Mélenchon: "le triomphe du disciple est la gloire du maître"

L'entretien accordé par Jean-Luc Mélenchon au journal Le Un mérite d'être lu. Le chef des Insoumis s'y dépeint lui-même comme un "maître" qui a des "disciples".Il y déclare que le but de la FI n'est pas d'être démocratique.Il demande que le peuple s'identifie à lui. Il y proclame son nationalisme: qu'avons-nous de commun avec des Lituaniens ? Effarant.

D'abord, on se frotte les yeux.

On vérifie le titre du journal: ce n'est pas le Gorafi.

Puis la date: 18 octobre, et non 1er avril.

Un imposteur se serait-il fait passer pour Mélenchon ?

Pourtant, à l'heure actuelle, Mélenchon n'a pas démenti.

C'est donc bien lui qui a prononcé, face aux journalistes du Un, ces paroles ahurissantes...

Par lesquelles il valide, sans plus de façons, la plupart des critiques portées contre lui, notamment par l'auteur de ce billet:

1) Oui, Mélenchon est bien un Gourou, qu'acclament des disciples !

A la question,  surprenante, s'agissant d'un mouvement dont il proclame par ailleurs, dans le même entretien, qu'il est "gazeux", et n'a pas de direction : "Avez-vous déjà réfléchi à votre succession ? ", Mélenchon répond, modestement, parlant de lui à la troisième personne, et sans du tout s'étonner :

"Le triomphe du disciple est la gloire du maître. Le bon maître est celui qui apprend à l'élève à se déprendre de lui. Ma marque sera la contribution intellectuelle que j'aurais apportée pour fonder l'humanisme politique de ce siècle".

2) Oui, Mélenchon a le melon... Et cela ne va vraiment pas en s'arrangeant !

A la question: "Qu'avez-vous prévu pour parler au peuple sans diplôme ?", Mélenchon répond, sans hésiter:

"Moi.Vous pouvez vous identifier à moi."

A la question: " Dans le mouvement de la FI, quel rôle joue JLM ? ", la réponse est tout aussi immédiate, et tout aussi hallucinante:

"Je sers de clef de voûte".

3) Non, Mélenchon n'est pas un démocrate.

Question: "La France Insoumise est-elle un parti ou un mouvement ?"

Réponse:

"Le but du mouvement de la FI n'est pas d'être démocratique mais collectif."

"On ne parle pas la même langue avec ceux qui me demandent: "Comment sera élue la direction du mouvement?" On s'en fout comme de notre première chemise ! "

4) Oui, Mélenchon est un nationaliste.

"La première fois qu'on a évoqué l'idée de chanter La Marseillaise dans les meetings, plusieurs de mes amis ne voulaient pas en entendre parler. Moi, j'y croyais. Si on fait une campagne présidentielle où on ne chante pas l'hymne national, qu'est-ce qu'on va chanter ? L'internationale ? ça exclut tous ceux qui ne la connaissent pas."

Il ne lui vient pas à l'idée, manifestement, que, dans une manifestation de gauche , tout le monde connaît l'Internationale, dont les paroles ont été traduites dans toutes les langues, et chantées, depuis plus d'un siècle, dans le monde entier.

Quant à  ceux qui ne la connaissent pas, ils ont toujours la ressource de l'apprendre.

Comme l'ont apprise, avant eux, des millions de manifestants, souvent en la chantant avec ceux qui la connaissaient déjà.

 Il ne lui vient pas davantage à l'esprit que les paroles de l'Internationale, chant révolutionnaire, sont autrement adaptées à un mouvement qui se présente comme humaniste que celles du chant de guerre pour l'armée du Rhin.

Comment peut-on chanter, en 2017, " Qu'un sang impur abreuve nos sillons !" et se prétendre de gauche ?

Serait-ce, dans l'Internationale, le vers "Il n'est pas de sauveurs suprêmes, ni Dieu, ni César, ni tribuns ! " qui dérangerait Mélenchon ?

5) Et d'un nationalisme étroit, qui confine à la xénophobie:

" Le "peuple européen", qu'est-ce que c'est ? Je ne me sens rien de commun avec les pays baltes. C'est le bout du monde, même les Romains ne sont pas allés là-bas ! La grande matrice de l'Europe, ce sont les frontières de l'Empire romain. En deçà, la nation civique; au-delà, la nation ethnique. (...) On traiterait comme des frères de lointains Lituaniens, sous prétexte qu'ils sont chrétiens ! "

A ce sujet, une mise au point bienvenue:

http://www.liberation.fr/debats/2017/10/24/melenchon-cesar-et-neron_1605325

Extraits:

capture-libe-lituanie
capture-libe-lituanie-2
capture-libe-3
capture-libe-4

6) Oui, Mélenchon est militariste !

