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Billet de blog 23 mars 2023

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La grande valse des usurpateurs

Les usurpateurs issus des réseaux de solidarité de la bourgeoisie danse sur la valse sur toutes les chaines de télévision. La propagande s'est accrue ces derniers jours afin de tenter par tous les moyens possibles d'affaiblir le mouvement social. Le jeu de Macron : tenir jusqu'au bout quitte à ce que le RN récupère les mécontents.

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Comme toutes civilisations, la France est munie de multiples complexes populaires de représentations légitimées par leurs proximités avec les réalités sociologiques distinctes qui fondent la société : travailleurs et syndicats, centre d'actions sociales, associations, communes, collectifs divers et variés, institutions sociales, centres de recherches universitaires, etc. il y en a des centaines. Toutes ces institutions, des plus reconnues institutionnellement aux plus informelles, révèlent à la fois ce qui fait cohésion et ce qui fait conflit dans une société. Elles révèlent aussi une diversité sociologique et politique, la complexité de notre société.

Or, lorsqu'il y a une lutte comme celle que nous observons actuellement, l'absence de la parole des acteurs légitimes des espaces complexes  populaires (voir ici ce que ça signifie) est flagrante. Une valse des usurpateurs est organisée sur tous les médias dominés par les complexes bourgeois, à quelques exceptions notables près. Ainsi, demande-t-on l'avis de tel ou tel philosophe dont l'expertise est tout à fait douteuse concernant les nombreux sujets que les journalistes leur demandent de commenter. On pensera par exemple à André Comte-Sponville, régulièrement invités sur les plateaux de télévision sans que jamais il ne soit justifié pourquoi ce philosophe serait plus expert qu'un acteur du mouvement social ou qu'un représentant de n'importe quel complexe populaire d'expertise (chercheurs indépendants universitaires, syndicalistes, représentants associatifs, représentants de salariés, de collectifs de défense des retraites, etc.).

L'usurpation, après les déclarations de Macron, s'exprime à la chaine sur tous les plateaux télévisés pour essayer de faire croire que la mobilisation est en baisse. L'objectif est de convaincre les populations qu'il ne sert plus à rien de contester la réforme des retraites. Les médias se contredisent alors eux-mêmes. Selon la sensibilité politique de l'animateur de l'émission, il sera annoncé un succès historique de la mobilisation ou alors un échec cuisant pour les syndicats. Certains médias, comme BFMTV LCI ou autres vont rechercher les cas isolés de conflits entre gardiens de la paix et manifestants afin de discréditer une mobilisation sociale par des images de violences (pourtant très sporadiques comme certains journalistes le reconnaissent eux-mêmes). Puis ces images tournent en boucle. Les usurpateurs patentés vont venir donner quelques analyses fondées sur des "sentiments", des "certitudes" sans preuves", des analyses et raisonnements totalement orientés par leurs proximités avec le gouvernement, et ils vont totalement occulter tout domaine d'expertise opposé à leurs conceptions bornées. Ils ne vont pas hésiter à utiliser des mots "forts" comme les "perturbateurs", "de dangereux groupes à l'identité obscure", des "groupes d'ultra-gauche", des "factions violentes", des "jeunes belliqueux" (dixit sur BFMTV !), des "forces de l'ordre à bout", des "forces de l'ordre effrayées", etc. La liste est longue de toutes ces bêtises fondées, finalement, sur des phénomènes extrêmement rares et isolés. Sans cesses, ils grossissent le trait sur ces "violences".

Ainsi, ces usurpateurs patentés font de la propagande à longueur de journée tout en étant présentés comme d'honorables experts de toutes questions. Ces orientateurs d'opinion occultent à chaque fois toute analyse opposée, sous le couvert de la "sagesse philosophique" ou de l'honorabilité de leur statut, ils servent à la population une vision unique sans jamais reconnaître d'autres domaines d'expertise que la leur. Peu importe que les syndicats travaillent eux-mêmes avec des chercheurs, peu importe que le "peuple" ait ses propres institutions d'expertise dans de nombreux domaine comme le social, l'écologie, ou autres, ce qui compte c'est l'expertise gouvernementale produite par des gens partageant la même idéologie, issus de la même classe sociale dominante, la bourgeoisie, et des mêmes écoles (les lieux de reproduction de la noblesse d’État).

Cette usurpation organisée est issue des mêmes réseaux des complexes bourgeois dominants (tout un ensemble de personnes souvent issues des mêmes quartiers, des mêmes écoles, fréquentant les mêmes restaurants, les mêmes lieux publics, ce sont des réseaux de fraternité de classe). Malgré cela, nous observons aussi des résistances fortes de certains journalistes qui tant bien que mal tentent de s'opposer à cette pensée bornée en faisant entendre d'autres sons de cloche. Si la réforme n'est pas retirée, s'il n'y a pas de succès francs du mouvement social, au bout du chemin, il y a le risque que la colère se tourne vers la pire alternative politique. Et ce ne sera bon pour personne.

La bourgeoisie via Macron semble avoir choisi la pire stratégie : tenir leur ligne anti-sociale jusqu'au bout tout en laissant l'extrême droite récupérer les mécontents pour empêcher le retour de la gauche au pouvoir. La victoire du mouvement social, ils le savent, serait un succès des syndicats et de la gauche toute entière. Les espaces complexes dominants, en bref la haute-bourgeoisie, semble ne pas avoir peur de cette alternative fascisante. Ils sont prêts à tout, même s'ils sont minoritaires, pour conserver le pouvoir même en faisant parvenir à l’Élysée les pires d'entre-eux. En bref, le "tout sauf la gauche" cher à Macron depuis son tout premier mandat reste de façon bornée leur politique quitte même à offrir le pays aux "factieux". Car lorsque Macron parle des "factions factieuses" en désignant le mouvement social, c'est pour mieux faire oublier que les "factions factieuses" sont déjà dans l'enceinte parlementaire : le RN. Volontairement ou pas, avec de tels discours, il les couvre et leur fait du coude.

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