Anglicismes dans la langue française - Série "comment se forger une opinion sur un sujet controversé ?

 

Le point d'arrivée :

instaurer une série de billets sur "comment se forger une opinion sur un sujet controversé ?

 

 

Jeudi 12 décembre 2013 :

Deux ennemis à la langue française : la paresse d'inventer de nouveaux mots pour définir un concept venu de l'extérieur d'une part, et d'autre part, la volonté politique d'uniformiser le monde au service de l'efficacité économique parce que c'est plus simple. Et peut-être, en plus ou en complément des deux précédents : le désir de soumettre ou de se soumettre à l'impérialisme économique, au dominant, à la mode, ou par snobisme, ou adopter le langage pour ne pas se faire remarquer...

Pour certains, l’anglais est la langue du libéralisme, c’est le libéralisme qui se développe le plus activement, donc c’est l’anglais qui se répand. Ce n’est pas l’anglais dont il faut contenir l’expension mais le libéralisme. L'emploi des anglicismes ne serait-il donc pas un indicateur (un marqueur) idéologique ?

Il y a aussi un rapport avec l'innovation. Créer nécessite de commencer ou ne pas oublier les mots, le vocabulaire, pour marquer son territoire.

Ce sujet est donc à rapprocher de l'OMC, ainsi que du Globish, en complément ou en opposition à l'espéranto.

La langue est aussi un enjeu dans les relations internationales, qu'elles soient bilatérales ou multilatérales. Faut-il une langue pivot pour minimiser le nombre de traduction ou non ? Traduction simultanée, interprêtariat sont des fonctions d’avenir ou pas.

Des militants du multiculturalisme, de la diversité linguistique, s'appuient ou non, sur l'espéranto. D'autres comme notamment les traducteurs ont conscience du danger à long terme pour la diversité culturelle, à laisser perdurer l'hégémonie de l'anglais, de laquelle découle l'emploi des anglicismes en français.

Il y a une controverse sur l'avenir de la langue française : un milliard de francophones grâce à l'Afrique pour les uns et la mort pour les autres !

 

L'emploi d'anglicismes dépend de son rapport à la culture française dont la langue est le porte-étendard.

Léo Ferré met son talent à la récupération des anglicismes de l'époque avec ironie pour s'en moquer ou prouver qu'il sait les dompter ? dans La langue française.

 

En conclusion provisoire, la dynamique interne et externe de la langue française est difficilement appréhendée par les uns et les autres qui projettent plutôt leurs désirs d'évolution. En choisissant « ses » mots, on commet un acte foncièrement politique et non neutre. Comment le faire prendre conscience au plus grand nombre ?

 

 


== SUJETS CONNEXES ==

L'emploi des faux-amis anglais en français.

Langues et pouvoirs : approfondir à partir des références.

Dans l'enseignement supérieur - universités et grandes écoles - s'opposent les pro et les anti "enseignement en anglais sensé faciliter l'intégration des élèves à l'étranger ou bien mettre en orbite leur carrière internationale, car il n'y a pas d'avenir en dehors.

A l'école primaire, l'enseignement de l'anglais fait aussi l'objet d'une controverse à la suite des retours d'expérience de pédagogues (ou neurologues ?) qui constatent qu'enseigner une seconde langue sans avoir les bases d'apprentissage suffisantes dans la première serait perturbant.

Je n'ai pas eu le temps de chercher des références, merci de m'aider :-)

 

 

Questions à postériori :

- ai-je bien compris ?

- y a-t-il d'autres points de vue que je n'aurais pas pris en compte ?

- si oui, pourquoi la presse, les institutions, les politiques ne s'en font-ils pas plus l'écho ?

 

 

Le point de départ :

http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2013/12/12/langue-francaise-leternel-come-back-des-pleureuses/

Article qui ridiculise la critique de l'apport de nouveaux mots par des anglicismes en en utilisant un dans le titre !

