SOMMET FRANCAFRIQUE – L’opposition bordelaise attend des réponses de Pierre Hurmic

Ce week-end, le Conseil Présidentiel pour l’Afrique était présent à Bordeaux où la rencontre avec le nouveau maire de Bordeaux n’a pas permis de lever le voile sur l’organisation prochaine du sommet de la françafrique que l’Elysée, avec d’influents appuis locaux, compte y tenir.

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Comme toujours, à Bordeaux, les petits plats ont été mis dans les grands, même si le public se réduit comme peau de chagrin.

La ville de Bordeaux a donc reconduit le week-end dernier, les Journées Nationales des Diasporas Africaines, support de légitimation associative créée par la droite bordelaise, payant rubis sur ongles billets d’avion et suites présidentielles à des invités triés sur le volet car totalement acquis à la rhétorique néo-colonialiste en vogue dans les milieux élyséens : « mettre en lumière et valoriser les talents de la diaspora africaine en France et leur apport à la vie sociale, culturelle, politique et économique, ainsi que le rôle dans la récriture des relations entre l’Afrique et l’haxagone »

Ce gloubi goulba s’est d’ailleurs reflété dans une programmation, réchauffée et sans vergogne, qui ne trompe que les naïfs et les aveugles, où une rencontre sur Frantz Fanon, à qui cette même droite a refusé une reconnaissance sous la pression de l’extrême droite, côtoyait un énième hommage à Manu Dibango érigé, bien malgré lui, en combattant de l’émancipation, ces journées ont, malgré leurs limites, reçues l’assentiment et même la présence du nouveau maire écologiste de Bordeaux.

Annoncées à grands renforts de publicité institutionnelle dans le magazine municipal et les panneaux de la ville, comme aux grandes heures de l’arrogance de la précédente majorité, ces rencontres annuelles, que certains qualifient de trop tournées vers le Cameroun et son dictateur qui les a bénies dans un voyage à Bordeaux, portées par l’ancien adjoint au maire Pierre De Gaetan Ndjikam, ont réuni des élu-e-s et hommes d’affaires français et africains qui semblent en tous points les masques consentants à la reproduction de l’interminable scandale de la relation entre la France et l’Afrique.

Faible prix du cout exorbitant des forfaits du paternalisme colonial français (bases militaires, franc cfa, francophonie, chasse aux migrants, soutien aux dictateurs et à la corruption), la portée de cet événement n’a pas semblé échapper à la lucidité du nouveau maire de Bordeaux, malgré les reproches à peine dissimulés du journaliste de Sud-Ouest qui a couvert cette rencontre.

A Pierre Hurmic, qui pendant son discours du 26 septembre à l’Hôtel de la Métropole, refuse « d’apparaitre comme donneur de leçons, une sorte de néo-colonialisme intellectuel. Posons-nous la question : soutenir des dictateurs corrompus, des présidents à vie, n’est ce pas donner des leçons à ceux qui les combattent ? La leçon, c’est quoi ? L’apologie du conservatisme comme étant le facteur des équilibres internationaux (…) on ne peut plus continuer comme ça. Il faut casser les vieux réseaux qui ont prouvé leurs limites », Xavier Sota indique dans son article du Sud-Ouest dimanche que l’édile bordelais « poursuit sur un champ un peu éloigné des strictes compétences d’un maire ». Comme si un maire d'une ville comme Bordeaux pouvait ne pas avoir d'opinion contraire à la politique néocoloniale française en Afrique. On se demande si le journaliste se serait permis la même réflexion concernant l'ancien maire de Bordeaux. (voir ci-dessous)

Le journaliste omettant même d’évoquer la lettre ouverte du groupe politique d’opposition Bordeaux en Luttes, menée par Philippe Poutou, qui, dés le 23 septembre, interpelle le maire de Bordeaux « pour qu'il s'engage à annuler le sommet Afrique-France (…) Ce sommet, reporté pour cause de COVID, est un résidu colonialiste de l'emprise de la France sur des pays africains. Sur fond de néocolonialisme ce projet était financé en grande partie par les collectivités locales. Nous demandons que les 250 000 euros, prévus par la ville de Bordeaux pour organiser ce sommet, soit utilisés pour lutter contre la crise sociale ! » (voir ci-dessous)

Ce à quoi le nouveau maire de Bordeaux, décidément plus prompt à déboulonner des sapins que de changer de relations historiques coloniales, a promis de « réserver sa réponse » à Sud-Ouest. 

On peut néanmoins supposer qu’elle ne sera pas la même que celle exprimée par son groupe lors du vote de la délibération portant sur le sommet françafrique. Le 2 mars dernier, le groupe écologiste, après avoir dit tout le mal qu’elle pensait de la françafrique, s’était abstenu !

Karfa Sira Diallo

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