca Tickle

La nouvelle version du panafricanisme contemporain est sortie au Cameroun en 2015, portée sur les ondes d'Afrique Media, par l'intermédiaire particulier d'André Banda Kani, "jeune loup aux dents longues de la politique camerounaise selon certains médias locaux.

Qualifié d' "évangéliste politique" par certains, après avoir été destitué du Manidem en 2010, notamment pour "activités de sabotage et indiscipline caractérisée", Banda Kani s'était déclaré en 2011 favorable à la candidature du Choix du Peuple Paul Biya, représentant omnipotent du RDPC, parti au pouvoir depuis 1982.

Le discours de Banda Kani sur Afrique Media depuis plus d'une année est en vérité une subtile préparation/formatage de l'esprit des Camerounais pour la formation d'un bouclier humain autour de Paul Biya contre la France.

Un Paul Biya qui semble pourtant s'illustrer comme le premier obstructeur de la paix socio-économique au sein du peuple camerounais depuis 34 ans, à travers son désintérêt notoire pour le développement humain du Cameroun et une répression sans merci de tout mouvement de désaccord populaire contre son régime.

Dans les déclarations de Banda Kani, qui se définit entre-temps comme un partenaire du parti-État RDPC dans le paysage médiatique national, on constate l'induction d'idées pratiquement subliminales dans des formulations à peine terminées. Dans sa conception, un sous-préfet déchu par la France ne fait plus partie de la Françafrique. Il se transforme de facto en panafricaniste et doit par conséquent être adulé par "son peuple" dorénavant.

Pourtant nous restons bel et bien en plein coeur du système diabolique de la Françafrique, avec des complices (ou pseudo ex-complices) de la France, qui continuent tranquillement à évoluer dans l'opulence des crimes économiques astronomiques caractérisant le pillage méthodique du patrimoine national camerounais.

Ces discours faussement "anti-France" ne sont donc que formatage pur et simple en faveur de la survivance éternelle de Biya sous la forme d'un martyr, et implicitement à travers celui de son clan qui lui succédera.

Banda Kani étant le paneliste le plus bavard sur Afrique Media, on peut en déduire que cette chaîne contribue à la manipulation mentale des cerveaux des téléspectateurs camerounais, à l'acceptation future, dans des conditions aussi peu houleuses que possible, du cap de la non-alternance après la fin physique de Paul Biya.

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A ceux qui ont envie de m'en vouloir pour cette réflexion, il ne s'agit que d'observation, de faits retrouvés dans la presse camerounaise, de parfums divers chatouillant mon odorat, que j'ai assemblé bout à bout. Rien d'autre que cela. Le fruit exclusif de mes pensées en somme, qui n'engage que moi, dans l'esprit indépendant et sans fioritures qui me caractérise, et que je me permet d'exprimer ici au nom du droit universel d'expression. En conséquence, toute forme de désaccord appartient à celui qui l'exprime.

Rebecca Tickle

© hanssy hans

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LES DICTATEURS DITS PANAFRICANISTES PRÉSIDENTS À VIE DES PAYS D’AFRIQUE CENTRALE, LE "COEUR DES TÉNÈBRES" DE LA DÉMOCRATIE EN AFRIQUE

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De gauche à droite Ali Bongo (Gabon), Idriss Déby (Tchad), Theodoro Obiang Nguema (Guinée équatoriale), Dénis Sassou Nguesso (Congo Brazzaville) et Paul Biya (Cameroun)

L'Afrique centrale des Présidents illégitimes. N'inversons pas la ou les responsabilités.

La vulnérabilité à l'ingérence étrangère de nos États émane d'abord de la brèche ou de la faille creusée par l'illégitimité des dictatures en place.

...Macky Sall du Sénégal ou Muhammadu Buhari du Nigéria et tant d'autres chefs d'États régulièrement élus sur le continent africain n'éprouvent pas le besoin de s'abriter derrière l'argument fallacieux de l'ingérence occidentale et/ou française pour défendre les intérêts de leurs États. Car quand on n'est régulièrement élu comme Ali Bongo, Dénis Sassou Nguesso, Idriss Déby, ou Paul Biya...et que l'on se sait illégitime, l'on a besoin en permanence d'agiter des thèses identitaires et réactionnaires pour se construire un semblant de respectabilité interne et continentale. Mais tout cela ne tient plus dans un monde où l'information circule, où les fraudes commises dans le haut Ougoué au Gabon sont instantanément analysées et diffusées à l'autre bout de la planète.

Les chefs de l'État de la sous-région afrique centrale - "cœur des ténèbres de la démocratie" en Afrique traînent ainsi désormais leur illégitimité comme un boulet à la face du monde, et resteront inévitablement plus vulnérables devant toutes les formes d' ingérences.

N'inversons pas la charge de la responsabilité. Elle est d'abord la leur, puis celle de leurs principaux et indéfectibles soutiens.

Joël Didier Engo, Président du CL2P

http://www.cl2p.org

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