Lénaïg Bredoux
Journaliste, responsable éditoriale aux questions de genre
Journaliste à Mediapart

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Billet de blog 25 mars 2022

Lénaïg Bredoux
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Une charte inclusive et la mesure de la « masculinité » : deux projets de Mediapart

Nous avons récemment lancé deux projets pour penser et améliorer nos pratiques journalistiques, à notre écriture et à nos biais en terme de genre. Au menu : une charte pour l’écriture inclusive et le lancement d’une mesure du nombre d’hommes et de femmes cité·es dans nos articles.

Lénaïg Bredoux
Journaliste, responsable éditoriale aux questions de genre
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Nous sommes parti·es d’un constat largement établi : la presse a un traitement sexiste de l’actualité. De nombreuses études, celles du GMMP, du Haut conseil à l’égalité (HCE), du CSA devenu Arcom, de la mission parlementaire emmenée par la députée LREM Céline Calvez, mais aussi des travaux universitaires, le montrent.

La presse est sexiste au sens où elle invisibilise les femmes (les hommes étant les sources ou les objets de l’actualité dans 70 à 80% des cas), et où les médias les présentent de manière stéréotypée (la tenue des femmes politiques, le recours au prénom, le statut de témoin ou de victime plutôt que d’expert etc.). Ces choix ont des conséquences car ils légitiment, et renforcent, les inégalités qui préexistent dans la société.

Voilà pourquoi, à Mediapart, nous essayons de travailler à produire une information plus juste, plus conforme à la réalité sociale que nous documentons au quotidien. Deux nouveau projets lancés ces derniers mois doivent aussi nous permettre d’y contribuer.

Une nouvelle charte

Le premier concerne l’adoption d’une charte de la communication inclusive. Préparée pendant plusieurs mois avec l’équipe de correction du journal, et s’inspirant d’exemples existants comme celui de notre partenaire La Déferlante, elle doit nous permettre de lutter contre l’invisibilité des femmes dans notre écriture. Là encore pas pour les inventer, mais pour cesser de les cacher !

La tâche est ardue. Pas facile de changer nos manières d’écriture, nos habitudes, nos tics aussi parfois. Pas facile non plus de trouver le bon équilibre entre cet objectif, fondamental, et notre devoir, tout aussi important, de lisibilité et d’accessibilité.

Nous avons donc décidé que le langage inclusif sera désormais notre règle commune (lire à ce sujet le billet de blog de l’équipe de correction contenant la charte dans son intégralité). Pour cela, de nombreux outils sont à notre disposition : la féminisation systématique des métiers, des titres et des fonctions (vive les pompières !) ; la citation des deux genres (double flexion), et dans l’ordre alphabétique – par exemple « les Français et les Françaises » – ; l’application de l’accord de proximité (« Les Français et les Françaises sont allées voter ») ; l’emploi de termes épicènes ou expressions englobantes neutres (par exemple la clientèle plutôt que les clientes et les clients).

Nous appliquons aussi le pluriel de majorité en le précisant dans le corps de l’article et/ou en Boîte noire : par exemple quand notre sujet est très majoritairement féminin (les vendeuses de la Samaritaine) ou masculin (les prisonniers).

Dernier outil, nous pouvons avoir recourir au point médian, avec l’accord de l’auteur ou de l’autrice de l’article.

Compter les mentions et les citations

Deuxième projet lancé l’an dernier et qui s’approfondit cette année : la mesure de « la masculinité » des articles de Mediapart. Soit, en résumé, le calcul de la proportion d’hommes et de femmes cité·es dans nos contenus (textes, photos et vidéos). 

La première étape a consisté à accepter la demande faite par une équipe de recherche de l’université de Grenoble Alpes, Gilles Bastin, François Portet et Ange Richard : ils ont mesuré le « taux de masculinité » de nos articles, depuis la création du journal en 2008 (lire à ce sujet l’entretien que nous avons réalisé avec eux).

Mediapart n’échappe pas à l’écosystème médiatique et politique dans lequel nous baignons : environ 75% des personnes que l’on cite ou que l’on mentionne sont des hommes… Un résultat peu éloigné des autres quotidiens nationaux (comme le montre le site Gendered News).

Pour continuer à mesurer ce déséquilibre, mieux le comprendre, et tenter de le faire évoluer (c’est déjà beaucoup mieux qu’il y a quelques années, donc c’est possible), nous avons décidé de produire ces données en interne grâce au travail mené par l’équipe technique et marketing du journal. Et nous avons décidé de les rendre publics pour que cette question soit aussi partagée avec celles et ceux qui nous lisent.

Les premiers résultats sont les suivants :

© Mediapart

Il y a cependant des signes très encourageants, et notamment l’évolution ces dernières années :

Les données établies par Mediapart

On constate aussi une forte évolution selon les types d’articles :

© Mediapart

Régulièrement, nous reviendrons vers vous pour actualiser ces chiffres, et vous exposer ce que nous avons expérimenté pour veiller à une information plus précise et plus juste.

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