Mortalité du Covid-19 : ce que révèlerait la comparaison France-Suisse

La comparaison des statistiques de mortalité liée au Covid-19 entre la France et la Suisse révèlerait le rôle des thérapeutiques dans la lutte contre l'épidémie. L'usage, l'arrêt suite à l'affaire du Lancet, puis la reprise de l'usage de l'hydroxychloroquine aurait eu un impact direct sur la mortalité en Suisse et dans d'autres pays. Des morts auraient donc - hélas - pu être évitées en France.

AVIS AUX LECTEURS - ERRATUM

Après avoir été alerté par plusieurs personnes (que je remercie même si certaines d'entre elles n'étaient pas bien intentionnées ni capables du minimum de courtoisie requis en société - fut-elle numérique), je suis amené à retirer de la publication toute la partie de cet article qui concernait l'interprétation de l'évolution de la mortalité en Suisse. Les données statistiques concernant la France demeurent en revanche inchangées, elles sont tirées de la source officielle (Santé Publique France).

En effet, si les auteurs de cet article - mes collègues Dominique Andolfatto et Dominique Labbé - ont utilisé de bonne foi des calculs réalisés en juillet par France Soir sur la base des statistiques de mortalité de la John Hopkins University, il apparaît que, depuis, les autorités fédérales suisses ont révisé totalement ces données statistiques pour la période allant de la fin mai à la mi-juin. Il faut donc considérer que les calculs présentés étaient faux.

Dominique Andolfatto et Dominique Labbé publieront d'ici quelques jours un texte expliquant les détails de cette erreur, en soi instructifs quant à la prudence requise en matière d'information et d'interprétation statistiques. En attendant, ils présentent leurs excuses à nos lecteurs, excuses auxquelles je m'associe bien évidemment en tant que responsable de la publication de ce blog.

Dans un climat général hélas pour le moins délétère, où l'émotion et l'anathème prévalent souvent sur le débat d'idées et l'échange d'arguments, il est important de tenter de garder la tête froide et de faire preuve d'honnêteté intellectuelle, donc de reconnaître aussi lorsque l'on a fait une erreur.

LM

 


Épisode 22

Par Dominique ANDOLFATTO (professeur de science politique, Credespo, Université de Bourgogne Franche-Comté) et Dominique LABBÉ (chercheur associé en science politique, Pacte-CNRS, Université de Grenoble-Alpes).

Cet article reprend partiellement un texte publié dans la Revue Politique et Parlementaire le 23 août 2020.

Les auteurs n’ont reçu aucun financement public ou privé.


 

En France, à la fin août, il semble difficile de continuer à parler d’épidémie à propos du Covid. Il sort plus de gens de l’hôpital qu’il n’en arrive. D’après les données mises en ligne tous les jours par Santé Publique France, le nombre de personnes hospitalisées est tombé en dessous de 5 000 (contre plus de 30 000 au début avril). Il reste moins de 400 malades en réanimation contre 7 000 au pic épidémique (8 avril). Tous ces indicateurs sont en décroissance et il n’existe aucun signe visible d’aggravation de cette situation sanitaire (voir les données détaillées dans les 2 tableaux en annexe de cet article). Si les contaminations – beaucoup plus dépistées qu’auparavant – semblent augmenter, comme on le verra il existe aussi des interrogations sur l’évolution de la nature de la maladie.

Graphique 1 : évolution de l’épidémie de Covid dans les hôpitaux français du 18 mars au 24 août 2020 (source : Santé Publique France)

graphique-1

Selon le bilan actuel, cette épidémie a entraîné plus de 32 000 décès en France (en tenant compte des morts à domicile), ce qui, rapporté au nombre d’habitants, en fait l’un des plus lourd des grands pays développés.

Parmi les multiples questions que pose cet événement, deux viennent de recevoir des éléments de réponse. Premièrement certains décès auraient-ils pu être évités ? Deuxièmement, sommes-nous débarrassés du Covid ?

