Quand Aubry fait la fête avec Minc

Dis-moi qui sont tes amis, et je te dirai qui tu es... Sans doute Martine Aubry aurait-elle dû méditer l'adage avant de lancer ses invitations pour la fête qu'elle a organisée, dimanche 5 septembre au soir, à Lille, car il en est une qui n'est pas passée inaperçue : dans le lot, il y avait en effet Alain Minc, l'entremetteur du capitalisme parisien, qui est aussi l'une des figures de la Sarkozie, même s'il n'est plus très en cour depuis quelques mois.

Dis-moi qui sont tes amis, et je te dirai qui tu es... Sans doute Martine Aubry aurait-elle dû méditer l'adage avant de lancer ses invitations pour la fête qu'elle a organisée, dimanche 5 septembre au soir, à Lille, car il en est une qui n'est pas passée inaperçue : dans le lot, il y avait en effet Alain Minc, l'entremetteur du capitalisme parisien, qui est aussi l'une des figures de la Sarkozie, même s'il n'est plus très en cour depuis quelques mois.

C'est le Figaro, dans un « indiscret », qui a révélé la nouvelle. Le quotidien, il est vrai, ne s'est pas donné grand mal pour enquêter. Selon les meilleures sources, c'est Alain Minc qui a discrètement tenu à faire savoir au journal qu'il était de la fête. Ainsi fonctionne souvent l'intéressé : dans son métier d'entremetteur, il aime à faire savoir à son camp, celui dont Nicolas Sarkozy est le porte-drapeau, qu'il est utile puisqu'il a des relations de confiance jusque dans le camp d'en face.

Interrogé vendredi matin par le patron de l'Express, Christophe Barbier, sur LCI, Alain Minc a naturellement confirmé l'information qu'il avait lui-même discrètement divulguée. Tout juste s'est-il appliqué à en souligner le caractère strictement privé, feignant de penser que l'information n'aurait jamais dû être connue (à partit de 5'30'' sur la vidéo ci-dessus) : « C'était quelque chose de totalement privé. Martine Aubry est une amie depuis plus de 42 ans. Une vraie amie. Nous ne parlons pas de politique. Et il n' y avait que de vrais amis et aucun cacique du PS. »

Ce que dit Alain Minc est pourtant faux. Les 60 ans de Martine Aubry ont donné lieu a une fête, qui n'était pas franchement privée, puisque, selon nos informations, après un bref pot à son domicile, un dîner a eu lieu à la Maison de l'Avocat. Y ont été conviés près d'une centaine de personnes, dont... de nombreux caciques du Parti socialiste : entre autres Elisabeth Guigou, Harlem Désir, Claude Bartelone, Benoît Hamon, Marylise Lebranchu...

Alors, pourquoi Martine Aubry a-t-elle pris le risque d'afficher une semblable liaison dangereuse avec l'une des personnalités les plus controversées du clan sarkoziste, qui se targue précisément de jouer les entremetteurs en toutes les circonstances : entre Nicolas Sarkozy et les grand patrons ; entre les grands patrons eux-mêmes ; entre la gauche et la droite? Liaisons dangereuses, oui, parce que Alain Minc incarne à juste titre, pour beaucoup de Français, ce système de connivence qui existe trop souvent entre les élites, de gauche comme de droite - ces élites qui perdurent d'une alternance à l'autre et qui pèsent pour que ce soit toujours la même politique qui soit suivie.

La présence d'Alain Minc aux 60 ans de Martine Aubry prend d'autant plus de relief qu'il vient de multiplier ces dernières semaines les déclarations ultra réactionnaires ou xénophobes. Il s'est ainsi tristement illustré récemment en suggérant que l'assurance-maladie des personnes les plus âgées soit à la charge, au moins partiellement, d'eux-mêmes ou de leur famille. Venant en appui de la politique xénophobe de Nicolas Sarkozy contre les Roms, il s'est insurgé contre un appel à la compassion de Benoît XVI, en faisant valoir qu'il était mal placé pour tenir de tels propos puisqu'il était un... « pape allemand »! (voir mon billet de blog précédent Minc, l'oligarque bête et méchant).

En bref, il y a des faits minuscules qui méritent tout de même attention, car ils disent quelque chose des acteurs de la vie politique. Et la présence d'Alain Minc aux côtés de Martine Aubry est évidemment de ceux-là. Ils font craindre que toujours les mêmes acteurs tirent toujours les mêmes ficelles dans les coulisses du pouvoir, quelque que soient les alternances, pour conduire toujours les mêmes politiques.

On dira, certes, que Martine Aubry n'est pas la seule à entretenir des relations de grande proximité avec Alain Minc. Il y a aussi Dominique Strauss-Kahn. Dans son cas, c'est même plus que de l'amitié, puisque le conseiller de Nicolas Sarkozy assure le même office auprès de « DSK ». Dans mon livre sur Alain Minc, (Petits Conseils, Stock, 2007), je l'avais constaté moi-même de visu : sortant du bureau d'Alain Minc, que j'étais venu interroger, qui avais-je croisé, montant dans l'escalier ? Dominique Strauss-Kahn ! Et quelques mois plus tard, exerçant mon métier de journaliste à Mediapart et faisant anti-chambre à l'Elysée, peu après la victoire de Nicolas Sarkozy à la présidentielle, qui ai-je vu sortir du bureau du secrétaire général, Claude Guéant ? Alain Minc, encore et toujours.

Ces faits minuscules, qui disent pourtant quelque chose de la vie politique, la gauche ne serait-elle bien avisée d'y prendre garde ? Ils font immanquablement penser au désespérant principe de Lampedusa : « Il faut que tout change pour que rien ne change... ».

NOTA BENE- Lundi 11 heures. Un collaborateur de Martine Aubry vient de m'apporter une précision que je juge utile de reproduire ici. Ce n'est pas Martine Aubry elle-même qui a lancé des invitations pour son anniversaire, car il s'agissait d'un anniversaire-surprise. Ce sont donc ses proches qui s'en sont chargés et qui ont établi la liste des convives.

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