Kamel DAOUDI
Programmeur indépendant
Abonné·e de Mediapart

68 Billets

0 Édition

Billet de blog 23 juin 2018

Place Beauvau : vrais faucons et fausses Collombes* 1 sur 2

Billet, en cours d'écriture. *Non, il n'y a pas de coquille dans le titre ! Ces colombidés** (prononcer : côlon - bidet) sont des drôles d'oiseaux qui aiment bien éructer des noms d'oiseaux lorsque d'aventure, on les énerve.

Kamel DAOUDI
Programmeur indépendant
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

**colombidés

Broyer : la seule réponse de la place Beauvau.

Je m’appelle Kamel Daoudi, bientôt 44 ans, marié, 4 enfants.
10 ans d’assignation à résidence au compteur : plus de 11000 pointages au comico 1.

Depuis le 27 novembre 2016, sur décision du Generalfeldmarschall Bernard Cazeneuve 2 quelque peu énervé par la fuite en famille d’un assigné à résidence vers la Suisse, en plein état d’urgence ; je suis déporté à 460 km de la maison familiale, loin de ma femme et de nos 4 enfants.

En guise de récompense, le Ministère de l’intérieur me gratifie

  • d’un pointage quotidien supplémentaire (4 au lieu de 3)
  • une interdiction de quitter mon lieu d’hébergement forcé toutes les nuits entre 21h et 7h du matin
  • une interdiction de communiquer (même de façon indirecte) avec le fugitif (que je ne connais pas) rattrapé, tabassé, extradé par les autorités suisses réincarcéré et réassigné à résidence depuis.

En fait, le Ministère de l’Intérieur (par l’entremise de Mme Pascale Léglise) a créé un « fait accompli », en me transformant en sans-papiers le 26 septembre 2016 en refusant de me renouveler mon « autorisation provisoire de séjour » après m’avoir dénaturalisé le 27 mai 2002, au mépris du principe de « présomption d’innocence ».

L’idée est toute simple. Ne sachant plus que faire de moi, cette brave prêtresse de la place Beauvau, actuelle n°2 de la DLPAJ 3 a eu une idée saugrenue mais diaboliquement cynique. Comme la Convention Européenne des Droits de l’Homme ne s’applique pas aux personnes séjournant irrégulièrement sur le territoire d’un pays signataire de la convention selon une décision rendue par la CEDH en février 2018, cette haut-fonctionnaire zélée a donc décidé de me retirer mon autorisation provisoire de séjour (qui était habituellement renouvelée tous les six mois) créant ainsi un nouveau fait accompli et une prophétie auto-réalisatrice.

N’ayant plus de papiers et n’étant pas libre de circuler sur le territoire français sous peine d’être emprisonné ; cette brave patriote adepte de la chasse à courre aux néo-Sarrasins a inventé le concept de délocalisation.

Délocalisation, kezako ?

Étymologiquement, la délocalisation est composée du préfixe de cessation de- et du latin locus, lieux.

Vous connaissez la délocalisation économique qui désigne le transfert d'activités, de capitaux et d'emplois d'une entreprise vers un autre lieu afin de bénéficier d'avantages compétitifs, de conditions économiques plus favorables :

  • salariat moins bien payé ;
  • droit du travail plus délétère ;
  • monnaie faible ;
  • fiscalité plus avantageuse ;
  • dynamisme économique ;
  • existence d'un pôle technologique ;
  • environnement plus favorable...

La délocalisation revient finalement à découpler les lieux de production des lieux de consommation.
Mais comme la division du travail à l’échelle mondiale se fait de façon verticale, la délocalisation s’opère généralement en segmentant le processus d'activité.
Ainsi, la menace de délocalisation d'une activité est souvent utilisée comme un moyen de pression sur les syndicats pour augmenter la durée du travail sans contreparties.

Vous me direz mais quelle est le rapport entre la délocalisation économique et la délocalisation d’individus indésirables sur le territoire de la République ?

Eh bien, les mots ne sont jamais choisis au hasard ; ils trahissent souvent leur auteur~e

Dans le processus de délocalisation des étrangers indésirables (par les temps qui courent, ils s’agit souvent d’un pléonasme) ; il s’agit de découpler le lieu de consommation de la vie, du lieu de production de liens (familiaux, sociaux, … enfin tout ce qui fait le sens de la vie pour un être éminemment social comme l’homme). Souvent ce processus de découplage de la proto-vie florale ou reptilienne, de la vie sociale anthropique est précédé par une déshumanisation.

Cette extraction de l’individu de la communauté des hommes, par diverses méthodes de dénigrement ; permet ensuite d’enclencher l’engrenage de la délocalisation pour faire pression sur l’individu.

