Comment Denis Baupin a (encore) refusé de nous répondre

Après une « mise en demeure », une demande de censurer une enquête publiée, et l’annonce d’une plainte en diffamation, le député de Paris, via son avocat, a cette fois posé des conditions inacceptables à la tenue d’un rendez-vous prévu samedi 28 mai. Explications.

C’est la suite d’une enquête menée sous tension depuis plusieurs mois. Mardi 24 mai, après avoir recueilli plusieurs témoignages de femmes évoquant de nouveaux faits pouvant relever de harcèlement sexuel ou d’agression sexuelle, visant Denis Baupin, nous sollicitons une entrevue avec le député de Paris, récemment parti d’Europe Écologie-Les Verts. Jusque-là, il s’est toujours refusé à nous répondre.

Le lendemain, bonne nouvelle : son avocat, Me Emmanuel Pierrat, indique à Cyril Graziani, journaliste à France Inter et coauteur de l’enquête, que son client est prêt à répondre à nos questions. Mais à deux conditions : que l’entretien soit enregistré, et qu’aucune phrase ne soit “off”. Le “off” signifie que les propos ne peuvent pas être cités, ou alors sans préciser qui les a prononcés. Cela tombe bien : nous voulions évidemment enregistrer la conversation et pas question, ici, d’avoir un échange “off” puisque nous sommes dans le cadre d’une enquête journalistique et que Denis Baupin n’est pas une source de celle-ci, mais directement visé par les nombreux témoignages que nous avons récoltés depuis plusieurs mois. Rendez-vous est pris pour samedi 28 mai, 13 heures, dans les bureaux de Me Pierrat.

Nous arrivons, Cyril Graziani et moi-même, avec une série de questions précises portant sur les nouveaux témoignages que nous avons recueillis. Mais Me Pierrat nous réunit d’abord pour fixer de nouvelles conditions : l’entretien ne pourra pas être diffusé à la radio ; il prévient qu’il pourrait se permettre d’intervenir dans la conversation si celle-ci « sort du cadre » ; contrairement à ce qu'il avait indiqué au téléphone, il demande finalement à ce que certains propos de son client soient “off”.  Son argument : pour se défendre, Denis Baupin peut être amené à donner des éléments sur les témoins qui pourraient lui valoir, selon son avocat, une « plainte pour atteinte à la vie privée ». Nous refusons. La situation est absurde : nous venons interroger Denis Baupin, dans le cadre du respect du contradictoire, mais nous ne pourrions pas citer certaines de ses réponses. Au bout d’un quart d’heure, Me Emmanuel Pierrat décide d’annuler l’entretien. Nous n’avons donc toujours pas vu Denis Baupin.

Cet épisode intervient après une série d’autres, pour le moins étonnants, décrits ici en détail par Edwy Plenel. Alors que notre première enquête était en cours, Denis Baupin, via son avocat, nous avait déjà sommé, le 8 avril, de ne rien publier. Il avait ensuite refusé de répondre à nos questions (lire dans la Boîte noire de notre enquête leur rappel chronologique). Finalement, le 10 mai, au lendemain de la publication de notre enquête, il avait annoncé le dépôt d’une plainte en diffamation contre Mediapart et France Inter. Avant de demander, le 12 mai, que nous supprimions purement et simplement notre article. Nous avions bien entendu refusé.

 

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