Que faire des subventions votées pour le sommet de la francafrique à Bordeaux ?

Dans le contexte du covid19, le report par l'Elysée du sommet officiel des chefs d'Etats Afrique-France est une occasion de réattribuer à la lutte contre la pandémie les budgets déjà alloués par les collectivités locales

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Les 4 et 6 juin prochains, Bordeaux devait accueillir le sommet françafrique des chefs d’Etats dans le cadre du 60e anniversaire des indépendances africaines.

Les 14 février et 2 mars 2020, la Métropole et la ville de Bordeaux, co-organisateurs du sommet, ont voté respectivement une enveloppe de 1 300 000 euros et 250 000 euros comme participation au financement de cette rencontre mondaine d’un autre temps.

L’association internationale Mémoires & Partages, basée à Bordeaux et à Dakar, actrice du travail de mémoire sur les héritages coloniaux, a pris l’initiative d’un contre-sommet pour dénoncer les dominations néocoloniales, les mépris des droits humains et promouvoir les alternatives à l’émancipation des peuples.

L’Etat français, via un communiqué de l’Elysée publié ce 2 avril 2020, a annoncé le report sine-die du sommet Afrique-France prévu les 4 au 6 juin prochains. Selon le communiqué publié hier, « au regard de la progression de la situation de l’épidémie de Covid-19, le sommet France-Afrique est reporté ». D’après l’Élysée, l’Etat Français travaille « dans les prochaines semaines à une initiative consacrée à l’urgence sanitaire et économique au Covid-19 à l’échelle du continent ».

Il n’en fallait pas plus pour que le « co-président » bordelais de ce sommet, qui avait traité les organisateurs du contre-sommet de « délinquants », Pierre de Gaetan Njikam, s’empresse d’aller plus loin  que l’Elysée et d’annoncer par communiqué vouloir maintenir ce grand raout « remplacé par un Sommet franco-africain au format différent et sera centré, au regard du contexte de la pandémie du coronavirus, sur la relance sanitaire et économique ».

Mémoires & Partages, tout en se félicitant de l’annulation de ce sommet, vieille relique de rituels féodaux dispendieux des finances publiques et d’une vision passéiste des relations coloniales, demande à la Métropole et à la Ville de Bordeaux de reverser, les sommes déjà votées aux associations, communautés et entreprises locales mobilisées par l’urgence sanitaire contre le Covid-19. En Afrique et en France.

Dans la situation sanitaire et sociale désastreuse que vit le monde avec l’épidémie du coronavirus, l’urgence n’est pas de remplacer un sommet par un autre mais de mobiliser en urgence les ressources disponibles pour faire face et sauver des vies en Afrique et en France. La réattribution des 1 550 000 euros soulagerait les finances de ces structures et constituerait une bouffée d’oxygène face à cette pandémie dont l’issue est encore incertaine.

Pour sa part, et pour accompagner le 60e anniversaire des indépendances africaines, Mémoires & Partages, dans le cadre de sa mission d’éducation populaire, lance la série #Renaissances et propose sur son site web et sur ses réseaux sociaux, des vidéos sur l’actualité des pays africains en lien avec leurs histoires politiques d’avant, pendant et d’après la colonisation européenne.

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