C’est une sorte de bannissement symbolique de la qualité d’humanité par une élite perverse, dominatrice et cynique.

Pour ma part, je nomme cette « délocalisation » : déportation. Anciennement, en droit, la déportation désignait l’exil définitif d’un condamné ; c’est-à-dire sa relégation.

Mais de nos jours, cette transportation est encore plus insidieuse dans la mesure ou elle ne s’opère pas vers un lieu éloigné outre-mer mais au vu et au su de tout le monde dans des lieux ayant souvent subi un exode rural et un déclassement économique. Elle sert donc, d’instrument de communication pour en quelque sorte créer du lien social patriotique afin de conjurer tous les mauvais sorts de la mondialisation piteuse avec son cortège de tête de turcs 5

Je suis donc un délocalisé de la politique de ségrégation sociale opérée depuis la fin des trente glorieuses et le début des trente piteuses. Je suis le fruit amer d’une discrimination opérée par le maelström de congrégation de tiraillements sociaux, raciaux, identitaires, économiques, politiques, géopolitiques.

L’état règle ses comptes et l’étranger – sublime bouc-émissaire – est souvent laissé pour compte, délaissé de solde de tout compte.

Offrir en sacrifice à son peuple, une minorité – surtout si elle est trop visible – a souvent été une panacée peu dispendieuse en période de vaches maigres et de peaux de vaches grasses.
Ce n'est sans doute pas une coïncidence si l'actuel président jupitérien de la douce France qualifie d'assigné à résidence, tout relégué de la politique de bannissement sociale menée depuis plus d'un demi-siècle maintenant.

A mon sens, la radicalisation n'est que le fruit amer de la relégation, l'appauvrissement culturel et la stigmatisation de populations considérées comme exogènes car paupérisées lorsqu'elles sont multiséculairement autochtones et désintégrées car issues des peuples vaincus de la précédente mondialisation basée sur la colonisation.

La politique actuellement en cours de fabrication dans le cadre du « droit d'asile européen » procède de la même logique : la logique du camp d'internement merveilleusement bien imaginée dans le film Le fils de l'homme d'Alfonso Cuarón.

Il s'agit de trier les individus comme on trie des marchandises et renvoyer tous ceux qui ne sont pas conformes aux critères du nouveau paradigme de gestion des foules selon la superstructure mondialisée. Toutes les personnes faisant l'objet d'aberrations sociologiques comme on parle d'aberration chromosomique, seront purement et simplement relégués et considérés comme des résidus de l'humanité à ignorer, évincer voire neutraliser.


[1] Du latin comĭcus. Argot pour commissariat. Exemple CEA : Comico à l’énergie Atomique et aux énergies alternatives (non comiques)

[2] Generalfeldmarschall ou Feldmarschall est un grade militaire d'officier général supérieur dans les armées allemandes, autrichiennes et impériales russes.

[3Direction des Libertés Publiques et des Affaires Juridiques 


Transcription du fil Twitter de compte-rendu de cette journée mémorable du 30 mars 2018,
date à laquelle le Tribunal Administratif de Paris devait trancher mon litige avec le Ministère de l'Intérieur.

  • ᔤᕨᘘᖶᓲᕩᖇ ᗸᗅᖶᖶᗩᘙᖶ ᖽᐸᕬᙢᕦᒪ ᗬᕱᘎᘮᗪᓲ‏ @SentierBattant 30 mars
     01 #Audience au #TAParis du #30mars2018 #KamelDaoudi (@SentierBattant) #assigneAperpet L'audience a commencé à 10h au lieu de 9h30. Nous n'en connaissons pas la raison exacte. Force est de constater que des mesures exceptionnelles ont été prises pr cette audience exceptionnelle
  • ᔤᕨᘘᖶᓲᕩᖇ ᗸᗅᖶᖶᗩᘙᖶ ᖽᐸᕬᙢᕦᒪ ᗬᕱᘎᘮᗪᓲ‏ @SentierBattant 30 mars
    02 #Audience au #TAParis du #30mars2018 #KamelDaoudi (@SentierBattant) #assigneAperpet D'abord la présidente qui a remplacé Mme Geneviève Mosser au pied levé a rappelé les règles de ce qu'on appelle la #policeDelAudience.
  • ᔤᕨᘘᖶᓲᕩᖇ ᗸᗅᖶᖶᗩᘙᖶ ᖽᐸᕬᙢᕦᒪ ᗬᕱᘎᘮᗪᓲ‏ @SentierBattant 30 mars
    03 #Audience au #TAParis du #30mars2018 #KamelDaoudi (@SentierBattant) #assigneAperpetElle a mis en garde le public contre toute intervention ou toute captation de l'#audience, en expliquant que toute personne qui contreviendrait à cette #policeDelAudience serait poursuivie !
  • ᔤᕨᘘᖶᓲᕩᖇ ᗸᗅᖶᖶᗩᘙᖶ ᖽᐸᕬᙢᕦᒪ ᗬᕱᘎᘮᗪᓲ‏ @SentierBattant 30 mars
    04 #Audience au #TAParis du #30mars2018 #KamelDaoudi (@SentierBattant) #assigneAperpet Mise au rôle de l'audience Pdte : Mme Françoise TASTET-SUSBIELLE https://jorfsearch.steinertriples.fr/name/Fran%C3%A7oise%20Tastet-Susbielle … assistés des rapporteurs (éq. assesseurs) : M. Benjamin ROHMER et M. Laurent GAUCHARD.