 Avec certains commentaires à approfondir :

arcadius | le 12 décembre 2013 à 15 h 33 min | | http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2013/12/12/langue-francaise-leternel-come-back-des-pleureuses/#comment-194693

La langue, instrument de communication, véhicule aussi une culture, un mode de vie, un système économique et politique, et force est de reconnaître aujourd’hui l’anglais est devenu la langue de la financiarisation du monde. Quand on parle économie ou finances, c’est soit en anglais, soit en utilisant une multitude de termes anglo-américains souvent incompréhensibles pour la plupart d’entre nous. Le langage des milieux financiers est, si l’on peut dire, un véritable charabia.

Car le langage que l’on prétend nous imposer « pour notre bien » évidemment, n’a pas grand-chose à voir avec celle de Shakespeare ; il s’agit du « globish », un sabir appauvri d’un millier de mots environ. Sabir capable, c’est vrai, de faciliter la communication de base (celle des aéroports, des hôtels, des offices de tourisme, des banques). Mais peut-il véhiculer un véritable savoir ? Surtout dans les matières scientifiques, ou de droit ? Peut-être, mais en mettant le plancher très bas. Quels sont les étudiants francophones aptes à intégrer toutes les finesses d’une langue étrangère ? Peu, très peu, voire aucun. Donc le langage de ces cours est obligatoirement pauvre, sans la richesse des nuances que permettent les synonymes, les tournures de phrases dans leur langue maternelle. Or l’université ne doit pas dispenser un savoir au rabais, ce qui sera fatalement le cas ; laissons cela aux « écoles de commerce », pétouillés de margoulins. Les Anglais lettrés sont d’ailleurs bien conscients de l’appauvrissement dramatique de leur langue, salopé par les Zétazuniens.

- Itkatom | le 12 décembre 2013 à 14 h 53 min http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2013/12/12/langue-francaise-leternel-come-back-des-pleureuses/#comment-194680

Le choix de la langue utilisée pour s’exprimer, en dehors peut-être des termes relatifs à une technique bien précise, a une très forte implication politique.
En choisissant telle langue plutôt qu’une autre pour transmettre une idée, une opinion, une proposition, on fait un choix de référence culturelle, de référence à une civilisation et un mode de vie, à un système politique.
Par le biais culturel, audiovisuel, la langue anglaise est devenue __hégémonique__ et amène dans son sillage la __domination de la pensée anglo-saxonne__ dans tous les domaines. Il n’y a plus de pensée alternative, plus de théories iconoclastes ou __innovantes__, tout est uniformisé et passé au rabot de l’idéologie imposée. Il n’y a pas plus de __mondialisation__ que de beurre en branches, c’est un foutage de gueule, il y a une __anglicisation__, point.
Utiliser l’anglais, c’est à l’évidence faire la promotion du __libéralisme sauvage anglo-saxon__. D’ailleurs, ne nous répète-t-on pas à longueur de journal télévisé que nous sommes en retard sur les anglo-saxons, ne nous culpabilise-t-on pas en permanence parce que nous ne parlons pas assez anglais, que nos écoles n’enseignent pas assez les « langues étrangères »?
La pensée est structurée comme un langage, paraît-il, le langage utilisé influe dons sur votre raisonnement.
Quel dommage si bientôt la terre entière ne parle plus qu’une seule langue, ne voit plus que les mêmes films, ne lit plus que les mêmes livres, ne croit plus qu’aux mêmes valeurs? Qu’aurons-nous à échanger alors entre nous? Rien.
 » l’uniformité engendre la satiété qui génère le dégoût » Marcus Tullius Cicéron

- Roger | le 12 décembre 2013 à 15 h 27 min http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2013/12/12/langue-francaise-leternel-come-back-des-pleureuses/#comment-194691

A Martine : je suis en effet un nouveau lecteur et je confesse ne pas avoir lu l’article que vous citez. Mais l’erreur est réparée et je vois qu’il y est également question de __paresse__. (sourire)
Vivant au Québec, je sais combien une langue peut être perméable a une influence étrangère mais aussi comment on peut être __imaginatif__ pour préserver une certaine __identité__. (« magasiner » plutôt que « faire du shopping » n’est-ce pas charmant?!)
Mais c’est vrai que nous, Français, avons une tendance, notamment ces derniers temps, a pleurer beaucoup et a agir peu.

