Vous avez choisi le déshonneur...Mais pourquoi, au juste ?

Le 14 juin, le Parlement Européen débattait d'un texte condamnant les violations des droits humains en Russie. Il s'agissait, notamment, de se déclarer solidaires d'Alexandre Koltchenko, anarchiste ukrainien, et d'Oleg Sentsov, cinéaste, en grève de la faim.Des députés français "de gauche" ont mêlé leurs voix à celles de l' extrême-droite pour refuser de voter ce texte. Quelle honte !

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Voici ce que demandait la proposition de résolution, finalement adoptée à une large majorité (485 voix "pour",  seulement 76 "contre" et 66 abstentions).

Je ne reproduis pas les "considérant", la liste des demandes étant déjà longue, mais on trouvera le texte intégral ici:

(Le Parlement Européen)

1. demande aux autorités russes de libérer immédiatement et inconditionnellement  Oleg Sentsov et tous les autres citoyens ukrainiens détenus illégalement en Russie et en Crimée; rappelle que ce sont au total plus de 701 prisonniers politiques ukrainiens qui sont actuellement détenus en Russie et en Crimée occupée;

2. demande la libération immédiate et inconditionnelle du responsable du centre des droits de l’homme «Memorial» en République de Tchétchénie, Oyoub Titiev, ainsi que de tous les prisonniers politiques en Fédération de Russie;


3. demande que les autorités russes cessent d’intimider et de harceler le centre des droits de l’homme «Memorial», son personnel et les divers défenseurs des droits de l’homme, et qu’elles leur permettent d’œuvrer en faveur des droits de l’homme;


4. souligne que le traitement de tous les prisonniers doit respecter les normes internationales et que toutes les personnes détenues devraient avoir le droit de disposer d’une assistance juridique, de voir leurs familles et leurs représentants diplomatiques, et de recevoir des traitements médicaux; insiste sur le fait que les autorités et le personnel judiciaire russes assument l’entière responsabilité de la sécurité et du bien-être des personnes détenues,notamment en Crimée, conformément à la quatrième convention de Genève;


5. rappelle à la Russie qu’il est important qu’elle se conforme pleinement aux obligations juridiques internationales, en sa qualité de membre du Conseil de l’Europe et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, et aux droits de l’homme fondamentaux et à l’état de droit, principes ancrés dans la convention européenne des droits de l’homme et dans le pacte international relatif aux droits civils et politiques;


6. souligne que la liberté de réunion dans la Fédération de Russie est garantie par l’article 31 de sa Constitution et par la Convention européenne des droits de l’homme, dont la Russie est signataire, ce qui rend son respect obligatoire;


7. exhorte les autorités russes, et ce, à tous les niveaux, à reconnaître le rôle crucial des défenseurs des droits de l’homme comme piliers de la démocratie et des observatoires del’état de droit, et de condamner publiquement toutes les attaques contre des défenseurs desdroits de l’homme, notamment en République tchétchène;


8. exprime sa solidarité avec le réalisateur ukrainien, militant politique et prisonnier politique, Oleg Sentsov, qui a entamé une grève de la faim le 14 mai 2018 pour revendiquer la libération de compatriotes détenus illégalement, et s’inquiète des conséquences de cette grève de la faim sur son état de santé; rappelle que Oleg Sentsov,arrêté en Crimée peu de temps après la prise de contrôle de la péninsule de la mer Noire
par les Russes en 2014, puis condamné sur la base de témoignages obtenus sous la torture,purge actuellement une peine de 20 ans, accusé de multiples actes terroristes, dans une prison de haute sécurité dans la région de Yamal Nenets à l’extrême nord de la Russie;


9. déplore le fait qu’un autre condamné, Oleksandr Kolchenko, a été condamné à une peine de privation de liberté de dix ans;


10. constate qu’un autre citoyen ukrainien détenu illégalement, Volodymyr Balukh, a entamé une grève de la faim depuis le 19 mars;


11. engage les autorités compétentes russes et les services médicaux à apporter une attention médicale appropriée aux personnes emprisonnées et à respecter l’éthique médicale, notamment à s’abstenir de les alimenter de force ou à leur imposer tout traitement non sollicité pouvant relever de la torture et d’autres formes de mauvais traitement;

12. s’inquiète vivement du fait que de nombreux prisonniers politiques ukrainiens, tels que Mykola Karpiyuk, Volodymyr, Prysych, Oleksiy Chirniy et Yevhen Panov, ont été victimes de graves tortures;


