Confinement: Les professeurs ont travaillé à distance avec leur matériel personnel !

Je relaie ici un billet de blog publié, anonymement bien évidemment, par un personnel de direction de l'Education Nationale.Il rappelle que l'Education Nationale ne fournit aucun matériel, ne paie rien, ne rembourse rien, pour le travail à distance. Et que, malgré cela, de très nombreux professeurs ont assuré des cours à distance, à leurs frais, alors même qu'aucun texte ne les y contraignait.

On trouvera l'intégralité de ce billet ici.

En voici de larges extraits:

" Aujourd'hui, chaque enseignant sait que sa santé ne sera pas surveillée et qu'il devra ne compter que sur lui-même et la médecine de ville, que ses difficultés personnelles ne seront pas interrogées à moins qu'il ne demande explicitement de l'aide.

Aujourd'hui, chaque enseignant qui entre dans la profession sait qu'il n'aura pas de conditions d'accueil matérielles garanties au sein de son établissement afin de pouvoir par exemple bénéficier d'un poste de travail et d'un bureau pour préparer ses cours.

Mais il sait qu'il pourra partager parfois quelques ordinateurs en salle des profs avec des collègues (pour un ratio d'un PC environ pour une dizaine de collègues...).

Aujourd'hui aussi, chaque enseignant qui entre dans la profession est libre de choisir ou non de s'équiper d'un ordinateur et d'une connexion internet (à ses frais) pour préparer ses cours.

Chacun a donc le choix, comme tout citoyen, de ne pas équiper son domicile de matériel informatique et d'une connexion internet. Il y en a, peu mais il y en a, et il n'est écrit nulle  part que cela constitue une faute professionnelle

Du moment qu'en période normale il s'engage à saisir son cahier de texte numérique et ses évaluations (dans les locaux de son établissement ou ailleurs) puisque cela fait aujourd'hui partie de ses obligations professionnelles.

Je force un peu le trait, mais je montre juste que dans le contrat d'un professeur rien n'est prévu  qui l'oblige à être équipé à son domicile.

Et aujourd'hui, on lit ici et là des articles aux titres accrocheurs.

"Confinement : où sont passés les profs ?", "Profs décrocheurs, que fait le ministre ?", "Les profs ne veulent pas reprendre le travail ! Pourquoi ?".

Ces articles suscitent des réactions épidermiques, que ceux qui ne connaissent pas le milieu pourraient penser excessives.

Mais il n'en est rien parce qu'à force d'avoir accepté durant des décennies l'inacceptable, la moindre critique crée un sentiment d'injustice épidermique.

Et justifié.

(...)

On devrait louer le miracle qui s'est déroulé qui a fait que plus de 95% des enseignants ont suivi leurs élèves avec qualité et dévouement malgré des conditions matérielles inacceptables.

Malgré quelques très rares appels à refuser de le faire, dans l’Éducation nationale, la quasi totalité des enseignants se sont assis sur la Loi (concernant le télétravail) dans l’intérêt premier de leurs élèves :

- ils ont utilisé leur matériel personnel,

 - ils ont utilisé leurs forfaits téléphoniques (parfois en les explosant).

Tout cela sur leurs propres deniers.

La continuité pédagogique n'a tenu que parce que la quasi totalité des enseignants a pallié le manque total de matériels professionnels mis à leur disposition .

Donc non, l'Institution n'était pas prête, contrairement à ce qui a pu être dit.

A aucun moment.

Mais les enseignants étaient prêts.

Et nous avons obtenu de formidables résultats.

(...)

Oui, certains enseignants ont pu se retrouver dans l'impossibilité d'enseigner à distance, oui peut-être quelques rares ont pu décider de refuser d'utiliser leurs ressources personnelles (c'est dommage car ce n'est pas l'esprit de la maison mais cela n'a rien d'illégal et ne saurait constituer une faute professionnelle).

Mais au bout du bout du compte, qui est le responsable ?

Quelle entreprise oserait demander à ses salariés d'assurer du télétravail sans y mettre les conditions matérielles ?

Je crois qu'il faudrait dire et redire que tout cela a reposé sur une sorte de miracle et que l'enseignement est définitivement une vocation.

Je crois qu'il faudrait montrer que les gouvernements successifs ont peut-être un peu trop surfé sur le dévouement des enseignants à leur métier, au risque aujourd'hui (la société change, les générations changent) de ne plus susciter autant d'engouement au recrutement. "

Pour rappel, mon analyse détaillée du scandaleux reportage diffusé par France 2 :

https://blogs.mediapart.fr/lancetre/blog/120620/france-2-contre-les-profs-du-journalisme-ou-de-la-propagande

 

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