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Billet de blog 4 août 2014

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ARGENTINE, mon amour...

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ARGENTINE, mon amour…

Tu sais que tu nous fais rêver d'un Autre Monde ?

...

Rappel : des chiffres à faire rêver les Européens.

Un pays de 2.780.400 km² qui s’étend sur près de 5.000 km le long de l’Atlantique et peut (pratiquement) commercer avec tous les pays de l’Amérique du Sud : le Chili, la Bolivie, le Paraguay, le Brésil et l’Uruguay sont ses voisins directs.  

  • Une population de 42,6 millions d’habitants (2013) contre 17,1 millions en 1950, soit une densité de 15 habitants par km².
  • Cette population est essentiellement urbaine (93%) mais habite surtout dans des villes de moyenne importance (60% dans des villes de moins d’un million), sauf BUENOS AIRES (13 millions).
  • Âge médian de 31 ans, 25% de la population a moins de moins de 15 ans, et seulement 11% plus de 64 ans, espérance de vie de 77 ans…
  • Chômage : 7,5%
  • Une seule langue (partagée) : espagnol
  • Pourcentage de femmes au parlement : 39% ;  

Son économie « devrait » fonctionner harmonieusement :

  • PIB par habitant : de 18.400 $ en 2012 à 21.542 $ en 2014 contre 9.108 US pour le Brésil, son principal client et fournisseur ;
  •  50° pays dans le monde (contre 5° en 1900) ;
  • Taux de croissance PIB courant : +3% (2012) ;
  • De ce PIB, 10,7% de produits agricoles (viande comprise) nécessitant l’emploi de 5% de la population active sur un territoire peu généreux (11% de terres arables) ;
  • Les autres productions sont importantes dans le secteur Industrie Mines et Extractions (une richesse naturelle insolente) allant des minerais les plus recherchés aux métaux précieux ;
  • Le secteur agro-alimentaire (vin, bière, eaux gazeuses, produits agricoles transformés), les industries mécaniques (grandes marques motos – auto et poids lourds) et le tourisme…
  • Taux de croissance industrielle : +6,5%
  • Dette Publique : 44,8% en 2012 ;
  • Prélèvements obligatoires : 24% de revenus ;
  • Le meilleur Pouvoir Achat de toute l’Amérique du Sud (proche de la Pologne) ;
  • Une des répartitions les plus justes (coefficient GINI faible) ;
  • De très gros problèmes à BUENOS AIRES (trop grande concentration)…

Mais elle fonctionne mal :

  • Inflation (officielle) : 10% (le trou noir) ;
  • Corruption très élevée dans l’administration (Indice 3) parmi les pires jusqu’en 2011, mais assainissement remarquable à partir de 2012 (indice 35 comme la Grèce) alors que les plus vertueux (Danemark, Finlande, Nouvelle-Zélande) affichent un indice de 90 ; l’Argentine est classée 109° sur 180 ce qui n’est pas glorieux .
  • Les mauvaises langues disent que la politique d’immigration massive avait favorisé l’arrivée d'Italiens du Sud (2.000.000 entre 1880 et 1914) et leurs pratiques mafieuses...

... 

Autre Rappel : de très (mauvaises) histoires.

L'Argentine? Trop belle pour devenir indépendante !

C’est le résumé d’une histoire compliquée à partir de 1930 et de la « Décennie Infâme » (Crise de 1929 et Grande Dépression).

Les militaires organisent un putsch et s’enrichissent rapidement : l’industrie passe sous contrôle de l'Empire Britannique et des firmes américaines tandis que la pampa devient le principal fournisseur de viande du Royaume-Uni (à des prix déloyaux), au détriment de l'industrialisation équilibrée du pays.

La longue suite des dictatures militaires, puis la guerre des Malouines, ont plongé le pays dans un marasme total jusqu’en 1983 avec une « dette odieuse » de 27 milliards de dollars (dette occasionnée par les dictatures) sur les 93 milliards de dette extérieure comptabilisés à fin 2009.

Inspiré par le cow-boy du cinéma américain (Ronald REAGAN), Carlos Saùl MENEM (né en 1930) décida dès son arrivée en 1989, mais surtout en 1991, de privilégier la finance au détriment de l’agriculture et de l’industrie : il décréta que le PESO deviendrait une monnaie forte en le « fixant » au dollar, et en privatisant tous les secteurs économiques au profit des grands groupes américains et français.  

La suite est toujours la même : c’est la misère organisée, et le début d’une nouvelle grande crise : le peso est trop cher pour des exportations de proximité, sa balance courante devient ultra-déficitaire, le PIB chute de 11% en 2002, les retraits bancaires sont quasiment gelés...

Le peso est dévalué de 60%, le chômage a explosé (de 7% à 25%), la misère s’est installée, surtout dans les grandes villes (60% de la population vivaient avec moins de deux dollars par jour).

