Montreuil: familles roms expulsées et eau en accès limité

La canicule s'abat sur le pays, et sur les familles roms expulsées qui vivent dans les rues de Montreuil depuis onze mois. Sans sanitaire, sans douches et avec l'accès à l'eau seulement aux heures ouvrables.

Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski

Ainsi, il faut reprendre, renouer le fil interrompu de cette chronique de l'errance. Vagabondage forcé, nomadisme du rejet qui n'a rien d'un beau voyage mais tout d'un long et douloureux piétinement : cent pas, toujours les mêmes, dans la cellule sans mur et à ciel ouvert que constitue la rue pour ceux qui n'ont pas de lieu à habiter.

J'avais entrepris, depuis leur expulsion de leurs habitations du boulevard de la Boissière à Montreuil, fin juillet 2016, et sans même savoir où me mènerait cette chronique – j'étais convaincue alors que le problème du relogement des enfants sans abri et de leurs parents ne durerait que quelques jours ! – le récit de la vie et surtout de la lutte menée par les treize familles roms originaires de Roumanie qui y vivaient depuis six ans (une parenthèse de stabilité, dans leur existence toute faite d'incertitude), et qui se retrouvaient d'un jour à l'autre à la rue. Onze mois plus tard, aucune solution de relogement n'a encore été trouvée, et les familles sont toujours dans les rues de Montreuil où les enfants grandissent.

Combien de campements, de bidonvilles, de squats ont été évacués, depuis un an, en Île-de-France ? Combien de familles, d'enfants roms ont été jetés hors de leurs maisons, sans relogement, en Seine-saint-Denis ? La préfecture en dresse peut-être la statistique : les personnes concernées se comptent par milliers. Que sont-elles devenues ? où sont-elles passées ? Où vivent aujourd'hui ces anciens habitants des bidonvilles d'Île-de-France qu'une poignée de hauts fonctionnaires a décidé de raser ? Qui ont subi de plein fouet les conséquences de la gentrification des communes du Grand Paris? On n'ose imaginer les conditions de vie de ces femmes, de ces hommes et de leurs enfants et petits-enfants qui doivent se cacher, toujours plus loin, afin d'espérer passer inaperçus pour ne plus être harcelés, pour qu'on leur foute la paix puisqu'il n'est jamais question de les aider. Se rendre invisibles aux yeux de ceux qui ne veulent pas vous voir.

Les treize familles roms de la Boissière ne seront pas transformées en fantômes par la seule absence de volonté d'un maire et d'une préfecture pour les loger de manière stable. Ils et elles ont un nom, un visage, une histoire dont une bonne partie se déroule à Montreuil. Ce sont des montreuillois qui n'ont qu'une particularité : ils sont les seuls dont on accepte qu'ils vivent avec les enfants à la rue, des mois et des mois durant. Et tandis qu'ils attendent la réponse à la lettre ouverte que des habitants solidaires ont adressée au maire Patrice Bessac le 17 juin, un nouvel été s'installe, les températures montent, la canicule est précoce.

Vigilance canicule. Les écoles reçoivent des consignes pour assurer la sécurité de leurs élèves dans ces périodes de grande chaleur : laisser aux enfants comme aux adultes un libre accès à l'eau est une évidence pour tous. Dans la rue où vivent les familles roms, il y a heureusement des arbres. Mais la chaleur plombante de ces derniers jours s'insinue dans l'habitacle des voitures où l'on dort serré. Et il n'y a de l'eau que pendant les heures d'ouverture du cimetière proche : un robinet et un arrosoir sont à disposition pour que les fleurs des morts n'aient jamais soif. Quand aux vivants, leurs voisins, ils doivent se contenter de ce robinet à heures ouvrables. Pas de sanitaires, pas de douches : cet équipement sommaire est refusé par la mairie. Un tuyau d'arrosage, qui permettrait de rapprocher l'eau du « campement » ? Non, pas même, pas un tuyau d'arrosage pour que ça soit plus pratique. Il faut faire avec ce fichu robinet et se réjouir encore de pouvoir y accéder. La boisson, la vaisselle, la lessive, se laver, surtout, par cette chaleur, se laver au vu et au sus de tous, au risque d'être surpris dans son intimité par une veuve visitant ses morts.

Et la vie continue, comme un spectacle monotone que seule la force et la détermination des familles permet de supporter. Le soir, les marmites fument, la table est dressée pour ceux qui ont trouvé une table, les enfants jouent et rient, les mamans se fâchent quand ils ne sont pas sages et les câlinent beaucoup, on se raconte sa journée. Et l'on espère que demain ne sera pas pire qu'aujourd'hui.

Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski
Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski
Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski
Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski
Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski
Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski
Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski
Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski
Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski Montreuil 13 juin 2017 © Gilles Walusinski

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