La testostérone, un traitement pour l'endométriose et un antidouleur ?

Le patriarcat se fonde sur l'idée et la (re)production de la différence des corps et des sexes en deux catégories. Sur une nature à être femme ou homme. Or tous les êtres humains produisent de la testostérone et des œstrogènes à des taux différents et la testostérone est une piste de traitement sérieuse pour lutter contre la douleur et l'endométriose. Et ça, le patriarcat n'en veut pas...

Tous les êtres humains produisent de la testostérone  et des œstrogènes à des taux différents. La graisse transforme la testostérone en œstrogènes[1]. La testostérone est une alliée de la libido, de la production de muscle, un anxiolytique et antidépresseur naturel. Est-ce un hasard si les femmes en produisent beaucoup moins dans une société patriarcale qui lutte contre le bien-être et la puissance des femmes?

Depuis des millions d’années les corps des « hommes » et des « femmes » ont été façonnés, binarisés et associés à un genre par des normes de comportement différenciées (toujours à l’avantage de l’homme cis bien sûr) pour justifier, asseoir et performer la domination des hommes cis sur les femmes.

On pourrait penser que nous sommes parti.e.s de corps divers et variés inclassables selon ces deux catégories, avec alors la possibilité d’une société humaine fondée sur la coopération et la solidarité plutôt que sur une hiérarchie genrée.

Le putsch, et la domination d’un groupe d’humain se serait alors petit à petit installée idéologiquement en même temps qu’ils créaient la différence des corporalités sur laquelle cette domination se fondait : assignation des autres humaines à la maison, accès empêché à l’activité physique et à la nourriture protéinée[2] pour les « elles », stressage quotidien (la testostérone chute en contexte de stress) dans le bain patriarcal et massacre/mutilations/ précarisation des corps non binaires, des personnes intersexes. En bref, une politique eugéniste. Pendant des millions d’années, le patriarcat a façonné la morphologie[3] des dits « hommes » et des dites « femmes » et donc également leur balance hormonale en faisant baisser le taux de testostérone de ces dernières. On comprend mieux pourquoi la production de testostérone augmente chez les athlètes femmes, et pourquoi on fait la chasse à celles qui en produisent trop comme la Sud-Africaine Caster Semenya[4], double championne olympique et triple championne du monde du 800 mètres.

J’estime  aujourd’hui qu’il existe des corps de dominants et des corps de dominées bien plus que des corps d’ “hommes” et de “femmes”.

Evidemment, on rechigne donc à produire des traitements pour les femmes à base de testostérone, alors qu’ils auraient leur intérêt pour stimuler la libido, combattre l’endométriose, l’anxiété, la dépression, en parti conséquences de cette carence organisée. On l’interdit pour des raisons idéologiques d’association de la testostérone à la masculinité, qui reposent en réalité sur la nécessité pour la classe dominante de maintenir son joug en produisant et reproduisant des corps différenciés, en maintenant cette idée comme une nature.

Prenons l’exemple de l’endométriose[5]. Maladie que l’on n’arrive pas à expliquer et pour laquelle il serait intéressant d’envisager qu’elle soit un effet secondaire du patriarcat donc de la binarisation des corps et de la chute de testostérone chez les “femmes”.

Je prends depuis un an et demi de la testostérone et, dès la première prise, les douleurs intenses de règles se sont arrêtées. Je n’ai plus eu besoin de prendre de cachets. Les saignements se sont raccourcis et fluidifiés. Beaucoup de personnes assignées femmes à la naissance qui transitionnent en prenant de la testostérone ont également fait la même expérience d’arrêt des douleurs liées à l’endométriose. Il y a 6 mois, Fanny Godebarge, présidente de Cyclique et fondatrice du festival sur la santé gynécologique Sang Rancune, ainsi que Célia, deux femmes cis[6]  atteintes d’endométriose ont également commencé l’expérience en prenant des petites doses de testostérone. ¼  ou 1/3 d’ampoule d’Androtardyl par mois. Les douleurs de Fanny ont immédiatement cessées et elle a également pu arrêter les antidépresseurs. Célia souffrait principalement d'un syndrome prémenstruel (SPM) ou dysphorie menstruelle qui la plongeait dans un état dépressif et suicidaire avant ses règles : il a également cessé. Cf Reportage Vice.

Par ailleurs, dans une étude[7] qui teste la douleur à différents moments du cycle menstruel sur 40 femmes il est relevé qu’un taux plus élevé endogène (naturel) de testostérone était associé à une douleur ressentie moins forte.

Les traitements inaboutis à base d’androgènes qui ressemblent à la testostérone expérimentés surtout dans les années 70 et 80, comme le Danazol, ont vite été délaissés par les gynécologues alors qu’ils permettaient de guérir les lésions. Délaissés pour les raisons patriarcales citées plus haut (on n’aime pas donner de la testostérone aux femmes) mais également car les doses prescrites produisaient des effets secondaires (plus de pilosité notamment) qui ne plaisaient pas aux femmes car nous avons intériorisé les normes patriarcales du corps et la nécessité matérielle de plaire aux hommes cis cf échanges économico-sexuels au sein du couple hétérosexuel #ilnefaitpasbondetreunefemmeseulealaretraite. D’une part, on peut pallier à ces effets secondaires en prenant une plus petite dose comme le font Fanny et Célia qui n’ont pas de pilosité extra supp. D’autre part, il me semble qu'il existe mille techniques d’épilation. Enfin, on peut apprendre à désirer et kiffer ces effets secondaires.