 

****** ICI SE TROUVAIENT LES PARAGRAPHES RETIRES ********

 

Sommes-nous débarrassés du Covid ?

Dans le domaine des maladies infectieuses, les spécialistes sérieux se risquent rarement à des prévisions. En revanche, il y a maintenant deux indications intéressantes qui répondent en partie à la question.

En premier lieu, si l’épidémie devait repartir, un traitement efficace, même s’il n’est pas absolu, semble avoir fonctionné à Marseille, limitant considérablement la mortalité.

En second lieu, les trois graphiques ci-dessus suggèrent un même mécanisme d’atténuation de la virulence du Covid (courbe en cloche asymétrique caractéristique de toutes les infections épidémiques respiratoires à virus). C’est particulièrement le cas du profil de la courbe de la mortalité hospitalière (en noir sur le troisième graphique). En effet, en France, les malades hospitalisés ont été laissés – officiellement – sans traitements autres que symptomatiques jusqu’à leur mise en réanimation (ou leur guérison spontanée). Dès lors, la mortalité hospitalière, en France, devrait être à peu près stable. Or, depuis la fin mars, lorsque la mortalité hospitalière française a frôlé les 40 % – selon le calcul de l’Université John Hopkins – ce taux s’est progressivement réduit pour passer en dessous de 15 % à la fin mai et à moins de 10 % depuis la mi-juin. En l’absence de changements dans les traitements spécifiques du Covid, c’est donc que la maladie se serait considérablement atténuée ou aurait changé de nature.

Cette atténuation serait un processus caractéristique de la plupart des épidémies comme une étude de la biologiste et immunologiste H. Banoun a pu le souligner récemment. Lorsque le niveau épidémique est atteint (des millions de personnes infectées), il se produirait une interaction entre des milliards d'agents infectieux et des milliards de cellules immunitaires humaines qui forment l'environnement de cet invité indésirable.

Toujours selon H. Banoun, lors de la reproduction (très rapide) du virus, il se produirait de nombreuses mutations aléatoires dont certaines sont éliminées par le système immunitaire des personnes infectées – parce que dangereuses pour lui – et d'autres sont favorisées parce que bénignes pour l'hôte. Ce processus de « sélection » conduirait le virus à devenir de moins en moins virulent. Bien que le Covid soit toujours présent en France (ce que montre la campagne de tests menée depuis la fin mai), l'épidémie tend à disparaître. En effet, depuis la mi-avril, on meurt de moins en moins et le nombre des hospitalisations et des décès diminue constamment.

Cela étant, cette évolution de la maladie ne semble toujours pas – officiellement – admise. Bien au contraire ! Les explications officielles demeurent assez confuses, pointant notamment une évolution des traitements à l’hôpital (recours aux corticoïdes ou aux anticoagulants, voir par exemple ici), ce qui n’explique pas cependant le recul spectaculaire du nombre d’hospitalisations.

Une dernière explication peut s’ajouter à ce processus naturel décrit plus haut. Après avoir été placés hors-jeu pendant plus de deux mois, les médecins généralistes ont recommencé à recevoir leurs patients atteints de Covid. Une partie de ces médecins prodiguent peut-être certaines thérapeutiques, mais cela se ferait clandestinement puisqu’il ne semble toujours possible que de traiter les symptômes de la maladie. Cette situation interroge d’ailleurs sur la période que nous vivons et sur le tabou qui entoure toujours cette question des traitements du Covid.

Dès lors un retour de l’épidémie n’est-il pas très improbable ? Les alertes régulièrement lancées par les médias et les autorités ne plongent-ils la population dans une inquiétude injustifiée, entretenant une sorte de psychose qui ne peut être que néfaste ? Bien sûr, d’autres virus peuvent surgir à tout moment… En fait, le gouvernement devrait s’assurer de la confiance de la population en se faisant plus pédagogue, en explicitant sans tabou sa politique, en recourant moins systématiquement à la sanction… Sinon la perte de confiance envers les autorités sanitaires et politiques rendra plus problématique l’action face à toute nouvelle épidémie ou aggravation de la situation.

