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Billet de blog 10 mars 2024

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Comment casser des œufs sans faire d’omelette ?

Cette question est bien moins connue que sa grande sœur : comment faire une omelette sans casser des œufs ? Mais elle soulève des problèmes bien plus profonds. Les œufs cassés ont – ils besoin d’omelette pour exister ? Le déficit budgétaire a t'il besoin d’un modèle social à financer ? L’IA d’un mythe du progrès ? Les cons de gars normaux ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il y a peu je m’interrogeais sur une question qui n’a pas de réponse : comment faire une omelette sans casser des œufs ? C’était une erreur. Ce qui est intéressant ce n’est pas de savoir faire une omelette sans casser des œufs. Mais de savoir pourquoi on a besoin de se faire une omelette pour casser des œufs. Pourquoi aurait-t-on besoin d’une question (l’omelette)  pour avoir une réponse (les œufs cassés) ? En vérité, rien n’oblige les œufs à répondre à la question de l’omelette. Les œufs peuvent être cassés sans que l’omelette ne soit convoquée.

Le déficit budgétaire c’est la même chose. On dit de lui qu’il serait la réponse à la question : comment financer notre modèle social. En posant la question ainsi, nous sommes inévitablement conduit à penser que notre modèle social est insupportable. A moins de faire des coupes franches dans les dépenses ? C’est effectivement ce qui est proposé. Sauf que le déficit budgétaire est une réponse qui n’a pas besoin de la question du modèle social pour exister. Autrement dit, le déficit peut très bien survenir sans que le modèle social en soit la cause. Parce que l’impôt est mal prélevé par exemple. Ou parce que la croissance potentielle est mal pensée. Ou encore parce que les taux d’intérêt sont ensauvagés par les marchés financiers.

L’IA, c’est encore la même chose. On dit d’elle qu’elle serait la réponse à la question : comment justifier la flèche du progrès technique ? Cette idée que nous sommes condamnés à faire toujours mieux, plus vite, plus fort, plus loin, parce que c’est ainsi que le cours du temps marque son territoire. L’Homme de demain marche de l’avant, hier à l’aide d’une machine à vapeur, demain à l’aide de sa canne à bit. L’IA serait ainsi la réponse à une question : le progrès. Sauf que le progrès n’a pas besoin d’IA pour exister. D’ailleurs, le progrès a-t-il seulement besoin d’exister ? Difficile de répondre à cette question de manière objective, moi qui suis bien assis sur mon canapé, armé de mon smartphone pour commander une pizza et mater un film sur Netflix. Mais peut – on encore appeler cela du progrès. Beaucoup de questions. Pas sûr que l’IA soit une réponse.  

Et les cons alors ? Encore la même chose. Les cons pensent que nous sommes la réponse à la question : « pourquoi il arrête pas de me faire c… ce con ? ». Alors que c’est eux la réponse. D’ailleurs, le con n’a pas besoin de l’autre pour être con. Le con est con, avec ou sans les autres il est con. Sur une île déserte il serait aussi con. Dans le même genre. Il nous faut dire un mot sur l’absurde. Il serait la réponse à la question : « qu’est – ce que je fous sur cette planète de cons ». Mais en vérité, la planète de cons n’a pas besoin d’absurdité pour exister. Même si la vie avait un sens, elle n’empêcherait pas les cons d’exister. Et je ne prétends pas m’exclure de l’ensemble (antinomique), puisque j’habite sur la même planète.  

Finalement, comment casser des œufs sans faire d’omelette ? Cette question débile a au moins un intérêt. Elle nous rabaisse à la hauteur de nos préjugés. Nous pensons toujours que les faits, les choses, les mots, sont des réponses à des questions. Comme si les réponses avaient besoin de questions pour exister. Comme si les œufs cassés étaient une réponse à la question de l’omelette. Le déficit une réponse à la question du modèle social. L’IA une réponse au progrès. Et les cons une réponse à la connerie. C’est une erreur. Il existe des faits qui répondent à des questions qui ne sont pas posées. Croire le contraire c’est croire que  « les lunettes étaient déjà là, et le nez a été inventé pour les supporter », Jean Yves Girard logicien logique. 

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