Les imposteurs de l’économie, suite et pas fin

Par les temps qui courent, on ne parle plus guère des « imposteurs de l’économie », ces économistes qui courent micros et caméras en se prévalant de leurs titres universitaires, mais qui sont plus ou moins secrètement appointés par la finance. Et c’est pourtant un tort, ils sont plus que jamais actifs et barbotent dans les mêmes conflits d’intérêt.

En douterait-on, il suffit de consulter la discrète annonce légale qui est parue le 18 février dernier à la page 3 de la Gazette du Palais (on peut la consulter ci-contre). On y apprend qu’une association dénommée « Les amis du Cercle des économistes » vient de créer

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une société par action simplifiée (SAS) dénommée « Le Cercle des économistes SAS », dont l’objet est « de contribuer à l’amélioration et à la diffusion des connaissances dans le domaine de l’économie, notamment par la réalisation et la publication d’études et de recherches et l’organisation de manifestations en liaison avec des acteurs privés et publics, aussi bien français qu’internationaux ».

Quelle est donc cette nouvelle association animée d’une si noble ambition ? En fait, on connaît, de longue date, le Cercle des économistes. Il s’agit du quartier général de ces « imposteurs de l’économie » auquel j’ai consacré une longue enquête dans un livre paru en 2012 (lire mes billets de blog ici ou encore ). L’association réunit trente économistes, navigant entre les cercles mondains parisiens et les cercle de la haute finance. La plupart des membres de cette association sont à l’image de son président, Jean-Hervé Lorenzi, qui à longtemps couru les medias en excipant de sa qualité de professeur d’économie à Dauphine – fonction qu’il n’occupe plus-  mais qui était aussi dans le même temps membre du directoire de la banque Edmond de Rothschild, et administrateur d’autres sociétés. En somme, le Cercle des économistes (de la pensée unique) symbolise la dérive qu’ont connus quelques économistes parisiens qui se sont transformés parfois au fil des ans en lobbyistes du monde de la finance sans afficher leurs attaches ou conflits d’intérêt.

Parmi les membres emblématiques de ce cercle, on retrouve encore Laurence Boone, une économiste qui venant de la finance, a été à l’Elysée quelques temps auprès de François Hollande, avant de repartir vers la finance. En résumé, le Cercle rassemble quelques-uns de ces économistes essuie-glaces, qui navigant de gauche et de droite au gré des alternances pour recommander la mise en œuvre perpétuellement de la même politique néolibérale.

Ce débat sur les imposteurs de l’économie, Mediapart lui a donc donné un large écho, aussi bien en publiant les bonnes feuilles de mon livre (Lire L’OPA de la finance sur la recherche économique), qu’en organisant, le jour même de la parution de l’ouvrage, le 19 mars 2012, un débat avec de nombreux économistes au Palais de Chaillot – débat dont on retrouvera ici la première partie et là la seconde.

Mais voici qu’à côté du Cercle des économistes se constitue donc une nouvelle association « Le Cercle des économistes SAS », dont le but serait donc de promouvoir « la diffusion des connaissances dans le domaine de l’économie ». Une seconde association dont le but est, en somme, de populariser les travaux de la première.

Or, ce qu’il y a d’intéressant dans cette nouvelle association, c’est qu’elle est la caricature de sa maison mère. Dans la composition de ses instances dirigeantes, on retrouve tous les usages et pratiques de ces imposteurs de l’économie. Au diable le pluralisme des approches ! Au diable la diversité des sensibilités ! L’économie, à les observer, c’est une discipline où se côtoient dans une charmante consanguinité patrons, financiers et universitaires, mais tous de la même obédience.

Au sein du conseil de surveillance, on trouve donc des membres du Cercle des économistes, comme Christian de Boissieu, Laurence Boone, Olivier Pastré ou Jacques Mistral (tous proches des milieux de la haute finance), aux côtés de Pierre-André de Chalendar (PDG de Saint-Gobain), Augustin de Romanet (l’ancien patron de la Caisse des dépôts, devenu patron d’Aéroports de Paris), Eric Lombard (patron de Generali-France), Isabelle Kocher (directrice générale déléguée, chargée des opérations du groupe Engie), ou encore Patricia Barbizet (la directrice générale d’Artemis, la holding du milliardaire François Pinault). On imagine docn sans peine quand ce ne sont pas ces cénacles qui populariseront ou soutiendront des travaux de recherche s'écartant du mainstream.

La morale de l’histoire ? C’est évidemment que tout continue comme avant. Comme si la planète et tout particulièrement l’Europe n’avait pas connu une crise économique historique. Oui, tout continue : le monde est aussi dérégulé qu’avant ; la finance est toujours aussi folle ; beaucoup d’indices suggèrent même qu’une nouvelle crise est en train d’enfler. Tout continue comme avant, jusqu’à nos imposteurs de l’économie qui tiennent toujours le haut du pavé dans les médias, et propage, d’un gouvernement à l’autre, la même doxa libérale.

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