Il y a d’autres effets secondaires concernant la testostérone qui sont plus appétissants : augmentation de la libido, baisse de l’anxiété/dépression, arrêt des douleurs liées à l'endométriose… Un traitement à base de testostérone (substance Androtaryl que nous prenons) devrait bénéficier de recherches et pouvoir être prescrit à toute personne (faisons pression : parlez-en, demandez-en à votre médecin/gynécologue), auto-organisons nous également pour synthétiser nos hormones car la confiance ne règne pas étant donné l’alliance du patriarcat, de l’industrie pharmaceutique et du corps médical. Il existe aussi en gélules le Pantestone 40 mg[7]. Vous pouvez également toujours demander du Danazol qui vous sera plus facilement prescrit (ce n'est pas exactement la même substance que l’Androtardyl et nous n’avons pas testé mais cela semble fonctionner de la même manière), et essayer de trouver votre dosage. 

Prenons un autre exemple : celui de la fibromyalgie. Maladie là encore qui touche principalement les femmes, associée à des douleurs chroniques, et que l’on n’arrive pas à expliquer et pour laquelle il serait également intéressant d’envisager qu’elle soit un effet secondaire des politiques de genre donc de la binarisation des corps et de la chute du taux de testostérone chez les “femmes”.

Dans une étude réalisée par l’Université de l’Alabama à Birmingham[9] il s’avère que les jours où les femmes testées atteintes de fibromyalgie avaient le moins mal étaient les jours où leurs taux de testostérone et de progestérone étaient les plus élevés.  Anne Lazar neurologue qui m’a transmis ces informations suggère qu’il serait intéressant d’élargir le champ d’essai de la testostérone en tant qu’analgésique dans les syndromes douloureux : « Il existe un nombre important d’études qui étudient l’effet des hormones dans le syndrome douloureux. Ces études sont toujours centrées sur les hormones dites féminines. » Sans blague...

On remarquera que pour gaver les femmes d’hormones dites féminines (rappelons que les hommes produisent également des œstrogènes), par contre, il n'y a plus de limites: les œstrogènes et la progestérone sont les molécules les plus produites et distribuées de toute l’histoire de l’industrie pharmaceutique avec l’invention de la pilule contraceptive (pour en savoir plus, lire Testo Junkie de Paul B. Preciado). Par contre, quand on fait des tests pour une pilule pour les hommes cis à base de progestérone, on y allie de la testostérone pour empêcher la baisse de libido, la dépression et une « féminisation » du corps.

Depuis les années 50 les femmes sont nourries aux hormones. L’état corporel d’une femme cisgenre est autant modifié par la pharmacopée que le mien, celui d’une personne dite “trans”, l’est par la testostérone que je m’injecte. Simplement, la transition physique d’une femme cis, produite par la prise d’œstrogènes et de progestérone se fait dans le sens de la féminité et par conséquent n’est pas relevée, vue. Finalement, les femmes cis et moi, on transitionne autant, mais on transgresse ou pas.

Une pilule micro-dosée en testostérone pour les femmes cis/une pilule micro-dosée en œstrogène et progestérone pour les hommes cis seraient des outils opérationnels et subversifs pour redévelopper les corporalités effacées, lutter contre la différenciation des corps qui fonde le patriarcat, mais surtout une idée pour penser la performativité des genres sur les corps et réciproquement.

Il est temps de poser d’autres hypothèses sur l’origine de l’humanité que celles véhiculées par les mythes scientifiques et religieux selon laquelle l’humain commence avec un mâle et une femelle, et un mode unique de reproduction sexuée (basé sur…rien. Nous n’avons aucune trace de cette époque hypothétique, pas un squelette). L’invention du sexe est datée, comme l’est l’invention de la race. La science est une idéologie biaisée par nos systèmes sociaux quand elle prétend expliquer sans équivoque ce qu’il s’est passé depuis la naissance de l'humanité. Il est important qu’une science féministe[8] basée sur des méthodes de recherche non définies pas des hommes cis, hétéros, et blancs investigue.

Pour penser et pouvoir une société basée sur la solidarité, la coopération et non la domination, il est intéressant de penser une humanités originelle avec une variété de corporalités inclassables selon deux catégories et des modes de reproduction sexuée/asexuée pluriels, car le temps est une boucle, pas une flèche: penser le passé, c’est penser notre avenir.

 

Merci à Eva-Luna et Fanny pour leurs relectures.

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Aromatase

[2] https://www.cairn.info/revue-journal-des-anthropologues-2015-1-page-19.htm

[3] https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-carre/l-edito-carre-16-novembre-2017

[4] https://blogs.mediapart.fr/anais-bohuon/blog/190816/caster-semenya-une-heroine-sportive-affranchie

[5] https://cyclique.fr/magazine/quoi-lendometriose

[6] Personne Cis comme Cisgenre : Personne non trans, personne qui vit dans le genre qui lui a été assigné à la naissance.

[7] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25185874?fbclid=IwAR1mKDhZSZ2OFSm2SjKglU0KSI7I62Vd-35C1UT2cCSEokEfsgQOvmLOXjQ

[8] Le Pantestone est normalement réservé encore une fois aux “hommes”. Mais faites pression, cherchez la perle rare, la ou le gynécologue féministe. Vincent Guillot, une personne intersexe, l’utilise également pour lutter contre la dépression de 2 gélules par semaine à 2 par jour selon son humeur. Il parle également dans le film L’Ordre des mots de Cynthia Arra de la manière dont on pourrait synthétiser une testostérone avec uniquement les effets recherchés : https://www.lordredesmots-lefilm.com/

[9] https://www.jpain.org/article/S1526-5900(17)30804-0/fulltext?fbclid=IwAR3dyCwsAiGzpwhI9m_1fmyj5zRbeapLICaGaqsa2DNIpANOFBTCzbzkcB4#s0010

[10] Patricia Hill Collins, “Black Feminist Epistemology”, 1990 http://www.soc.duke.edu/~jmoody77/FacFav/CollinsBFT.pdf

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