Pour un tombeau de Tricia (14 février 1954 † 7 mai 2019)

L'invitation au voyage - Mon enfant, ma soeur, Songe à la douceur D’aller là-bas vivre ensemble! Aimer à loisir, Aimer et mourir Au pays qui te ressemble! Les soleils mouillés De ces ciels brouillés Pour mon esprit ont les charmes Si mystérieux De tes traîtres yeux, Brillant à travers leurs larmes. Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.

 

Tricia Natho 14/02/1954 † 7/05/2019 Tricia Natho 14/02/1954 † 7/05/2019

 

Portrait ravissant, à la Dufy Portrait ravissant, à la Dufy

Tricia ou la combativité  dès qu'un sujet lui tenait à coeur, une injustice à dénoncer, une lâcheté à déplorer, prête à livrer bataille comme Cyrano  
Tricia ou le courage  pour affronter la maladie et la mort avec une lucidité qui forçait notre admiration.
Tricia ou l'amour  de la vie, de ses amis ( réels et virtuels ), de ses proches, et plus que tout de ses enfants Didier et Sandrine.

"photo-qui-ecrase-un-peu-le-buste-ma-fille-l'a-recuperee-pour-la-decoration-de-son-appartement" ( TN ) "photo-qui-ecrase-un-peu-le-buste-ma-fille-l'a-recuperee-pour-la-decoration-de-son-appartement" ( TN )




J'ai eu la chance de la côtoyer ces six derniers mois, au-delà des seuls blogs, des seuls fils (sur lesquels elle, moi et beaucoup d'autres nous rencontrions), échanges écrits, échanges surtout par téléphone : une amitié sûre, déjà virtuellement annoncée par de multiples correspondances, est née en vrai et ne demandait qu'à se déployer, se développer ; je pensais la rencontrer cet été pendant le festival d'Avignon, elle m'avait dit : "Je ne suis pas sûre de pouvoir aller voir un spectacle" mais elle aimait bien ce projet commun :-) elle pensait avoir quelques mois encore devant elle, espérait peut-être atteindre l'automne , en tout cas, moi, je l'espérais. Mon regret est de n'être pas allée la rencontrer vivante.

Au cours des années de Mediapart, on a eu accès à ses réflexions sur la psychiatrie et la maladie mentale ( la schizophrénie qui la touchait à travers un de ses proches ), sur la maladie physique et, elle la disait parfois, psycho-somatique ( ce cancer qui lui fut fatal ), sur l'art, on se rappelle ses tableaux pleins de couleurs et de noir, de mort et de vie ( plusieurs que j'ai pris l'initiative de reposter ici ).
bache-exposee-au-theatre-notre-dame-17-avenue-du-college-dannecy-avignon-du-mercredi-au-dimanche-31-octobre-2018 bache-exposee-au-theatre-notre-dame-17-avenue-du-college-dannecy-avignon-du-mercredi-au-dimanche-31-octobre-2018

On a pu lire de ses nouvelles dont LA NOSTALGIQUE ,  L'INDICIBLE(U ) ininterrompue qu'ouvre la bâche postée plus haut, et d'autres textes encore qui sont sur son blog ; récemment, elle m'a confié le Recueil de ses Nouvelles, je me chargerai de les publier progressivement, en son nom, sur Mediapart.

À tous ceux d'entre vous qui souhaitez lui écrire, vous adresser à elle par-delà l'absence, témoigner d'elle − déjà d'ailleurs de beaux posts musicaux, poétiques ou simplement amicaux, des textes comme le billet de petit nuage, lui sont dédiés, des commentaires circulent sur elle et pour elle, sur son blog et dans des fils du club − ce billet et son fil sont aussi ouverts... 

Le blog de Tricia est là.

Pour moi je n'ai jamais rencontré quelqu'un regardant venir la mort avec ce courage et, je le répète, cette lucidité ( ça allait de pair avec sa combativité connue dans ses prises de positions politiques, sociales ..., et une force d'âme peu commune. )

Le dernier texte que je lui ai adressé ( par post sms ) est celui-ci ( donné à lire par sa fille, si ce fut possible, à la fin ) :

L'INVITATION AU VOYAGE

Mon enfant, ma soeur,

Songe à la douceur

D’aller là-bas

vivre ensemble!

Aimer à loisir,

Aimer et mourir

Au pays qui te ressemble!

Les soleils mouillés

De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes

Si mystérieux

De tes traîtres yeux,

Brillant à travers leurs larmes.

 

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

 

Des meubles luisants,

Polis par les ans,

Décoreraient notre chambre;

Les plus rares fleurs

Mêlant leurs odeurs

Aux vagues senteurs de l’ambre,

Les riches plafonds,

Les miroirs profonds,

La splendeur orientale

Tout y parlerait

A l’âme en secret

Sa douce langue natale.

 

Là, tout n’est qu’ordre et beauté

Luxe, calme et volupté.

 

Vois sur ces canaux

Dormir ces vaisseaux

Dont l’humeur est vagabonde;

C’est pour assouvir

Ton moindre désir

Qu’ils viennent du bout du monde.

Les soleils couchants

Revêtent les champs,

Les canaux, la ville entière,

D’hyacinthe et d’or;

Le monde s’endort

Dans une chaude lumière.

 

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

 

    Baudelaire
 

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