13. exprime sa profonde inquiétude face au contexte alarmant où des journalistes indépendants et des défenseurs des droits de l’homme qui travaillent en Russie sont la cible d’une série d’arrestations, d’attaques, d’intimidations et d’actes visant à les discréditer, en particulier en Tchétchénie; insiste sur l’importance de la société civile et d’organisations, telles que Memorial, et l’idée que les militants de la société civile doivent pouvoir être libres d’exercer partout leur liberté de pensée ou d’expression, en tant que
droits les plus fondamentaux; demande aux autorités tchétchènes et russes de se conformer à leur législation nationale et à leurs engagements internationaux et à respecter l’état de droit;


14. exprime la profonde préoccupation que lui inspire le climat d’impunité dans lequel ces actes se déroulent et plaide pour que soient élaborées, en liaison avec la société civile, des mesures juridiques, entre autres, destinées à éviter et surveiller ces actes de violence et à en poursuivre efficacement les auteurs; souligne que c’est à la Russie et à son gouvernement qu’incombe la responsabilité ultime d’enquêter sur ces actes, de traduire leurs auteurs en justice et de protéger tous les citoyens russes contre les exactions des
autorités;


15. attire l’attention sur le fait que les autorités russes dans la Crimée occupée ont arrêté plusieurs Tatars de Crimée en mai 2018, notamment Sever Mustafayev, Edem Smailov et des membres de la famille du prisonnier politique Nouri Primov;


16. condamne les violations du droit international par la Russie dans la Crimée occupée, notamment l’application du droit russe, la lourde militarisation de la péninsule de Crimée, qui constitue une menace pour la sécurité régionale, et les violations considérables et systématiques des droits de l’homme, en particulier, contre les Ukrainiens ethniques et les Tatars de Crimée;


17. salue la libération des dirigeants tatars de Crimée, Akhtem Chiygoz et Ilmi Umerov, qui ont été condamnés à des peines d’emprisonnement par des juridictions russes sur le territoire ukrainien temporairement occupé de Crimée en septembre 2017, et le fait que les autorités russes ont autorisé à quitter la péninsule le 25 octobre 2017; remercie tous ceux qui ont œuvré à leur libération, notamment des organisations des droits de l’homme comme Memorial;


18. rappelle aux autorités russes, qu’en tant que puissance occupante exerçant un contrôle effectif sur la Crimée, la Russie est pleinement responsable de la protection des citoyens de Crimée contre les mesures judiciaires ou administratives prises arbitrairement et que, liée par le droit humanitaire international, elle est tenue d’assurer la protection des droits de l’homme dans la péninsule;


19. souligne que les tribunaux russes, qu’ils soient militaires ou civils, ne sont pas compétents pour juger des actes commis à l’extérieur du territoire internationalement reconnu de la Russie et fait observer que dans ces cas, les procédures judiciaires ne peuvent être considérées comme légitimes;

20. réaffirme ses graves préoccupations quant à la loi sur les «agents étrangers» et la manière dont elle est mise en œuvre; considère également que la définition des «activités politiques» menées par les ONG qui acceptent des financements étrangers est tellement générale qu’elle permet, dans la pratique, au gouvernement d’exercer son contrôle sur la quasi-totalité des activités organisées de la vie publique;


21. demande instamment à la Russie de garantir un accès, sans condition ni restriction, aux observateurs internationaux des droits de l’homme et aux missions de suivi; invite les organisations internationales, telles que les Nations unies, le Conseil de l’Europe et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, à suivre de plus près la situation des droits de l’homme en Crimée et de prendre les mesures appropriées;


22. invite le représentant spécial de l’Union européenne pour les droits de l’homme à accorder une attention sans faille à la situation des droits de l’homme dans la péninsule de Crimée et dans les régions de l’Ukraine qui ne sont pas sous le contrôle du gouvernement;


23. demande au Conseil et aux États membres de rester fermes et unis dans leur engagement sur les sanctions convenues contre la Russie et de les prolonger, et d’envisager des mesures ciblées visant des personnes responsables de la détention et des procès concernant des prisonniers politiques;


24. souligne qu’il est important que les délégations de l’Union européenne en Russie et les ambassades des États membres de l’Union suivent l’évolution des procès qui concernent des défenseurs des droits de l’homme;


25. invite le président du Conseil, le président de la Commission, ainsi que la vice-présidente de la Commission/haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité (VP/HR), à continuer de suivre de près les cas de non-respect des obligations juridiques internationales et d’aborder ces questions avec la Russie en différentes circonstances et lors de rencontres.