Suite dans le prochain billet > Place Beauvau : vrais faucons et fausses Collombes* 2 sur 2

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Afrique
Kenya : le pays suspendu à des élections à haut risque
Mardi 9 août se déroulent au Kenya des élections générales. Alors que la population fait face à une crise économique et à une forte hausse des prix, ce scrutin risque de déstabiliser ce pays clé de l’Afrique de l’Est. 
par Gwenaelle Lenoir
Journal — International
L’apartheid, révélateur de l’impunité d’Israël
Le débat sur l’existence ou non d’un système d’apartheid en Israël et dans les territoires palestiniens occupés est dépassé. L’apartheid israélien est un fait. Comme le confirme l’escalade des frappes et des représailles autour de la bande de Gaza, il est urgent désormais de mettre un terme à l’impunité d’Israël et de contraindre son gouvernement à reprendre les négociations.
par René Backmann
Journal — Proche-Orient
Au moins trente et un morts à Gaza depuis le début de l’offensive israélienne
Parmi les victimes des frappes visant la bande de Gaza figurent une enfant de 5 ans et des dirigeants du groupe armé palestinien Djihad islamique. L’armée israélienne parle d’une « attaque préventive ».
par La rédaction de Mediapart (avec AFP)
Journal
Au Pérou, l’union du président de gauche et de la droite déclenche une déferlante conservatrice
Sur fond de crise politique profonde, les femmes, les enfants et les personnes LGBT du Pérou voient leurs droits reculer, sacrifiés sur l’autel des alliances nécessaires à l’entretien d’un semblant de stabilité institutionnelle. Les féministes sont vent debout.
par Sarah Benichou

La sélection du Club

Billet de blog
Deux expos qui refusent d'explorer les réels possibles d'une histoire judéo-arabe
[REDIFFUSION] De l’automne 2021 à l’été 2022, deux expositions se sont succédées : « Juifs d’Orient » à l’Institut du Monde Arabe et « Juifs et Musulmans – de la France coloniale à nos jours » au Musée de l’Histoire de l’Immigration. Alors que la deuxième est sur le point de se terminer, prenons le temps de revenir sur ces deux propositions nous ont particulièrement mises mal à l'aise.
par Judith Abensour et Sadia Agsous
Billet de blog
Réponse au billet de Pierre Daum sur l’exposition Abd el-Kader au Mucem à Marseille
Au Mucem jusqu’au 22 août une exposition porte sur l’émir Abd el-Kader. Le journaliste Pierre Daum lui a reproché sur son blog personnel hébergé par Mediapart de donner « une vision coloniale de l’Émir ». Un membre du Mrap qui milite pour la création d'un Musée national du colonialisme lui répond. Une exposition itinérante diffusée par le site histoirecoloniale.net et l’association Ancrages complète et prolonge celle du Mucem.
par Histoire coloniale et postcoloniale
Billet de blog
A la beauté ou la cupidité des profiteurs de crise
Alors que le débat sur l'inflation et les profiteurs de la crise fait rage et que nous assistons au grand retour de l'orthodoxie monétaire néolibérale, qui en appelle plus que jamais à la rigueur salariale et budgétaire, relire les tableaux d'Otto Dix dans le contexte de l'Allemagne années 20 invite à certains rapprochements idéologiques entre la période de Weimar et la crise en Europe aujourd'hui.
par jean noviel
Billet de blog
Michael Rakowitz, le musée comme lieu de réparation
À Metz, Michael Rakowitz interroge le rôle du musée afin de mettre en place des dynamiques de réparation et de responsabilisation face aux pillages et destructions. Pour sa première exposition personnelle en France, l’artiste irako-américain présente un ensemble de pièces issues de la série « The invisible enemy should not exist » commencée en 2007, l’œuvre d’une vie.
par guillaume lasserre