Conclusions

Premièrement, depuis le début de cette crise sanitaire, sous prétexte de l’absence supposée d’un traitement efficace, on a assisté au retour et au renforcement continu de mesures autoritaires que même l’opposition politique ne critique pas. Ainsi, les autorités françaises (sanitaires et politiques) ont pu piétiner les libertés publiques d’une manière inégalée dans les démocraties libérales : confinement dur (et menace constante de retour à celui-ci), interdiction des rassemblements, port obligatoire du masque en train d’être généralisé dans toutes les circonstances de la vie sociale (et peut-être bientôt familiale même), abandon du secret médical, fichage des personnes positives et de leur entourage (ce que durant l’épidémie de SIDA, on s’était bien gardé de faire), fermetures d’entreprise, etc. Tout cela s’est accompagné de mesures policières extraordinaires.

On a justifié ces mesures par une prétendue « indiscipline » des Français. Et le gouvernement français a persévéré dans les errements, voire les contre-vérités, ne cessant d’affirmer tout au long de l’été que tous les indicateurs de l’épidémie étaient au rouge, alors que tel n’est pas le cas et que la maladie n’est manifestement plus de même nature (comme le dit le professeur Raoult mais aussi beaucoup d’autres médecins comme le professeur Toussaint par exemple). Sans doute, en entretenant la peur et en multipliant les obligations, s’agit-il aussi de faire oublier l’impréparation lors des débuts de l’épidémie.

Deuxièmement, en science, les observations de terrain ont une valeur irremplaçable. Les passagers du Diamond Princess ou les marins du Charles-de-Gaulle, ont apporté des informations précieuses sur le Covid, sa propagation et le traitement de la maladie. Pourquoi les dirigeants français n’en tiennent-ils pas compte ?

Troisièmement, ces informations confirment les enseignements de plus d’un siècle d’épidémiologie. En face d’une épidémie, il faut : mettre les personnes fragiles à l’abri et protéger le personnel médical afin qu’il ne contamine pas les patients ; diagnostiquer les malades ; les isoler et les soigner aussitôt. Ces traitements de fond sont impératifs. Les fermetures de frontière, le confinement général des populations, les atteintes aux libertés publiques et les discours alarmistes ne sont pas des mesures médicales ; ils peuvent même être coûteux en vies humaines et nuisent à l’économie et à la société. Il y a urgence pour le pouvoir politique à faire enfin prévaloir l’expérience et à s’entourer de meilleurs conseillers.

 

ANNEXE STATISTIQUE

1. Synthèse des données hospitalières françaises (mises en ligne sur le site Santé Publique France)

Données présentées par quinzaine. Ce choix de la quinzaine permet de « lisser » les séries en limitant l’influence des légers accidents et des erreurs toujours possibles dans les statistiques officielles. En outre, il s’écoule, en moyenne, à peu près 15 jours entre la survenance des symptômes graves justifiant l’hospitalisation et l’issue fatale (la guérison peut être plus longue).

La dernière colonne donne le taux de mortalité des malades hospitalisés pour Covid depuis le début de l’épidémie à la date indiquée (taux utilisé dans nos précédentes publications).

La dernière ligne du tableau actualise les données à la date de rédaction de l’article.

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2. Taux de mortalité selon l’Université John Hopkins

L’Université John Hopkins calcule un taux de mortalité en rapportant le nombre de décès au nombre de patients sortis des hôpitaux dans la même période (« new cases resolved »). Ci-dessous ce calcul est effectué pour la France par quinzaine.

La dernière ligne du tableau actualise les données à la date de rédaction de l’article (données cumulées du 16 au 24 août).

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