Effectivement ça dépend. La première fois que ça m’est arrivé, j’ai un peu parlé tout seul en vérité. Je ne puis confirmer que le chat m’écoutait vraiment. Il avait l’air, simplement. Mais je ne suis pas dupe. Je sais bien que nous avons tendance à croire que l’on vous écoute, juste parce que vos propos vous semblent digne d’intérêt. Le chat était juste là, au même endroit que les mots sortant de ma bouche, c’est la seule chose que je puis dire avec certitude.
J’ai bien en tête que mon chat préfère les discussions sur les croquettes ou les souris à celles sur le sens de ma vie. Je ne peux pas lui en vouloir. Il ne va quand même pas faire semblant de s’intéresser à ce que je lui dis s’il n’en a rien à faire, je le prendrai mal. Au fond, nous n’avons pas grand-chose à nous dire. Ou plutôt, mon chat n’a pas grand-chose à me dire. Et pour cause, son attachement à ma personne est largement conditionné à ma capacité de nettoyer sa litière et remplir son bol de croquettes.
Ah si, j’allais oublier. Parfois, mon chat réclame des caresses. Pour une raison qui m’échappe on a toujours cru que c’était parce que ça lui faisait plaisir, « la preuve il ronronne ». Mais on n’a jamais émis l’hypothèse que le chat réclamait des caresses juste parce qu’il avait besoin de ronronner, ce qui renverse complètement la problématique. Si mon hypothèse est exacte, alors le ronronnement n’est pas un témoignage de bien - être mais un besoin à satisfaire. Hypothèse un peu tordue, mais qui expliquerait bien des rapports que le genre humain peut entretenir avec lui-même.
En effet, on pense que certains vous remercient pour l’aide que vous leur apportez, ce qui semble naturel. Mais en fait si mon hypothèse est exacte, il faudrait plutôt dire que certains vous remercient parce qu’ils éprouvent le besoin presque physique de remercier. Ils réclament alors de l’aide en ce sens, parce qu’ils cherchent un moyen de justifier le remerciement qu’ils ont besoin d'adresser. Chelou.
Mais il y a plus chelou encore. C’est l’inverse. Certains choisissent de vous aider juste parce qu’ils éprouvent le besoin que vous les remerciez… Il y a un peu de ça quand même dans la psychologie à deux balles, ou bien les entretiens de fin d’année. En effet, le monde du travail a bien compris que nous éprouvons le besoin d’être remerciés. Nous avons tous besoin de nous prendre pour la mouche du coche. Et pour nous remercier, quoi de mieux que de nous proposer de multiples taches débiles à accomplir durant l’année. Pédaler devient la condition suffisante, pédaler pour aller quelque part ou pédaler dans le vide qu’importe.
Attention toutefois à l’équivoque… nous avons tous besoin d’être remercié, mais parfois celui qui remercie comprend le terme autrement : vous êtes virés ! Evidemment, ce n’est pas de ce remerciement dont nous éprouvons le besoin.
Bref, je n’en veux pas à mon chat. S’il m’écoute tant mieux. S’il ne m’écoute pas, ce n’est pas rédhibitoire. Qu’il m’écoute ou ne m’écoute pas n’est pas le but de ma discussion avec lui je crois. De nouveau emporté par mon élan de psychologue à 2 balles, je réalise alors que l’oreille de l’autre est accessoire. On a juste besoin d’une bouche. C’est beau. Mais quand même. Parler a son chat, deux fois à quelques semaines d’intervalle… Ca fout les jetons.
D’ailleurs si j’étais à sa place, j’aurais aussi les jetons. « pourquoi il me parle comme ca ce blaireau…. Il peut pas me parler comme dab genre : miaou ki c qui va manger son gros pâté au poulet ? ».
Tiens, c’est l’heure du pâté justement.