" Je refuse absolument les abandons de souveraineté populaire sous prétexte de cantiques européistes creux et dangereux, comme le renoncement à notre autonomie en matière de défense."

7) Oui, Mélenchon hait les journalistes !

"Le large public s'éduque peu à peu mais irrémédiablement. Le mépris populaire pour les médias a bien évolué: il est plus profond et plus conscient que jamais.Je sais que c'est dur. Moi aussi, il y a des jours où je me sens asphyxié par les buzz quotidiens que lancent les chiens de garde".

Jean-Luc Mélenchon vire un journaliste à Marseille © Gonzo Ben

Ce qui amène les journalistes du Un, sans doute aussi époustouflés que le lecteur, à poser à Mélenchon cette étonnante question:

"Si la France Insoumise arrivait au pouvoir, respecterait-elle la démocratie ?"

"Mais oui !", répond Mélenchon, qui paraît être le seul à ne pas voir que ses déclarations créent un léger malaise...

Après lecture de cet entretien, comme d'ailleurs après avoir lu les milliers de commentaires d'une violence inouïe postés par les autoproclamés Insoumis sur les réseaux dits "sociaux", il ne paraît pas illégitime d'avoir un léger doute à ce sujet.

Mais Mélenchon, qui a réponse à tout, explique: si les insoumis se montrent si violents, c'est qu'on les provoque !

On croirait entendre un agresseur  affirmer que sa victime l'a bien cherché, alors qu'en réalité, il est gentil comme tout...

"Nos adversaires jouent sur cette corde: Mélenchon est agressif, ses partisans sont durs, etc. Ils parviennent à rendre les nôtres super virulents sur les réseaux sociaux. Mais quand tu les retrouves dans la rue, tout le monde voit bien qu'ils sont bons comme du pain blanc."

A noter, les deux dessins qui illustrent cet entretien.

Ils sont dus à Angel Boligan Corbo, caricaturiste d'origine cubaine, installé depuis 1992 à Mexico.

Le Cubain exilé a parfaitement compris à qui il avait affaire...

img-20171023-0003

img-20171023-0004

N.B. 1 : Tous les passages en italique sont recopiés scrupuleusement sur le texte publié dans l'exemplaire du Un que j'avais près de moi pour rédiger ce billet.

Je n'y ai pas changé, ajouté ni retranché un seul mot.

N.B. 2 : C'est cet entretien de Mélenchon, accordé au Un, qui a inspiré ce billet de Jean-Pierre Boudine, dont je recommande vivement la lecture :

https://blogs.mediapart.fr/jean-pierre-boudine/blog/181017/de-leau-dans-le-gaz

 N.B. 3: Pour ajouter encore à cette inquiétante dérive sectaire, autoritaire, mégalomane et nationaliste, un extrait du billet de Mélenchon intitulé La semaine perplexe:

"Voir Médiapart tirer dans le dos du « Média » le jour de son lancement aura été un moment d’intense pédagogie pour beaucoup de naïfs désormais mieux avertis de la réalité de la carte politique de la caste. Ce n’est pas rien. Nous ne pourrons jamais gouverner sérieusement ce pays sans avoir été d’abord aussi complètement que possible dégagés de toute faiblesse à l’égard de cette caste. Car elle sera alors, comme dans tous les pays du monde où nous avons gouverné, notre premier et quasi unique adversaire" (le commentaire d'Edwy Plenel en réponse ici).

Question:

De quels pays Mélenchon parle-t-il ?

A ma connaissance, il n'a jamais gouverné aucun pays.

Et il affirme, tout en rendant un hommage appuyé à Fidel Castro, qu'il ne veut pas refaire Cuba en France .

Alors ?

Qu'il nomme quelques-uns des Etats auxquels il songe permettrait de se faire une idée un peu plus précise sur le sort qui serait réservé aux journalistes s'il accédait au pouvoir.

Même si l'on s'en doute un peu...

capture-melenchon-napoleon-fidel

 Capture d'écran réalisée sans trucage, à partir de la vidéo postée sur youtube.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.