- harald | le 12 décembre 2013 à 12 h 43 min | http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2013/12/12/langue-francaise-leternel-come-back-des-pleureuses/#comment-194648

Plus que les anglicismes purs et durs, le plus gênant pour moi est l’utilisation de mots français dans le sens de leur __faux-amis anglais__. Il est ainsi courant d’entendre opportunité, supporter (le verbe) ou alternative dans le sens de opportunity, support ou alternative, ce qui rompt la cohérence de la langue.

- heterosapiens | le 12 décembre 2013 à 13 h 36 min| http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2013/12/12/langue-francaise-leternel-come-back-des-pleureuses/#comment-194657

Les projections démographiques laissent entendre qu’à la deuxième moitié de ce siècle, il y aura 1 milliard de __francophones__ en particulier grâce à la démographie africaine. Pas si mal pour une langue agonisante.
Mais il faut aussi que le français s’adapte. A cet égard quelle plus belle réussite que « l’informatique », « le logiciel », « le progiciel », « l’octet », termes bien français qui l’ont emporté dans un domaine de pointe sur les termes anglais car plus appropriés.
Et si on essayait d’abord de moins râler et de plus s’activer. Donc d’arrêter de pleurer.

 

- endymion | le 12 décembre 2013 à 13 h 42 min | http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2013/12/12/langue-francaise-leternel-come-back-des-pleureuses/#comment-194658

je trouve vraiment décevant et stérile de présenter la question de l’évolution linguistique sous l’angle d’une opposition caricaturale (et évidemment fausse) entre « anciens » et « modernes » ou entre « réac » et « progressistes ».

De la même manière que la féminisation est un CHOIX, qui exprime la dynamique vivante de la langue (et le maintien de « pleureuse » est, de ce point de vue, une démarche conservatrice), les emprunts à d’autres langues sont des CHOIX, qui expriment la __dynamique interne et externe de la langue__.

Faire comme s’ils ne relevaient que d’une dynamique externe (une invasion) est aussi crétin de la part de ceux qui s’y opposent… que de la part de ceux qui l’approuvent.

__Imposer « ses » mots, c’est le premier acte politique d’une classe sociale__, quelle qu’elle soit (enfin, pour qu’elle parvienne à imposer ses mots, il faut qu’elle soit en position de le faire, donc pas en position subordonnée…).

Lorsque plusieurs mots peuvent exprimer la même idée, le choix de l’un ou de l’autre est foncièrement signifiant de la part du locuteur. Il est d’ailleurs extrêmement intéressant (et instructif) de « suivre » les dynamiques de remplacement de l’un par l’autre dans l’usage, au fil des siècles (ou des décennies).

__Lorsqu’un mot anglais et un mot français peuvent exprimer la même idée, le choix du mot anglais est foncièrement signifiant de la part du locuteur. En faisant ce choix, il s’inscrit dans une dynamique socio-politique (qu’il approuve activement ou qu’il entretient passivement).__

Dire : « je préfère parler de surmenage plutôt que de burn-out », ce n’est pas un conservatisme, c’est un choix politique. Mais dire « burn-out », ce n’est pas du progressisme, c’est AUSSI un choix politique. Sauf que c’est un choix non-assumé.

Le choix d’imposer le jargon des grands groupes américains et d’une « élite » journalistique ultra-connectée est respectable. Vous pouvez le défendre. Mais la moindre des choses serait de cesser de mépriser ceux qui ne font pas le même, et de cesser de leur dénier le droit à le défendre au nom d’un faux « argument d’autorité » basé sur une prétendue fatalité immanente de l’évolution des langues.

Le français de demain sera la résultante des différents choix, des différentes dynamiques qui le traversent. Présenter l’une de ces dynamiques comme « inéluctable et naturelle » et l’autre comme « réactionnaire », c’est indigne (en dehors du fait que c’est une totale imposture). C’est la négation de la vitalité d’une société — et c’est la négation du rôle politique du langage.

Je suis particulièrement surpris qu’une telle démarche soit portée par olihoud, qui me paraissait peu enclin à une telle négation de la politique et des logiques qu’il aurait sûrement, dans d’autres contextes et à d’autres époques, qualifiées d’impérialistes.