Bien sûr, les classes aisées avaient placé leur fortune aux Etats-Unis (MIAMI) et en Suisse en profitant de l’aubaine du « peso fort ». La dette extérieure ? Elle est là-bas et, depuis 2002, chaque citoyen argentin a pris l’habitude de dépenser deux pesos sur place, et d’acheter des billets américains en échange du troisième peso gagné.

Plus la banque centrale émet de billets de banque (les banques n’ont plus la confiance des Argentins), plus l’Economie Réelle en manque, au point que le "dolar blue" (taux de change parallèle que les Argentins doivent payer dans des bureaux de change clandestins) s’envole vers des sommets (décote de -50% à -60% du peso officiel sur les marchés parallèles).

Les mauvaises langues disent que les Argentins possèdent un dollar sur quinze au total, imprimés par la FED et détenus pas des Etrangers, et que n’importe quel chauffeur de taxi à Buenos Aires en sait plus sur la mauvaise gestion financière que le public averti assistant aux conférences de professeurs d’économie, de banquiers centraux et de prix Nobel d’économie.

Dès qu’ils ont des disponibilités, ils achètent n’importe quoi : de l’or, des bijoux, des œuvres d’art, et bien sûr du foncier et de l’immobilier : l'inflation n'est donc pas de 10% mais de 25% à 40%... Le trou noir... tant les prix fluctuent d'une région à l'autre.

En clair, le système monétaire et financier argentin est mort, la confiance est nulle.

Et donc les chances de « remboursement de la dette souveraine » sont quasiment nulles : les « Fonds Vautour » ont gagné à NEW-YORK mais ils ont perdu sur le terrain.

...

La Restructuration de la Dette de 2002-2005.

Plusieurs choses déjà évoquées dans mon commentaire :

http://www.mediapart.fr/journal/international/310714/largentine-en-defaut-de-paiement?onglet=commentaires#comment-5134903

 1) Contrairement à ce que je lis par ailleurs, l'ARGENTINE est toujours confrontée au défaut de paiement de 2001 (Dette Publique : 95 MD$)... et non pas impliquée dans un nouvel "credit event" ;

 2) Les Fonds Vautours (2 fonds de NY principalement) ont acheté des dettes souveraines d'une valeur échéance 2014 de 1,3 MD$ en profitant de la déroute des créanciers à l'époque. Selon des infos que je viens de retrouver, ils les auraient payées environ 50 millions de dollars (voir lien de référence), et ils auraient refusé toute proposition de remboursement pour 375 - 450 millions de dollars.

http://www.voltairenet.org/article184956.html

Or, après plusieurs négociations en 2003 et 2005, les autres créanciers internationaux (pour un total de 93% des créances) avaient accepté de perdre 50% de leurs créances (au lieu de 75% proposés au départ par l'Argentine).

 3) Evidemment, si ces fonds vautours ont obtenu ce jugement à NY, tous les autres sont en droit de "revenir" sur les accords précédents... L'ardoise serait de plusieurs milliards de dollars (40-50 MD$)... A posteriori, l'Argentine n'aurait donc jamais réglé son "défaut" de 2001, et elle ne pourrait certainement pas le régler aujourd'hui. 

L'Union Européenne et la BCE sont (une fois de plus) bien minables dans l'aventure parce qu'elles devraient porter secours à l'Argentine, financièrement et juridiquement, notamment en lui permettant de s'abriter sous les législations européennes tout en remboursant ses créanciers normaux. 

Comme le dit Miguel PRAINO (un commentateur sur MEDIAPART) , la Justice américaine est de plus en plus partisane et dangereuse, ce qui va accélérer le rejet du dollar comme monnaie internationale de transaction.

L'Amérique est devenue paranoïaque (surveillance généralisée, prisons illégales, chasse aux sorcières contre les Etrangers) car elle "sent" bien que le vent tourne contre elle.

...

Conclusion ?

Rappelez-vous, j’ai écrit un billet assez « contrarien » : « Un Etat ne peut jamais être mis en faillite ».

http://blogs.mediapart.fr/blog/junon-moneta/230411/un-etat-ne-peut-jamais-etre-mis-en-faillite-et-encore-moins-etre-decla

Bien au contraire, chaque Etat en situation de "stress financier" DOIT déclarer : « Ces dettes ne sont pas les nôtres ; nous ne paierons pas » (JLM).

Les Vautours devront se contenter de ronger les os et les carcasses mais, en aucun cas, ils ne pourront boire le sang (et les droits essentiels) des peuples : c’est l’Histoire qui se dessine à travers le « cas argentin ».

Les "Fonds Vautours" finiront par le comprendre très vite car nous allons bientôt leur dire haut et fort :

«Nous sommes tous des Argentins ».

J.M

ALTER-EUROPA

Pour une Autre Europe...

Et (bien sûr) pour un Autre Euro... 

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