Laurent Mucchielli
Sociologue, directeur de recherches au CNRS (Centre Méditerranéen de Sociologie, de Science Politique et d'Histoire). https://www.lames.cnrs.fr/spip.php?article10
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Billet de blog 3 févr. 2021

L'hypothèse de l'efficacité du confinement est démentie par la science actuelle

Le ministère de la Santé, les organismes publics qui en dépendent et les membres du "Conseil scientifique Covid-19" ne cessent de louer les mesures de confinement pour casser la dynamique de l'épidémie. Or l'état actuel des connaissances scientifiques ne justifie pas cet enthousiasme. On fait ici le point sur ces études et on rappelle les conséquences très néfastes des confinements.

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Épisode 40

Par Jean-François TOUSSAINT, professeur de physiologie à l'Université de Paris

Le confinement commence à peine à dévoiler la puissance destructrice de ses effets de long terme : désocialisation massive, solitude exacerbée des anciens, détresse des jeunes générations, perte de confiance en l’avenir, baisse historique de la natalité… sans compter l’écroulement de pans entiers de l’économie, aux conséquences redoutables sur le devenir de nos sociétés. Or de nouveaux constats remettent en question les effets supposés positifs de ces mesures.

De nombreuses études se sont succédées en 2020 pour interroger la réalité de leurs bénéfices. Une des plus récentes au plus haut niveau (Jan Brauner et al, Science, 15 Déc 2020) démontrait déjà un impact tout relatif - réduction non significative de 10 à 15% du Rt - au regard des effets d’autres mesures telles que la limitation des interactions de proximité ou l’interdiction des réunions de plus de 10 personnes.

Une publication d’Eran Bendavid et al (Eur J Clin Invest, 10 jan 2021) a analysé l’évolution de l’épidémie dans les régions de dix pays. Elle aussi conclut que « si de petits avantages ne peuvent être exclus, il n’existe pas d’avantage significatif à mettre en place des mesures non pharmacologiques restrictives - telles que le confinement - des réductions similaires de la croissance de l’épidémie pouvant être obtenues avec des interventions moins restrictives ». Le confinement n’aurait donc pas d’effet notable sur le cours de l’épidémie.

Pour départager les tenants de deux thèses opposées (le confinement est-il efficace ou pas ?), soit on réalise une étude randomisée a priori avec groupe contrôle, soit on effectue une analyse globale comparant les taux de mortalité (indicateur le moins incertain parce qu’en général le moins mal défini …) à tous les facteurs potentiellement impliqués dans son évolution (analyse multifactorielle).

Alors qu’en mars 2020 nous ne disposions pas de preuve à l’échelle mondiale des effets de court et de long terme de telles mesures, aucune étude du premier type n’a été envisagée pour démontrer l’efficience ou l’amplitude des effets positifs (ou négatifs) du confinement. À ce jour, nous ne disposons donc toujours pas de la moindre certitude établie dans les règles scientifiques en vigueur.

Moins puissant dans sa capacité argumentaire, le second type d’investigation cherche, a posteriori, à mettre en évidence des liens de temporalité (l’association temporelle est indispensable à la démonstration secondaire d’un éventuel lien de causalité). Ces associations nourrissent alors les hypothèses qu’il faut parvenir à démontrer ultérieurement. Dans ce contexte, le travail de Quentin Delarochelambert et al (Frontiers in Public Health, 19 Nov 2020) a montré l’absence de lien entre intensité du confinement et taux de mortalité dans les 188 pays touchés lors des 8 premiers mois de 2020 et insisté sur la saturation des indices de développement sociétaux. Ce travail est à ce jour le seul à avoir établi de telles comparaisons sur la totalité des pays concernés par la Covid. Il montre aussi que les décisions publiques ont été prises en réaction à la croissance de l’épidémie, ce qui ne permet pas de conclure à l’efficacité préventive de ces mesures. Or, malgré l’absence de certitude, c’est pourtant sur ce point qu’insistent les actuels partisans de l’enfermement aveugle pour essayer de vendre un reconfinement « préventif » en France.

Les choix méthodologiques de l’étude d’Eran Bendavid reposent sur l’analyse rétrospective du nombre de tests positifs dans dix pays au début de la pandémie et non sur une analyse de mortalité ; par la suite ces "cas" ne pourront plus être assimilés aux seuls sujets malades. Le nombre de pays étudiés est certes faible mais d’une part l’analyse régionale permet d’accroitre la portée comparative et d’autre part les premiers travaux publiés (Seth Flaxman, Nature, 8 juin 2020) en comptaient un nombre comparable. Les plus récents, reposant sur des méthodes plus complexes, n’en ont d’ailleurs pas analysé plus d’une quarantaine. L’un des intérêts de leurs résultats est ainsi de montrer que ces raisonnements a posteriori, très utilisés par les promoteurs du confinement, permettent d’aller dans toutes les directions, sans qu’on puisse juger correctement du débat.

L’évaluation des données suédoises reste un repère important de l’étude de Bendavid et al, puisque ce pays n’a toujours pas choisi la voie d’un confinement strict, contrairement aux autres pays européens. Or, par rapport à ses voisins, la Suède a connu un nombre de décès très élevé dès le début de l’épidémie, avant même qu’aucune mesure n’ait été prise. Cette différence initiale a persisté ensuite mais elle peut s’expliquer par une importante sous-mortalité (-4,5%) en 2019, laissant un nombre important de "cibles" pour le Sars-CoV-2 (effet démographique dit "de moisson").

Enfin la Blavatnik School of Government de l’université d’Oxford a établi une gradation des mesures et décisions successives avec un index d’intensité (stringency index) qu’il est possible d’intégrer dans le temps pour mesurer la « charge de confinement » de tous les pays. Or le résultat est le même : il n’existe pas non plus d’association entre charge et taux de mortalité.

Pour conclure

En France, les autorités commencent à comprendre que les effets de long terme des confinements successifs et leurs impacts répétés sur d’immenses domaines, hors du champ étroit de la seule réanimation hospitalière, doivent être intégrés à la décision publique.

Il va donc bien falloir un jour que les experts sanitaires se résolvent à démontrer dans les règles de l’art l’utilité de leurs injonctions avant de recourir à nouveau à des mesures aussi barbares et aussi délétères pour l’avenir de nos enfants.

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