Martine | le 12 décembre 2013 à 14 h 51 minhttp://correcteurs.blog.lemonde.fr/2013/12/12/langue-francaise-leternel-come-back-des-pleureuses/#comment-194679

Le sujet déchaîne les passions!
Je m’étonne que deux correcteurs d’un journal naguère réputé pour sa haute tenue cèdent aussi facilement à la __mode et au snobisme__ consistant à remplacer des mots français courants par des mots anglais(voire des néologismes anglais) qui n’apportent strictement rien de plus.Certes les langues sont vivantes et non figées;elles se sont ,de tout temps, enrichies de mots étrangers.Dans la mesure où ces mots servent à désigner de nouveaux objets ,de nouveaux concepts ,et tout ce qui apparaît avec le progrès de la science ,de la technologie et des connaissances, ces emprunts sont justifiés. Je ne m’y connais pas, mais il me semble probable que l’informatique nécessite l’emploi de nouveaux mots anglais ,plus synthétiques et « pratiques » que les équivalents français qu’on pourrait créer.Mais ,dans les autres domaines, on assiste à une invasion correspondant à la __domination de la culture anglo-saxonne__, notamment dans certains milieux socio-économiques, et dans la publicité et les medias, comme l’ont bien montré des exemples cités dans les commentaires précédents.
Les mots français équivalents aux anglicismes à la mode seront amenés à disparaître(archaïsmes) et non pas à cohabiter avec les mots anglais. A moins que par un surprenant (mais néanmoins possible) __retournement de tendance__(les modes ,comme le vent, changent vite de sens!), les mots anglais ne perdent la faveur du public français (déjà ce n’est qu’une partie de ce public ,la plus en vue, et dans certains milieux précis, qui a adopté ce langage)
Nos jeunes savent de moins en moins s’exprimer en français. En encourageant cette mode du franglais ,on ne les aide pas! ensuite ,on se demande comment améliorer le niveau scolaire des petits Français!
Je suis globalement d’accord avec les commentaires de Jacques C. ,surtout le second.Et de « Toto ».

- Victor Ayoli | le 12 décembre 2013 à 15 h 58 min | http://correcteurs.blog.lemonde.fr/2013/12/12/langue-francaise-leternel-come-back-des-pleureuses/#comment-194697

Chers correcteurs, connaissant vos positions habituelles je ne m’étonne pas de ce billet. Mais vous émettez l’idée que la France «n’est plus qu’une puissance de seconde zone». C’est une idée assez répandue, mais justement c’est là que les raisonnements se démantibulent. Il n’y a plus tellement de zones régies par une nation mais des zones où s’étalent, où progressent, d’autres forces, le libéralisme, le développement à tout prix, la réémergence des cultures brimées par l’impérialisme, etc. Cela à déjà été relevé par d’autres commentaires, l’anglais est la langue du libéralisme, c’est le libéralisme qui se développe le plus activement, donc c’est l’anglais qui se répand. __Ce n’est pas l’anglais dont il faut contenir l’expension mais le libéralisme__. Et la zone euro devrait être une bonne arène pour ce combat ; __l’interprétariat (?), la traduction simultanée est une fonction d’avenir__.

 

 

  * Franglais

http://www.slate.fr/story/69533/francais-anglais-angliscismes-franglais

 

 

 * Pour creuser sur anglicismes :

- http://fr.wikipedia.org/wiki/Anglicisme

- ici : http://www.mediapart.fr/search/apachesolr_search/anglicisme

- sur seeks : http://www.seeks.fr/search?q=anglicisme

 

 

 * Traduction multilingue, langue pivot - espéranto, Langues et pouvoirs - espéranto

http://www.mediapart.fr/comment/reply/262006/3049690 : mon commentaire sur  Globish !

http://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-c/291112/le-tout-anglais-une-doctrine-obsolete-pour-la-science-de-decembre
http://onagrino.ouvaton.org/
http://blogs.mediapart.fr/mot-cle/multilinguisme
http://blogs.mediapart.fr/blog/dominique-c/090613/bernard-cassen-daniel-mermet-et-un-certain-tina

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