26. invite à nouveau la VP/HR, ainsi que le SEAE, à veiller à ce que les cas de toutes les personnes poursuivies pour des raisons politiques soient abordés lors des consultations entre l’Union européenne et la Russie sur les droits de l’homme, une fois qu’elles auront repris, et qu’il soit officiellement demandé aux représentants russes de fournir une réponse pour chaque cas et de lui rendre compte de leurs échanges avec les autorités russes;


27. demande instamment à la VP/HR et au SEAE de veiller à ce que l’Union saisisse chaque occasion, dans les limites du droit national russe, pour continuer à coopérer avec les organisations de la société civile en Russie et à les soutenir, notamment celles qui œuvrent pour la promotion des valeurs démocratiques, des droits de l’homme et de l’état de droit;


28. engage l’Union à publier une déclaration pour condamner les violations des droits de l’homme en Russie et leur tentative de les dissimuler sous couvert de la Coupe du mondede la FIFA;


29. charge son Président de transmettre la présente résolution à la vice-présidente de la commission/haute représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, au Conseil, à la Commission, aux gouvernements et aux parlements des États membres, au Conseil de l’Europe, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et au président, au gouvernement et au parlement de la Fédération de Russie.

Ont voté contre cette proposition de résolution, sans surprise, les représentants d'Aube Dorée, toute l'extrême-droite européenne, soutien fidèle de Poutine,  Aymeric Chauprade, Bruno Gollnisch, mais aussi:

- Marie-Pierre Vieu, communiste, devenue députée européenne lorsque Jean-Luc Mélenchon est devenu député français

- Younous Omarjee, qui fut porte-parole de Mélenchon lors des dernières élections présidentielles;

- Patrick Le Hyaric, communiste,président du groupe qui publie L'Humanité.

- Marie-Christine Vergiat, élue sous l'étiquette Front de Gauche, qui, pendant un quart de siècle, a pourtant milité... A la Ligue des Droits de l'Homme !

LA HONTE !

Et ces gens viendront ensuite nous expliquer que non, Mélenchon ne soutient pas Poutine...

La répartition des votes peut être consultée ici.

Je me joins à l'indignation de Vincent Présumey, exprimée dans ce billet.

On trouvera dans cet autre billet, du même Vincent Présumey, et dans celui-ci, un résumé de la situation de Sentsov et Koltchenko.

Liberté pour Alexander Koltchenko © Jean-Claude Meyer

Et pour ne pas oublier ce qu'est le régime de Poutine:

https://blogs.mediapart.fr/pierre-haffner/blog/100618/piege-pour-jeune-russe-candide

Mise à jour de ce billet, ce 17 juin, à 20 h 50:

Précisions apportées ce soir par Vincent Présumey, dans un commentaire à son billet, cité plus haut:

Concernant le groupe GUE/NGL,

-les 34 votes Contre sont ceux, en France, des deux élus membres du PCF  (Le Hyaric et M.P. Vieu), de MC Vergiat apparentée PCF, et de l' "Insoumis" Y. Omarjee, et des 5 de Podemos (y compris Miguel Urban Crespo d'Anticapitalistas à la consternation de ses camarade internationaux), de Die Lincke, de Syriza (mettre en oeuvre les plans "allemands" d'austérité tout en ne contrariant pas Vladimir !) et du PC grec, les 4 portugais (3 du PC et Marisa Matias du Bloc de gauche ...), les 3 du PC tchèque qui vient juste d'entrer au gouvernement en coalition avec le parti "libéral-conservateur" ANO, les 3 italiens de "l'autre Europe avec Tsipras" dont la députée Forenza de Potere al Popolo qui fait campagne pour la reconnaissance des zones occupées du Donbas, notamment.

-les 5 votes Pour sont ceux de l'élu du Parti de gauche suédois, celui de l'Alliance de gauche finlandaise, et les trois néerlandais.

- sur les 5 élus du Sinn Fein (4 d'Irlande et 1 d'Ulster) 4 étaient absent et le présent, Mac-Carthy, s'est abstenu.

- 11 absents.

A noter que Marie-Christine Vergiat, interpellée sur Facebook, a commencé par dire qu'il était impossible qu'elle ait voté contre, n'étant visiblement pas au courant de son vote ! Sans doute renseignée ensuite, elle a entrepris de le justifier en affirmant n'avoir pas de leçons de morale à recevoir et que la "droite européenne" s'oppose à son combat pour les droits de l'homme. Finalement elle a dit soutenir la demande de libération de Sentsov mais qu'elle n'allait pas voter pour cette résolution pour autant ... contre laquelle elle avait, en fait, déjà voté. A suivre ?

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