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Ciel blanc et nuages de traîne. Le petit pan de mur clair, là-bas, se teinte de rose au lever du soleil et, tandis que les grands hommes entrent dans l'Histoire, les moineaux indifférents à la gloire pépient leur joie d'un nouveau jour. Ainsi toutes ces guerres, en Syrie, au Mali et ailleurs, c'était pour ça : pour qu'un gars ordinaire promu grand vizir dans une démocratie de façade éprouve le bonheur subtil de se sentir « faire l'histoire ». Le garçonnet soixantenaire joue toujours avec ses petits soldats, mais des vrais, et le plomb et les bombes qui explosent vraiment, s'abattent sur les civils qui crèvent mais dont l'Histoire ne retient pas le nom. Le pouvoir rend-t-il fou, ou seuls les fous accèdent-ils au pouvoir ?
Folie des hommes dans leur éternelle recherche d'immortalité : oui, on se souviendra de toi, François Président, car ton nom allonge déjà la liste des traîtres et des fossoyeurs des idées de gauche et de démocratie. On se souviendra de toi jusqu'à ce que ceux que tu as trahis disparaissent avec toi et que de ta carrière « d'homme d'état mondial » ne reste que deux lignes à peine dans le vaste récit des horreurs que promet ce début de vingt-et-unième siècle. Tout ça pour ça.
Les merles enroulent leurs trilles sous les nuages qui moutonnent. La pression monte, on annonce de l'orage cette après-midi. Ça va péter. Mais qu'importe au grand homme « l'écume » de l'actualité quotidienne, qu'importent les averses et un peuple qui n'en peut mais. Lui reçoit sur le paletot, avec toute la fermeté qui sied au successeur dans l'Histoire d'un Louis Quatorze et d'un Napoléon, les giboulées du ciel et la révolte des travailleurs qui refusent de se laisser encore flouer. S'il le veut, il enverra la troupe, il l'envoie déjà, contre les grévistes, contre les syndicats, contre les manifestants, contre les étudiants, contre ceux qui l'ont élu pour chasser son glorieux prédécesseur dans l'Histoire dont on se demande pourquoi il n'est pas au trou, et qui le foutront dehors du même électoral coup de tatane.
Et pour que les pompes comme les vanités soient louées, les éditorialistes, indignes hérauts du pouvoir, caquettent les mêmes trois éléments de langage tels des perroquets reclus dans une cage dorée. « Radicalisation de la CGT », « prise en otage », « jusqu'au-boutisme », le vocabulaire de la propagande est toujours limité. C'est qu'il faut faire simple quand on s'adresse à un peuple d'enfants. Le pépère de la Nation n'entend pas la clameur des femmes et des hommes qui, déterminés, sortent dans les rues : Lui, il entre dans l'Histoire, entre dans l'Histoire, entre dans l'Histoire.