Merci. La Dilection.

Le mot « dilection » perce.

Alors que « j’avoue » se la joue toujours aussi conquérant et qu’ en gros, il va rester au sommet un petit moment encore, du coup autant laisser la place à la nouveauté, voire à l'inattendu.

Et là, surprise, voici que « dilection » perce.

Dilection comme une direction assouplie, moins rugueuse. Un mot dont la rudesse en -r a mis de l’eau dans son verre, une consonne liquide : direction - dilection.

C’est du latin ecclésiastique. Dilectio, -onis, f. : amour. Larousse nous souffle à travers ses pages : « Littéraire. Amour tendre et purement spirituel porté à quelqu'un ; préférence parfois secrète pour quelqu'un ou quelque chose. » Secret, le mot l’est dans le dictionnaire de latin, le Gaffiot. Le mot compte deux lignes et une référence au penseur chrétien Tertullien.

On le croise dans divers journaux. La Croix bien sûr. Et puis le Figaro, Le Monde, L’Humanité. Sur les ondes on l’entend de temps en temps.

« J’avoue », « en gros », « du coup », on peut éprouver de la dilection pour l’altérité. Avec Jubilatoire et jubiler qui sentent leur latin chrétien, c’est à se demander si le mot du XXIème siècle sera d’étymologie religieuse ou ne sera pas.

La dilection assistée peut-elle sauver le monde ?

Agape you baby !

Outre son héritage religieux, le mot révèle un peu du snobisme. Et si l’emploi de dilection n’était qu’une façon de se débarrasser du mot « prédilection », un mot trop long par ces temps où tout va si vite.

Sans parler de l’auto correcteur qui a sa préférence (fréquence oblige) pour le mot "direction", pas pour "dilection".

Le retour du mot "dilection" rendra sans doute plus claires de nombreuses contrepèteries.

Parfois le mot compte double. Là c’était "blandices" qui faisait l’objet d’une dilection.
https://www.lemonde.fr/blog/correcteurs/2012/11/06/eloignez-vous-doulces-blandices/

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